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16e jour de confinement, en Martinique, les personnes en situation de handicap continuent leur vie 

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L’ADAPEI dispose de 14 établissements en Martinique dédiés à l’accompagnement des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap physique et mental. Deux centres, gérés par cette association de parents, sont restés ouverts. L’exemple de Rivière-Salée.
La plus jeune a 24 ans et la doyenne 71 ans. Christelle et Germaine sont, sur le plan de l’âge, à l’opposée l’une de l’autre, mais elles sont représentatives des pensionnaires de la Maison d’accueil spécialisé de Rivière-Salée (MAS), confinés eux aussi en ce moment.
Adapei patients
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Si Christelle est arrivée il y a dix ans à la MAS, Germaine s’y est installée dès l’ouverture du site en 1998, en provenance de l’hospice Emma Ventura où elle vivait jusque-là. Les deux femmes occupent l’une des cinq maisonnettes qui accueillent 39 polyhandicapés. 
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Marie-Christine Scaron Dufeal ©DR
La directrice Marie-Christine Scaron Dufeal explique :

"Nos résidents sont nés avec un handicap physique. Il peut s’agir d’une déformation ou d’une rétractation des membres supérieurs ou inférieurs. A cela s’ajoute une déficience, auditive par exemple, ou un trouble du comportement. En tout cas, ils sont dépendants pour tous les actes de la vie quotidienne. Soixante pour cent d’entre eux sont en fauteuil roulant".

Les cinq maisonnettes comprennent, chacune, 1 chambre collective de 4 lits, 1 chambre double et 2 chambres individuelles. En plus de ces cinq "unités de vie", il existe quatre hébergements d’urgence, dont deux sont réservés, ces jours-ci, pour servir de chambre de confinement, au cas où l’un des résidents viendrait à être testé positif au coronavirus. 
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La situation actuelle oblige d’ailleurs le personnel à une extrême vigilance. Qu’ils soient médecin, psychologue, ergothérapeute, aide-soignante, accompagnant éducatif et social, éducateur spécialisé ou animateur, les 67 personnes qui travaillent à la MAS sont pleinement conscients des risques qu’ils font eux-mêmes courir aux pensionnaires.
Marie-Christine Scaron Dufeal souligne :

"Une grande partie de nos résidents souffrent de rétractations et ont des difficultés respiratoires énormes. C’est dire si nous devons faire très attention pour ne pas les exposer. C’est ce que nous faisions d’ailleurs jusqu’ici tous les jours, car ils sont sensibles déjà à la moindre grippe ou gastro. Disons qu’avant, on prenait beaucoup de précautions et que maintenant on en fait dix fois plus. De la même façon, nous les accompagnons dans les gestes d’hygiène quotidien, comme le fait de se laver plus souvent les mains". 

Avant le confinement, pour protéger les pensionnaires, les membres du personnel portaient quelquefois le masque médical, quand tel ou telle avait une grippe ou une toux. Aujourd’hui, la pratique s’est généralisée, suscitant évidemment des interrogations chez les résidents, même s’ils ne peuvent pas l’exprimer verbalement.

Marie-Christine Scaron Dufeal indique :

"Malgré les déficiences, ils réalisent tout ce qui se passe. Ils voient bien qu’il y a quelque chose de différent. Ils l’expriment dans leur regard. On voit l’étonnement dans leurs yeux. Le masque symbolise le problème. Quand on le met, ils ne comprennent plus l’expression de nos visages. D’où l’importance d’expliquer tout ce qu’on fait et des les rassurer en permanence". 

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Le coronavirus a bouleversé la vie du MAS. Avant le confinement, il pratiquait l’accueil de jour, en recevant 8 polyhandicapés. Ils observaient alors, chaque matin, le rituel du bonjour, en passant, avec les accompagnateurs, de maisonnette en maisonnette, pour saluer les pensionnaires : le cortège grossissait au fur et à mesure.

Marie-Christine Scaron Dufeal se souvient :

"Ça engendrait plus de vie. Ça apportait de la gaieté pour tout le monde. Mais depuis le 16 mars, on ne le fait plus. On voit la différence. C’est plus tranquille. Il n’y a plus également de petit déjeuner collectif que nous proposions sous le kiosque dehors, sur notre place des fêtes. Enfin, il n’y a plus de sorties, comme l’équitation ou la piscine."

En dehors des pensionnaires mobiles, qui peuvent, parfois, dans la journée, sortir de leur chambre et marcher dans l’enceinte du bâtiment, les autres s’occupent, en faisant du coloriage, en écoutant de la musique de relaxation, ou en regardant la télévision. Leurs familles ne sont pas autorisées à venir les voir, ce qui ne les empêche pas de garder le contact avec elles.
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Marie-Christine Scaron Dufeal raconte :

"Nous avons acheté des tablettes pour faire des photos et l’envoyer aux parents. Nous passons aussi des appels vidéo pour qu’ils puissent se voir. Nous maintenons également le contact avec les personnes qui bénéficiaient de l’accueil de jour. C’est important."


Au seizième jour de confinement, que ce soit à la Maison d’accueil spécialisé de Rivière-Salée ou au Foyer d’accueil médicalisé de Fort-de-France qui héberge 20 traumatisés crâniens, l’ADAPEI veille à ce que tout se passe bien. Les équipes sont mobilisées pour entourer les pensionnaires en appliquant la formule : "Rété a kay zot".