28e jour de confinement, en Martinique, on fête les anniversaires par visioconférence

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Anniversaire
Mynëva et Muriel, expérimentent les anniversaires à distance. ©Martinique la 1ère
En ce mois d’avril 2020, nombreux sont les jeunes et les adultes qui soufflent une bougie de plus. Faute de pouvoir inviter la famille et les amis à la maison, beaucoup ont recours aux appels vidéo. L’essentiel est de marquer l’évènement.
Comme une envie de pleurer le jour de ses 21 ans. Hier matin (12 avril 2020), sur les hauteurs de Case-Pilote, où elle habite avec sa mère et son frère, Mynëva ne peut s’empêcher de penser à son père, décédé en juillet dernier. Pour la première fois, il ne sera pas présent pour son anniversaire. Sonia, sa mère, raconte.

C’est dur à son âge de perdre son père. Il l’encourageait beaucoup pour ses études. Elle aurait aimé qu’il soit là. Elle aurait voulu aussi que, le jour venu, il la conduise à l’autel pour son mariage. Il lui manque.

 
L’an dernier, à la même date, Mynëva avait confectionné une écharpe avec cette inscription : "J’ai 20 ans !" Comme une miss, sûre de sa beauté, elle affichait son insolente jeunesse. Il ne lui restait plus qu’à emmener ses amies dans un restaurant de Fort-de-France pour faire la fête. 
 Mynëva
Mynëva, fête son anniversaire dans le confinement. © Mynëva
Douze mois ont passé. Le coronavirus s’est invité dans les foyers. Le confinement a tout chamboulé. Mais hors de question pour Mynëva de zapper son anniversaire cette année. Sa tristesse au réveil s’est finalement estompé. Hier soir, elle a tenu à marquer le coup. Mynëva raconte.

Ça s’est très bien passé. Je ne me suis pas laissée abattre par le confinement. J’ai fait un masque du visage. J’ai mis de la musique. J’ai dansé. J’ai préparé mon gâteau au chocolat. J’ai appelé mes amis et ma famille en visioconférence et j’ai soufflé mes bougies. J’étais super contente !


Comme Mynëva, le jeune Enzo est né, lui aussi, en avril, le 2 avril 2013 précisément. Avec sa maman, il habite à Petite Anse (Anses d'Arlet). L’an dernier, pour son anniversaire, les élèves de sa classe et ses copains lui avaient fait une belle surprise qu’il n’oubliera pas de sitôt. Muriel, sa mère, se souvient.

On a réuni une quarantaine d’enfants sur la plage des Anses d’Arlet. Ils ont mangé des popcorns et des bonbons. Ils ont joué au foot. Ils se sont bien amusés. J’avais fabriqué des masques sur le thème des super-héros. Il y avait Batman, Spider-man, Supergirl, Hulk. Il a reçu plein de cadeaux. Pour lui, ça a été le plus beau jour de sa vie.


Douze mois ont passé. Le coronavirus a tout chamboulé et Enzo ne comprend pas pourquoi son papa, resté à Paris, n’a pas pu venir pour son anniversaire. Sa mère avait fait un gâteau mais il n’y avait qu’une seule bougie dessus, faute de mieux. Du haut désormais de 7 ans, Enzo essaie néanmoins de positiver :

J’étais content. J’ai eu mon père par visioconférence. J’ai eu ma marraine. J’ai eu ma tante. J’ai eu mon cousin. J’ai lu les messages des amis de maman sur Facebook. C’était bien.

Enzo et sa mère
Muriel et son garçon Enzo qui vient de fêter ses 7 ans. ©(FB)
La mère d’Enzo a fait son maximum pour que l’anniversaire de son fils soit réussi, malgré les circonstances. Elle a fait son maximum, en lui cachant déjà ses propres angoisses. Le confinement a fait remonter à la surface deux épisodes douloureux de sa vie. 

En 2000, elle est en vacances à Salou, en Espagne, lorsque plusieurs bombes explosent sur la côte touristique de Catalogne. La ville est bouclée. Muriel est confinée à son hôtel pendant trois jours, le temps pour la police de rechercher d’autres explosifs éventuels que l'organisation indépendantiste basque, l'ETA, aurait caché.

En 2017, Muriel se retrouve au cœur d’une nouvelle attaque terroriste. Alors qu’elle travaille au comptoir de vente d’une compagnie aérienne à Orly, une fusillade éclate entre un islamiste radicalisé et trois militaires qui patrouillent dans l’aéroport. La jeune femme court se cacher dans les toilettes. Elle y restera quatre longues heures, avant d’être récupérée par le GIGN. Elle raconte :

J’ai dû être hospitalisée. Le moindre bruit m’effrayait. J’avais du mal à sortir à nouveau et je n’ai pas pu travailler pendant un an. C’est comme ça que j’ai décidé de rentrer en Martinique. Aujourd’hui, le confinement a réveillé tout ça. Dès la première semaine, j’ai fait cinq crises d’angoisse. Je tremblais. Je toussais. J’avais du mal à respirer. C’était psychologique.


Au vingt-huitième jour de confinement, la chanteuse et danseuse Sonia Marc, alias La Sosso, souffle, elle aussi, ses bougies sur le gâteau aujourd’hui. Il y aura sans doute du bèlè dans l’air. On lui souhaite le meilleur en lui fredonnant, sur l'air de "Joyeux anniversaire !", le tube du moment : "Rété a kay zot".
 
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