Paroles de confinement : D'un confinement à l'autre

coronavirus
Claudine Jantet dans sa bibliothèque
Claudine Jantet, auteure, dans sa bibliothèque ©CL
Claudine Jantet est à la retraite et se consacre à l'écriture. Le terme confinement associé à la crise sanitaire du Covid-19 lui a inspiré ce billet d'humeur. 
Celui qui travaille devient un jour retraité. Combien ont rêvé de ce moment ? Mais voilà, une fois la ligne franchie, c’est un autre monde, une sorte de confinement si l’on n’y prend garde. Un matin, cette personne se réveille tout étonnée, il est tard, nul besoin de se préparer, rien ni personne ne l’attend, ni un dossier, ni un collaborateur, ni un élève, ni une boutique… que sais-je encore !
Elle s’habille, mais nul besoin de s’apprêter comme avant.
Elle déjeune, mais elle a tout son temps.
Elle … et puis … elle tourne un peu en rond.
Tiens, déjà midi. Qu’a-t-elle fait ? Rien, sinon se demander ce qu’elle pourrait bien faire.
Les jours se suivent et se ressemblent.
Un jour elle se décide. Il faut qu’elle s’occupe ! Pour certains l’idée reste à l’état d’idée, pour d’autres, elle se concrétise. Et la voilà repartie dans une frénésie d’activités. Elle a bien compris que notre société « moderne » ne supporte pas les rêveurs, les inutiles. Alors il faut donner le change, montrer que l’on est toujours actif, utile. Donner le change, à qui ? Aux autres ? A soi-même ?
Elle renoue avec une vie sociale, elle est à nouveau quelqu’un. A la question « Que faites-vous dans la vie ? », elle ne dit plus « je suis boulanger », « je suis ingénieur »… non, elle dit « je » suivi d’un verbe d’action. Il faut démontrer que l’on ne se contente pas de survivre, d’être confinée.
Et patatras ! Coronavirus ou Covid 19, selon votre degré d’intimité, a décidé de s’inviter à la table des négociations. Minuscule, invisible et pourtant si présent. Tous le connaissent sans l’avoir vu, certains l’ont hébergé sans l’avoir invité.
Il est là et oblige tous les humains, pays après pays, à se confiner. Pas seulement ceux qui ne participent plus à ce fameux PIB. Tous sans exception. Allez, à la maison et ne bougez pas de là ! Vous allez vivre une expérience exceptionnelle. Pendant que vous allez apprendre le calme, la patience, le retour sur vous-même, réfléchir à votre action dans ce monde, notre terre va enfin pouvoir se reposer.
A titre personnel j’ai connu ce premier confinement que j’ai vite dépassé et voilà le second. Je me sens moins inexpérimentée que d’autres. J’ai du temps et quelques mots que l’on aime dans tous les pays m’interrogent.
Croissance : un joli mot quand on parle de la croissance d’un enfant, d’une plante. Mais la croissance économique me dérange car son corollaire est la destruction de notre nature.
Conseiller : ah, le beau mot. Aujourd’hui on ne peut vivre sans eux paraît-il. Conseiller financier, conseiller pôle emploi, conseiller conjugal (quoique après le confinement…). Je n’aime pas qu’on me conseille, je préfère qu’on me suggère.
Je vous lance un défi. Quels mots voudrions-nous bannir de notre vocabulaire ou limiter à une partie de leur définition ?
Paroles de confinement
Nous sommes confinés. Un mot qu’on ignorait presque il y a quelques jours. Dans ces temps difficiles, écrivez librement votre ressenti, vos états d’âmes, vos témoignages, vos analyses. Textes littéraires, poèmes et contes sont les bienvenus. Quelques lignes, quelques pages ... pour dire comment vous vous sentez. Certains.es ont commencé, alors n’hésitez pas. Vos textes à publier sur le groupe ouvert Facebook : Paroles de confinement. A vos claviers ! Rien ne sera plus jamais comme avant. Il y aura un avant et un après la crise !

Tchisséka Lobelt