Oiapoque, la ville brésilienne à la frontière avec la Guyane démunie face à une crise sanitaire et économique

océan atlantique
Les rives d'Oiapoqué
Les rives d'Oiapoqué ©Jocelyne Helgoualch

La ville brésilienne d'Oiapoque est aux abois depuis Mars 2020, depuis la fermeture de la frontière entre le Brésil et la Guyane. L'état d'Amapa vit une crise sanitaire et économique sans précédent. Témoignages de médecins et d'habitants d'Oiapoque.

Dans la rue la plus fréquentée d’Oiapoque , le long des rives du fleuve frontière, où auparavant des dizaines de clients se pressaient, un marchand de fruits se confie

C’est très difficile, le pont est fermé, la frontière est fermée à 80 %, le trafic s’est effondré, ceux qui venaient acheter ici au Brésil ne peuvent plus venir, et les gens d’ici qui travaillaient en Guyane ne peuvent plus passer non plus parce que c’est fermé.

Un marchand de fruits d'Oiapoqué

Un commerce d'Oiapoqué
Un commerce d'Oiapoqué ©JH

Plus personne non plus dans la petite galerie marchande d’Oiapoque où avant la fermeture de la frontière, l'allée était toujours bondée. Les commerces étaient auparavant trés fréquentés par de nombreux touristes guyanais ou par des habitants de St Georges de l'Oyapock venus faire leurs courses au Brésil.

La galerie marchande d'Oiapoqué désertée
La galerie marchande d'Oiapoqué désertée ©Jocelyne Helgoualch

Un des commerçantes de la galerie explique

Nous avons des difficultés financières, des difficultés dans nos familles, avec nos enfants, parce que nous ne parvenons plus à travailler normalement comme avant.

Un commerçante d'Oipaoqué

La galerie marchande d'Oiapoqué désertée
La galerie marchande d'Oiapoqué désertée ©JH

Une crise économique doublée d’une crise sanitaire avec l’épidémie de Covid qui continue sa progression en Amazonie. Pourtant, ici le port du masque n’est pas encore la règle partout. Son prix a de quoi en décourager plus d’un: 10 Réals le masque en tissu, vendu dans un magasin de la galerie, alors que le salaire moyen au Brésil est de 800 Réals.

Oiapoqué, centre Covid
Oiapoqué, centre Covid ©JH

Pourtant la peur de tomber malade reste très présente dans les allées de la galerie marchande

 Une autre vendeuse ajoute

C’est très compliqué, on ne sait pas trop quoi faire , ou aller, il ne faut surtout pas tomber malade pour ne pas devoir être hospitaliser parce que même pour être évacuer à Macapa qui est déjà saturé, c’est compliqué.

Un commerçante de la galerie marchande d'Oiapoqué

Le centre Covid d'Oiapoqué
Le centre Covid d'Oiapoqué ©JH

Maintenant on en est arrivé à devoir choisir qui pourra bénéficier ou pas de cet oxygène.

Un medecin d'Oiapoqué

La ville d’Oiapoqué se bat contre la Covid avec des moyens dérisoires : un hôpital général sans unité de réanimation, une municipalté ne disposant que d’une unique ambulance et de seulement 2 médecins en activité pour les 4 centres de santé de la municipalité.

Centre Covid d'Oiapoqué
Centre Covid d'Oiapoqué ©Jocelyne Helgoualch

C’est dans un ancien local industriel réhabilité en urgence pour gérer l’épidémie de coronavirus que tous les habitants d’Oiapoque sont accueillis pour être testés. Mais là encore, rien n’est simple. L’équipe médicale ne dispose actuellement que de tests sérologiques permettant uniquement de savoir qui a été exposé au virus.

Un des médecins d'un des centres de santé d'Oiapoqué
Un des médecins d'un des centres de santé d'Oiapoqué ©Jocelyne Helgoualch

Le médecin de la structure, Antonio-Emilio Junior reconnait son impuissance et son désarroi.

Aujourd’hui à Oiapoque on est à 28 décès. Nous, les soignants, on économise l’oxygène d’un malade à l’autre, pour pouvoir avoir suffisamment d’oxygène au moment vital. Oui c’est difficile, très difficile !

Maintenant on en est arrivé à devoir choisir qui pourra bénéficier ou pas de cet oxygène.

Antonio-Emilio Junior, coordinateur unité de traitement Covid

Le siège de DPAC Fronteira à Oiapoqué
Le siège de DPAC Fronteira à Oiapoqué ©Jocelyne Helgoualch

L’association DPAC Fronteira a été créée par un Guyanais en 2009. Depuis l’épidémie de Covid, l’association est submergée par les demandes d’aides. 4 mille familles d’Oiapoque sont suivies par l’association.

Jane Bordalo
Jane Bordalo ©Jocelyne Helgoualch

Jane Bordalo, la Coordonnatrice de l’association DPAC FRONTEIRA précise

La seule association qui travaille dans le social ici c’est nous on est les seuls ! Avec l’aide de l’Europe, de la France et de la Guyane, l’association DPAC Fronteira tente de venir en aide à la population, totalement démunie face au Coronavirus.

l'association DPAC d' Oiapoqué
l'association DPAC d' Oiapoqué ©Jocelyne Helgoualch

 

Au début de la pandémie, nous nous sommes retrouvés sans médicaments et beaucoup de personnes sont mortes à cause de cela. Nous avons eu des pertes très importantes, des gens qui vivaient ici depuis très longtemps, ainsi que des personnes âgées. Nous n’avons pas réussi à les sauver parce que dans l’Amapa, nous n’avons pas d’infrastructures, d’évacuations sanitaires. Nous n’avons qu’une route, la BR 156. La BR 156 s’est retrouvée impraticable à cause de la pluie.

Jane Bordalo, coordinatrice association DPAC Fronteira

Le pont de l'Oyapock entre la Guyane et le Brésil
Le pont de l'Oyapock entre la Guyane et le Brésil ©Jocelyne Helgoualch

Malgré la fermeture de la frontière entre la France et le Brésil, certains piroguiers brésiliens prennent encore le risque d’accoster en Guyane. L’un d’entre eux s’explique

Je n’ai pas d’autre travail, Je n’ai que celui-là ! Transporter les touristes d’une rive à l’autre: et si c’est fini pour nous c’est une galère parce que nous devons travailler pour gagner de l’argent, je dépends de ce travail.

Un piroguier d'Oiapoqué

Le pont de l'Oyapock entre la Guyane et le Brésil
Le pont de l'Oyapock entre la Guyane et le Brésil ©Jocelyne Helgoualch

L’Oyapock reste encore démunie, sous le choc d’une crise économique et sanitaire sans précèdent et cette nouvelle menace qui se dessine, voir le variant Amazonien arrivé à la frontière.

Le reportage de Jocelyne Helgoualch et Frédéric Larzabal

Brésil : les oubliés d'Oïapoque.