Christophe Colomb : le parcours de celui qui a découvert les Antilles et l’Amérique, aujourd’hui controversé

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Portrait Christophe Colomb par Sebastiano del Piombo
Portrait Christophe Colomb par Sebastiano del Piombo ©DR
La rue Christophe Colomb de Cayenne est devenue la rue des Peuples Autochtones. Un symbole dans une Guyane où vivent notamment des communautés amérindiennes. Celui qui a découvert l’Amérique et les Antilles est aujourd’hui villependé  pour la disparition d’une partie de la population indigène.
 
Des lieux, des bâtiments sont débaptisés, des statues d’hommes considérés comme liés à la conquête du Nouveau Monde, au colonialisme, sont déboulonnées, vandalisées, ou remises en cause en Europe, aux Etats Unis, dans la Caraïbe, et en Amérique du Sud. Ainsi, à Cayenne, en Guyane, la rue Christophe Colomb est devenue la rue des Peuples autochtones. Parmi ces personnalités contestées, l’homme qui a officiellement découvert l’Amérique, est considéré comme le précurseur, l’initiateur de tout ce qui est arrivé par la suite. L’affaire Floyd (homme noir tué par un policier à Minneapolis aux Etats-Unis), entre autres, a renforcé cette remise en cause de celui à qui certains reprochent pêle-mêle le sort des Amérindiens et les prémices de l’esclavage aux Amériques. En particulier aux Antilles qui figurent parmi ses premières découvertes. Une trajectoire personnelle et une époque qui ont fortement influé sur le destin de l’Humanité.
 

Le contexte qui a favorisé l’expédition de Christophe Colomb

En 1453, l’Empire ottoman s’empare de Constantinople et commence à contrôler la Méditerranée Orientale. La route traditionnelle et directe des Indes est coupée. Généralement, les marchandises d’Orient arrivaient aux ports de cette région pour être embarquées vers l’Italie d’où elles étaient diffusées dans toute l’Europe. Les biens n’arrivent plus, ou sont revendus à des prix très élevés par les Turcs.
Il est donc nécessaire de trouver une autre route. Depuis longtemps, les Portugais tentent de contourner l’Afrique. Ils mettront 75 ans à y parvenir en 1498. L’Espagne, misant sur la sphéricité de la terre tentera la route de l’Ouest sous l’impulsion d’un Génois, Christophe Colomb. Né en 1451, passionné notamment par les récits des voyages de Marco Polo, celui-ci a déjà pas mal bourlingué et compulsé de nombreux traités, prenant des milliers de notes. Et il a réussi à convaincre les souverains ibériques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille,  de lui confier cette mission.
 

La découverte de l’Amérique par Colomb qui croit être en Asie

Dans les faits, Christophe Colomb n’est pas le premier Européen à découvrir l’Amérique. Les Vikings l’ont précédé, comme peut-être plus récemment un navigateur portugais. Mais ils n’ont pas laissé de documents connus. Et leurs périples n’ont pas eu de conséquences majeures sur l’histoire du monde.
Si elle a, au contraire, bouleversé le cours de l’histoire, la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb est fortuite. Le 3 août 1492, à Palos de la Frontera, il embarque avec trois navires en direction de l’Ouest, croyant rejoindre les Indes par la voie maritime (d’où le nom d’Indiens qu’il donnera aux indigènes). Après une escale aux Canaries, et un long périple, sa première étape américaine, le 12 octobre 1492, sera un îlot des actuelles Bahamas dans le nord des Caraïbes. Il le baptisera San Salvador (son nom amérindien était Guanahani). Le Génois, qui, dans ses calculs, a sous-évalué les dimensions du globe terrestre croit débarquer en Asie. Il prend possession de cette terre au nom du roi d’Espagne qui a commandité son expédition, et s’en fait nommer vice-roi et gouverneur…
C’est aussi l’occasion de la 1ère rencontre avec les Amérindiens.
 Les Taïnos, des Arawaks, l’accueillent amicalement, aidant les marins à s’approvisionner en eau, fournissant du coton ainsi que divers objets et amenant des perroquets.


Découverte de Juana (Cuba) et d’Hispaniola (Haïti et République Dominicaine)

Ils indiquent aux Espagnols qu’une île au Sud-Est recèle de grandes quantités de minerai d’or. Mais elle est peuplée d’une population anthropophage, qui leur est hostile.
Colomb part donc et arrive dans un lieu qu’il nommera Juana en hommage au dauphin d’Espagne, Juan. Ce sera plus tard Cuba. Il y découvre le tabac. Se croyant toujours en Asie, l’explorateur fait rechercher en vain le Grand Khan (de Cathay, Chine du Nord).

Poursuivant ses pérégrinations, Colomb débarque ensuite sur une autre île qu’il baptise Hispaniola, car elle lui fait penser à la Castille espagnole. Elle est aujourd’hui partagée entre Haïti et la République Dominicaine. L’occasion de récupérer un peu d’or. Mais il va perdre un de ses navires (la Santa Maria) sur des récifs. Il est alors aidé par des Amérindiens. L’explorateur devra repartir en laissant sur place 39 de ses hommes pour lesquels il fait construire un fortin dans la baie de la Navidad (près de l’actuelle Cap-Haïtien). Ceux-ci seront par la suite massacrés par les autochtones. Dans le Nord de l’île, les équipages des deux navires restants subissent une escarmouche avec les fameux Amérindiens anthropophages déjà cités. Ils sont finalement de retour en Espagne, en mars 1493. Colomb est accueilli en héros.


2ème voyage, découverte de la Guadeloupe

Fort de son succès, il prépare une 2ème expédition d’envergure. Le 25 septembre 1493, 17 navires quittent Cadix. A leur bord, 1500 hommes, parmi lesquels 700 colons et 12 missionnaires. Du bétail fait aussi le voyage, notamment des chevaux. Objectifs : la colonisation d’Hispaniola, l’évangélisation des indigènes et toujours la recherche obsessionnelle d’or.
Après l’escale des Canaries, la première terre qu’ils aborderont sera Desirada (la Désirade). Ce nom lui vient du désir ardent de l’équipage de retrouver la terre ferme après 21 jours en mer. Ce sera ensuite Maria Galanda (Marie Galante) du nom du navire de Colomb. Puis Dominica (la Dominique) car elle est découverte un dimanche. Il découvre aussi Todos Los Santos (Les Saintes). Un nom lié à la fête de tous les saints, la Toussaint le 1er novembre. Et le 4 novembre, Colomb débarque en Guadeloupe, qui avait été aperçue de loin. Un des navires accoste à Sainte-Marie (Capesterre-Belle-Eau). Ce nom est celui d’un bateau du navigateur : la Santa Maria. L’île elle-même est d’abord baptisée Caloucaera. Le mot dérive de la dénomination attribuée par les Amérindiens Caraïbes : Karukera. Caloucaera deviendra Santa Maria de Guadalupe de Estramadure (qui a donné la Guadeloupe). Le nom d’un grand monastère espagnol. L’amiral y avait fait un pèlerinage pour remercier le ciel de sa découverte, et peut-être de l’avoir sauvé de tempêtes, lors de son premier voyage.
La Guadeloupe et ses ressources en eau permettent une halte de quelques jours.


Rencontre avec les Amérindiens Caraïbes et découverte du cannibalisme en Guadeloupe

En Guadeloupe, l’explorateur plante la croix et découvre l’ananas. Mais surtout, il retrouve les Amérindiens Caribes (Caraïbes) anthropophages. Les Arawaks d’Hispaniola lui en avaient aussi parlé, lors du premier voyage, disant qu’ils peuplaient des îles situées à l’Est. Le récit du Dr Chanca, le médecin de Colomb est édifiant :

« Avec la barque, le capitaine s’est élancé à terre et est arrivé aux maisons. Là, il a trouvé leurs habitants qui se sont enfuis sitôt qu’ils ont vu les nôtres. Il est entré dans les maisons où il a trouvé les choses que possèdent ces gens et dont ils n’avaient rien pu emporter. Il y a pris deux perroquets très grands et très différents de ceux qu’on avait vus jusqu’alors. Il a trouvé beaucoup de coton filé et prêt à filer et des choses de leur provende. Il a pris de tout un peu, et spécialement quatre ou cinq os de jambes et de bras humains. Sitôt cela vu, nous avons soupçonné que ces îles étaient celles de Caribes qui sont habitées de gens qui mangent la chair humaine, car l’Amiral, d’après les indications que lors de son premier voyage les indiens des îles qu’il avait d’abord découvertes lui avaient données de la situation de celles-là…
Ce premier jour que nous sommes, en cette île, descendus à terre, nombre d‘hommes et de femmes allaient par la plage, près de l’eau, regardaient la flotte et s’émerveillaient d’une chose si neuve.
Quand, en quelque barque, on s’approchait de terre pour leur parler en leur criant : « Taïno, Taïno ! » ce qui veut dire « bon »,  ils attendaient près de leurs demeures tant que nous ne sortions pas de la barque, en sorte qu’ils pouvaient se sauver quand ils le voulaient.
En fin de compte, nous n’avons pu prendre aucun de ces hommes, ni par force ni de leur gré, excepté ceux dont on parvint à s’assurer puis à emmener par force. Nous avons pris vingt de ces femmes qui étaient captives et nous en avons surpris et retenu d’autres, des naturelles de l’île qui étaient venues à nous de plein gré. Certains garçonnets vinrent à nous, fuyant les naturels de l’île qui les tenaient captifs.
Là, nous sommes descendus maintes fois à terre, allant par les villages dans les demeures au long de la côte. Nous y avons trouvé une infinité d’ossements humains et des crânes suspendus dans les maisons à la manière de vases où mettre des choses, et cela, selon le dire des femmes, parce qu’ils étaient allés avec dix canoës assaillir d’autres îles.
Nous avons demandé aux femmes qui étaient captives en cette île de quelle espèce de gens étaient les habitants. Elles ont répondu que c’étaient des Caraïbes. Dès qu’elles eurent compris que nous haïssions de tels gens pour leur mauvais usage de manger de la chair humaine, elles s’en réjouirent beaucoup, et si de nouveau on amenait quelque homme ou femme caraïbe, elles nous disaient qu’ils l’étaient, mais secrètement, car ici, où tout était en notre pouvoir, elles continuaient à avoir peur d’eux comme il en va des gens subjugués; et c’est ainsi que nous avons su quelles étaient les femmes caraïbes et quelles ne l’étaient pas. Les premières portent à chaque jambe des anneaux de coton tissé, l’un sous le genou et l’autre à la cheville, de sorte que cela leur grossit beaucoup les mollets et maintient minces les parties serrées. Cela me parut être pour eux une marque d’élégance. Ainsi, par cette différence, nous les distinguions des autres. »
 

Fondation de la colonie Isabela à Hispaniola

Repartant vers Hispaniola, l’amiral découvre Montserrat (nom d’un massif et d’une abbaye près de Barcelone). Ensuite c’est Saint Martin qu’il appelle ainsi car elle a été aperçue le 11 novembre, jour de la fête de Saint-Martin de Tours. St-Barthélémy, simplement aperçue, elle aussi, fait référence à frère Bartolomeo.
A Hispaniola, Colomb apprend le massacre par les Indigènes des 39 hommes qu’il avait laissés lors de son premier voyage à la Navidad. Il fonde le 2 janvier 1294 la première colonie du Nouveau Monde, La Isabela (en l’honneur de la reine Isabelle de Castille).
Mais au bout de 4 mois, l’homme, qui est d’abord un explorateur, reprend la mer avec 3 navires (12 autres ont été renvoyées en Espagne). Le navigateur cherche toujours le Grand Khan et explore les côtes cubaines et jamaïcaines. Il décrète que Cuba est une péninsule d’Asie.
De retour à Hispaniola, Colomb trouve une situation catastrophique. Les Amérindiens sont maltraités par les colons qui les forcent à fournir or et coton. Nombre d’entre eux sont réduits à la servitude. Beaucoup fuient. Les révoltes sont durement matées. En particulier sous l’autorité de l’amiral. Le dominicain Bartolomeo de Las Casas, grand défenseur des Amérindiens décrit très durement sa nouvelle attitude :
« L’amiral parcourut une grande partie de l’île, en menant une guerre cruelle à tous les rois et peuples qui ne lui faisaient pas obédience, durant 9 ou 10 mois »
Le 10 mars 1496, Colomb repart pour l’Espagne. Il passe par Marie Galante et la Guadeloupe où il trouve des femmes armées d’arcs et de flèches sur la plage. Le mythe des Amazones le hante. Et il croit que c’est là l’île aux femmes dont lui ont parlé des Amérindiens. Mais l’île aux femmes décrite par ceux-ci est en fait la Martinique, et non la Guadeloupe.
Sur ses navires, l’amiral emmène 500 prisonniers arawaks dont 200 meurent de maladies durant la traversée. Les autres auraient été destinés à l’esclavage. Il rejoint Cadix le 11 juin. Mais les souverains espagnols font libérer et rapatrier les Amérindiens survivants qu’ils considèrent comme leurs sujets.


Un 3ème voyage qui finit mal

Après l’épisode des prisonniers arawaks, Christophe Colomb n’est plus totalement en odeur de sainteté auprès de la monarchie espagnole. Celle-ci a en outre d’autres priorités au plan international. Le navigateur met près de 2 ans à monter une 3ème expédition. Le 30 mai 1498, 6 navires s’élancent à travers l’Atlantique.
A la clef, la visite de Saint-Vincent, de le Grenade (baptisée Concepcion par Colomb) et Margarita. Le 5 août, l’explorateur longe les côtes de la Guyane. Il met enfin pour la première fois le pied sur le continent américain proprement dit (sur l’actuel Venezuela).
Le 31 août, il est de retour à Hispaniola. Il trouve à nouveau une situation difficile. Des révoltes sont menées conjointement par des colons et des Amérindiens. L’amiral réprime les insurgés et demande à Madrid un assistant juridique. Mais dans certains milieux, notamment ecclésiastiques l’explorateur est vivement critiqué. C’est donc un émissaire qui va diriger l’île à sa place qu’envoient les souverains. A son arrivée, celui-ci ne ménage pas Colomb et deux de ses frères dont l’un Bartolomeo avait d’importantes responsabilités sur place. Il les fait emprisonner et renvoyer captifs en Espagne après avoir découvert avec effroi la pendaison de plusieurs Espagnols. Ils arrivent à Cadix en octobre 1500.
 

4ème voyage

Comme à chaque fois Colomb sait convaincre et sort de sa disgrâce. Mais il n’est plus le grand patron des îles du Nouveau-Monde. Il est supplanté par Nicolas de Ovando. Les souverains espagnols lui donnent cependant les moyens de repartir en voyage d’exploration, mais avec des consignes strictes. L’esclavage des Amérindiens, par exemple est très strictement encadré, voire interdit. L’amiral ne pourra ramener que des autochtones volontaires et devra leur garantir le retour. Le navigateur doit découvrir le passage pour se rendre en Inde et y trouver les richesses tant attendues. Le 11 mai 1502 il prend donc la mer avec seulement 4 navires et 150 hommes.


Découverte de la Martinique

Il arrive au Carbet en Martinique le 15 juin 1502, jour de la Saint-Martin. C’est une des explications possibles du nom attribué à l’île (on a aussi évoqué comme origine le nom de Martinino, l’île habitée par des femmes selon des légendes amérindiennes ou encore Madiana ou Madinina qui voudrait dire l’île aux fleurs en langue autochtone devenu Martinique par assimilation avec la Dominique, même si selon certaines sources, le nom amérindien de la Martinique aurait été Jouanakaera, l’île aux iguanes). Mais Colomb ne restera pas longtemps en Martinique, occupée par les Amérindiens Caraïbes (plus généralement, comme le rappelle Marcel Dorigny, les colons espagnols délaisseront les Petites Antilles à cause justement de l’hostilité des Amérindiens Caraïbes; ces îles seront vraiment colonisées plus tard, essentiellement par les Anglais, les Français et les Hollandais).
De toutes façons, Colomb n’est pas le premier en Martinique. Il est communément admis que l’île avait été découverte auparavant par Alonso de Ojeda, lors de son expédition de 1499-1500.


L’éclipse salvatrice qui aurait inspiré Hergé

L’amiral poursuit vers la Dominique puis vers Hispaniola (où il est interdit de séjour) pour se mettre à l’abri d’un cyclone. Ce sera ensuite l’actuel Costa Rica, le Veragua et le Panama. Le navigateur arrive en Jamaïque le 25 juin 1503. Ses bateaux sont en mauvais état et doivent être réparés. Lui-même souffre de la malaria. Il restera un an sur place soigné d’abord, et nourri par les Amérindiens alors que l’approvisionnement demandé à Hispaniola est refusé par Ovando. Les secours n’arriveront qu’en juin 1504. Dans un effort désespéré pour convaincre les autochtones de continuer à l’approvisionner, Colomb a une idée pour les impressionner. Utilisant des tables astronomiques, il leur prédit l’éclipse lunaire de mars 1504. Un évènement qui semble avoir indirectement inspiré Hergé (via un roman de Gaston Leroux) dans l’album Tintin et le Temple du Soleil (Tintin sur le bucher implore le Soleil qui semble l’exaucer en disparaissant laissant croire à ses bourreaux qu’il est en liaison directe avec l’astre divin…).
L’explorateur et les marins survivants quittent finalement la Jamaïque le 12 septembre. Ils arrivent le 7 novembre dans le port de Sanlucar de Barrameda en Espagne.


La fin sans grand éclat de Christophe Colomb

Christophe Colomb meurt le 20 mai 1506. En 1541, ses restes sont transférés à Saint-Domingue. Après un détour par Cuba, ils reviennent en Espagne, dans la cathédrale de Séville en 1898 où on lui construit un mausolée.
Le navigateur est loin d’avoir péri dans la misère. Mais il n’a pas retrouvé tous les honneurs du début de sa carrière. Seule consolation posthume, son fils est nommé gouverneur d’Hispaniola en 1508.
Celui qui a toujours cru qu’il avait exploré l’Asie ne laisse même pas son nom au continent qu’il a pourtant découvert (seulement à un pays, la Colombie, à une province canadienne, la Colombie-Britannique, et à la capitale de l’Ohio, Colombus, auxquels on peut ajouter nombre de lieux de taille bien plus restreinte). C’est un autre navigateur italien, le Florentin Amerigo Vespucci, proche de Colomb qui aurait parlé de « Nouveau Monde » dès 1503, et dont le nom a été donné au continent découvert par le Génois, l’Amérique.


Christophe Colomb et le collapsus démographique amérindien

Nul n’ignore que la découverte de l’Amérique s’est accompagnée d’un véritable collapsus démographique amérindien. Un sujet sur lequel Colomb est très loin d’être blanc comme neige. Le cas le plus flagrant est Hispaniola où il fonda la 1ère colonie du Nouveau Monde. Marcel Dorigny explique que dans l’île découverte en 1992, la population amérindienne avait déjà fortement décliné en 1503. « En 1530, elle avait totalement disparu ». Il en attribue les causes, certes, au « choc bactériologique » bien connu, c’est-à-dire l’arrivée de microbes d’Europe et ensuite d’Afrique (avec l’esclavage) qui ont décimé les populations autochtones sur tout le continent. On ne peut pas décemment reprocher cette contamination à Christophe Colomb qui, comme ses contemporains, ignorait ces risques (les explorateurs ont d’ailleurs aussi involontairement importé des maladies américaines en Europe comme la syphilis). Mais il ne faut pas non plus négliger le poids du « surtravail et des massacres » qu’ont subis les populations indigènes dont Colomb est en grande partie responsable.
 

Colomb et l’esclavage

Il est clair que Colomb, en revanche, n’est pas responsable de l’esclavage des Africains aux Amériques. Le premier bateau d’esclaves africains est arrivé à Hispaniola en 1503. L’amiral n’avait plus aucune influence sur l’île où il était interdit de séjour. En revanche, il a, on l’a vu, tenté de réduire en esclavage des Amérindiens contre d’ailleurs la volonté des souverains espagnols.
Les colons ont instauré à Hispaniola une servitude pour les Amérindiens que Colomb a cautionnée. Selon Marcel Dorigny, on ne peut cependant pas parler précisément d’esclavage mais plutôt de « travail forcé ». C’était plus une forme de « servage », un statut déjà très sévère. De toutes les façons, il faut replacer Colomb dans son époque. L’historien rappelle qu’en ce temps-là, l’esclavage existait en Europe du Sud. Si la France et l’Angleterre l’avaient aboli, il était présent en Espagne, au Portugal, en Italie du Sud et bien sûr dans l’Empire Ottoman.


Le « Héraut de l’apocalypse » ?

Dans un livre, l’historien Denis Crouzet décrit Colomb comme un « Héraut de l’apocalypse ». Comme nombre de ses contemporains, l’homme croyait à une proximité de la fin des temps. Il s’était donné pour mission de reconquérir Jérusalem via une alliance entre l’Occident européen et l’Extrême Orient. Elle aurait permis un accès à de grandes richesses (ce qui explique partiellement son obsession de la recherche d’or) et la création d’une grande armée. L’alliance aurait pris en tenaille l’Empire Ottoman qui occupait les Lieux Saints. Pour cela, il fallait évangéliser cette Asie qu’il croyait avoir jointe par l’Ouest. A son arrivée à San Salvador, accueilli par des Amérindiens nus, il a eu l’impression d’être au paradis d’Adam et Eve. Mais lors de son 2ème voyage lorsqu’il apprend que les hommes qu’il a laissés à Navidad ont été massacrés et qu’il découvre le cannibalisme des Caraïbes, il en a une vision diabolisée. Pour la plupart ils sont des mécréants auxquels il dénie toute humanité. D’où le traitement dur de ces populations. Un millénarisme et un déni d’humanité que Denis Crouzet compare à ceux des djihadistes actuels qui eux aussi croient à une fin du Monde proche et n’hésitent pas à massacrer des « mécréants » au nom de Dieu. Une comparaison osée cependant que d’autres historiens ne trouvent pas forcément fondée.


De héros à accusé

Le moins que l’on puisse dire est que l’image de Christophe Colomb a changé au fil du temps. L’héroïque explorateur est devenu un colon génocidaire et esclavagiste. Un contraste souligné par Marcel Dorigny :
« en 1916, à Sainte-Marie, Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe, on érigeait un mémorial avec un buste de Colomb assorti d’un poème fort élogieux. Dans la foulée du cinquième centenaire en 1992 de nombreux « procès » du navigateur se sont tenus dans le Monde. En particulier au Brésil, à Paris ou en Martinique (NDLR, en1993 pour la Martinique, il y fut symboliquement condamné). Et aujourd’hui donc, on déboulonne des statues de Colomb et on débaptise des lieux portant son nom. Pour l’historien cela n’a pas de sens de juger à 5 siècles de distance. C’est un anachronisme. De même, déplacer des statues ou rebaptiser des rues lui semble une erreur :
« L’histoire s’inscrit dans la toponymie des villes (noms de lieux). Il vaut mieux apprendre qu’effacer . Effacer c’est occulter ».
Et il semble difficile, de ce point de vue, d’occulter le poids de Christophe Colomb dans l’histoire de la Guyane, des Antilles, du continent américain et du Monde. Même si l’on peut objecter que l’on donne plutôt aux rues des noms de personnes que l’on veut honorer. La démarche étant la même pour l’érection de statues.


Le politique pas à la hauteur du navigateur

Il semble de toutes les façons exagéré de faire peser sur les épaules de Colomb le poids de tous les drames qui se sont produits après sa découverte. Même s’il a sa part de responsabilités. Pour nombre d’historiens, il fut un immense navigateur (certains le décrivent même comme le plus grand marin de l’Histoire) mais un piètre politique. C’est le moins que l’on puisse dire !
En tout cas, prisonnier de ses obsessions, enfermé jusqu’à sa mort dans la certitude d’avoir été en Asie, il n’a, semble-t-il, jamais eu conscience d’avoir découvert un nouveau continent. S’est-il totalement rendu compte qu’il avait désenclavé le Monde ?
 
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