Rencontre avec Stanislas Lorage, l’un des derniers guyanais à pratiquer la vannerie créole

culture
Portrait de Stanislas Lorage, vannier guyanais. ©Ludmïa LEWIS
Depuis plus de 70 ans, Stanislas Lorage pratique la vannerie créole. Ce Guyanais de 90 ans pourrait bien être l'un des derniers vanniers de ce type sur le département. Il a à cœur de transmettre ce savoir-faire, qui se perd au fil des ans. Première leçon : la vannerie, c'est d'abord un travail de patience.

Agé de 90 ans, Monsieur Lorage est sans doute le dernier vannier de ce type en Guyane. Dans sa maison, à Macouria, des dizaines de pièces de vannerie décorent son intérieur, comme son extérieur. Une grande partie de ces éléments sont des cadeaux qu'il a offerts à sa compagne. Ils sont surtout le fruit de plusieurs heures, voire des jours, de travail minutieux et particulièrement technique. Une pratique acquise dès l’âge de 14 ans, à Ouanary. Il débute alors par le plus simple, selon lui : des walwari ou des pagra.

Mo kontinwé, mo kontinwé ké mo kò. Tou sa mo ka fé la, péson pa montré mo anyen. A di mo kò, a ké mo tèt mo ka travay. Si mo alé roun koté é mo wè roun modèl, mo ka roufè li.

Stanislas Lorage, vannier de Guyane

Pièces de vannerie créoles réalisées par M. Lorage ©Ludmïa LEWIS

La vannerie devient alors sa profession. Si avant les commandes étaient régulière, aujourd’hui, la vannerie créole - qui n'est pas exactement la même que la vannerie amérindienne - n’attire plus les consommateurs. En tout cas, ils sont moins nombreux. Ceux qui s’y intéressent font partie d’anciennes générations. Lorsqu’il y a de la demande, les acheteurs sont surtout intéressés par le panakou, ce chapeau rond confectionné à partir de brins d’arouman, la plante de base utilisée pour la vannerie.

D’ailleurs, Stanislas Lorage met un point d’honneur à corriger ce qu’il qualifie d’erreur récurrente : le katouri serait la version allongée du couvre-chef (le "mâle"), alors que le panakou serait la version ronde, donc celle plus répandue, la "femelle" (cf. photo dessous).

Vannerie créole
Un panakou et un katouri, réalisés par M. Lorage ©Ludmïa LEWIS

En raison de son âge, il n’a plus autant de facilité à trouver des aroumans, alors il fait parfois appel à d’autres personnes qu’il paie pour ce service. D’ailleurs, pour la même raison, il est moins productif qu’avant. Ses 90 années ne lui empêchent pas de pratiquer la vannerie, M. Lorage y met juste plus de temps. Pour être vannier, il faut de la patience.

"Annan roun lajournen, mo pouvé fé roun kroukrou*, a kroukrou-a ki pli fasil", explique-t-il. Comptez donc une à trois heures pour réaliser ces paniers créoles, mais plusieurs jours pour faire un pagra**, par exemple. Tout dépend de sa taille (car il existe des pagra de voyage), du nombre de pièces qui le compose (généralement quatre) et des motifs réalisés dessus.

Pièces de vannerie créole (kroukrou, étui à parapluie, plat, pagra). ©Ludmïa LEWIS

Un travail de transmission en cours

Ce Dòkò de la vannerie créole déplore le désintérêt des jeunes pour cette pratique. Ses deux enfants, qui sont eux-mêmes adultes, n’ont pas son savoir-faire. Pour que cet art ne se perde pas, Stanislas Lorage tente de transmettre son tour de main aux membres de l’Ecole des savoirs populaires et d’apprentissage des langues. Une association dont Maurice Pindard est le président.

Les adhérents, qui apprennent petit à petit, font à leur tour un travail de transmission auprès des plus jeunes. Ils se rendent, par exemple, dans les écoles de Guyane. Dans l’une d’elles, se trouve peut-être une future grande vannière ou un futur grand vannier, à l’image de Stanislas Lorage.

*Un panier simple avec anse / ** Une pochette ou un coffret selon la taille