Agression à l'hôpital : des victimes pourraient subir des séquelles aux yeux, tandis que l’intersyndicale se divise de nouveau

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Hôpital / CHU Martinique
Le CHU de Martinique et une partie de ses agents en période de Covid (image d'illustration). ©Martinique la 1ère
Les condamnations se sont poursuivies depuis l’agression de plusieurs personnes à l'hôpital Pierre Zobda Quitman de Fort-de-France jeudi 24 mars 2022. Elles ont été victimes d’un "produit très corrosif" lancé par des manifestants, en marge d’une réunion entre la nouvelle direction et l’intersyndicale. Cette dernière se divise encore à la suite de cet incident. Plusieurs plaintes ont été déposées.

Les faits se sont produits en marge d’une réunion dédiée à "un dialogue social rénové et constructif" entre le nouveau directeur général du Centre Hospitalier Universitaire de Martinique, et les 5 organisations syndicales de l’établissement. Des manifestants tentant de "pénétrer de force dans la salle afin de jeter le trouble dans la séance de travail" selon Yvon Pacquit le président du conseil de surveillance du CHUM, ont lancé "un produit très corrosif" sur des personnes présentes, dont certaines ont été touchées aux yeux.

6 d'entre elles ont dû être immédiatement évacuées et prises en charge aux urgences de l'hôpital Pierre Zobda Quitman dont 3 très gravement atteintes, qui ont subi en urgence, une intervention chirurgicale. "Malgré la rapidité et la qualité de leur prise en charge, il est à craindre qu’elles ne subissent une altération définitive de leur acuité visuelle" d’après Yvon Pacquit.

"Acte inqualifiable… dérive très grave"

Ces victimes par ailleurs totalement étrangères aux problèmes internes du CHU, pourraient donc conserver un handicap définitif particulièrement grave. Les membres du conseil de surveillance se joignent à moi pour dénoncer et condamner avec la plus grande fermeté, cet acte inqualifiable. Il signe une escalade de la violence au CHU, à laquelle nous devons nous opposer par tous les moyens (…). Que chacun prenne conscience de la dérive très grave qui s’installe.

Yvon Pacquit - président du conseil de surveillance du CHUM (Communiqué du 25 mars 2022)

Une intersyndicale lézardée

Cette action violente vient s'ajouter aux différents désaccords observés au sein de l’intersyndicale depuis le début de sa mobilisation contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale. Jean-Pierre Jean-Louis, le secrétaire général de FO santé a été un des premiers à dénoncer "certaines méthodes". Aujourd’hui, il observe qu’"une fois de plus, la violence a pris le dessus sur le dialogue", dans un climat social qui s’est "largement détérioré au sein du CHUM".   

Cette violence aura de lourdes conséquences sur la vie d’êtres humains comme nous, qui se lèvent tous les matins pour venir travailler et gagner un salaire pour faire vivre leur famille. Le syndicat Force Ouvrière Santé ne saurait tolérer ce type de comportement. Nous condamnons fermement toutes formes de violence. Nous devons accepter les différences d’opinion et ce n’est que le dialogue qui permettra de convaincre et de trouver des solutions acceptables par tous.

Jean-Pierre Jean-Louis - FO

"Recentrons-nous sur nos missions qui sont de prendre en charge et de soigner notre population qui a besoin de nous" ajoute Jean-Pierre Jean-Louis à l’endroit de ses collègues, dans son communiqué du 25 mars.  

"En aucune façon, de tels actes ne peuvent se reproduire..." 

Le 26 mars 2022, c’est la CDMT Santé sociaux qui réagissait à son tour à cet épisode violent, en dénonçant "fermement les exactions produites dans l’enceinte même de l’établissement".  

La CDMT Santé Sociaux, forte de ses valeurs, ne peut cautionner les agissements pouvant mettre en péril la sécurité de toute personne, exerçant au sein de l’institution, mais également de tous les usagers. L’hôpital doit rester un lieu sanctuarisé dans lequel toute personne peut se rendre en toute sécurité et à tout moment. En aucune façon, de tels actes ne peuvent se reproduire, quel que soit le combat, aussi légitime soit-il !

Olivier Villeronce, pour le secrétariat général de la CDMT Santé Sociaux

La Centrale demande à toutes les parties concernées par le fonctionnement de l’hôpital de "reprendre un dialogue constructif et apaisé". FO et la CDMT ont en outre apporté leur soutien aux victimes.  

 

CHUM Martinique
Prise en charge au CHU de Martinique (image d'illustration). ©Capture Facebook Centre Hospitalier Universitaire de Martinique

 

L’UGTM Santé seule contre tous ?  

De son côté, le syndicat UGTM a une autre lecture de ce qu’il qualifie pourtant de "faits graves", mais il dénonce non pas l’agression en elle-même, mais un "important dispositif d’agents dit de sécurité, déployés en totale démesure au regard de la situation", lequel selon l’Union, "crée des crispations inutiles pour tout agent du CHUM" qui doit se rendre dans les services.

"Ni les agents de sécurité, ni les membres de l’intersyndicale n’ont identifié la personne responsable de cette agression" affirme l’organisation. "Cette agression a été subie tant du côté des agents de sécurité que des membres de l’intersyndicale".  

Nous dénonçons l’attitude des agents de sécurité à la suite de cette agression. Certains ont proféré des menaces, ainsi que des insultes envers les membres de la délégation. Un autre a voulu nous frapper avec une chaise (…). L’un d’eux a sorti une arme blanche et a menacé d’aller chercher son fusil dans son véhicule, suivi du départ de celui-ci en direction de sa voiture. Ces agents se sont ensuite regroupés comme une milice pour en découdre. Ces faits sont condamnables (…). Nous nous permettons d’émettre des doutes sérieux sur la qualité et le professionnalisme de ces agents de sécurité employés par un prestataire extérieur au CHUM, qui devraient tout comme les agents hospitaliers, avoir l’obligation de fournir un casier judiciaire vierge.

L’UGTM Santé

"Un guet-apens" ?    

Outre ces accusations à l’encontre du service d’ordre de l’hôpital, le syndicat va plus loin en s’interrogeant : "nous avons l’impression sérieuse d’avoir été pris dans un guet-apens, commandité par qui ? dans quel but ? discréditer la lutte" ?    

Dans sa "rétrospective des actions de la semaine du 21/03", postée sur YouTube le 26 mars 2022, Serge Aribo le leader de l’UGTM santé a enfoncé le clou, sans faire allusion aux victimes.  

Nous sommes des élus représentant les personnels, nous sommes des représentants de l'intersyndicale. Il est hors de question que nous soyons "fliqués" dans un établissement public et que nous ayons devant nous des agents de sécurité qu'on paye largement toute la journée à pianoter sur leur portable, à s'endormir quelquefois dans l'escalier (…), qui considèrent qu'ils ont un pouvoir de discrétion sur notre accès. Nous ne sommes pas respectés et nous considérons que le respect ne sera acquis, que lorsque le Directeur Général aura prouvé qu'il est à même de résoudre les problèmes que nous posons aujourd'hui : la continuité des soins, le respect des engagements de l'Etat de poursuivre les négociations et de faire en sorte que la maltraitance du personnel qui se traduit par une maltraitance des personnes accueillies dans nos établissements, s'arrête (…). Le nouveau directeur signe des lettres de suspension, donc c'est une continuité et on ne peut pas considérer qu'il est venu pour mettre de la sérénité. Il faut qu'il arrête.

Serge Aribo

Serge Aribo / UGTM santé
Serge Aribo - secrétaire général de l'UGTM santé. ©Capture YouTube

Dans une autre communication laconique datée du 26 mars, "la CGTM Santé dénonce d’où qu’elle vienne, cet acte perpétré dans l’hôpital", par la voix de sa secrétaire générale, Magalie Zamor. Cette dernière précise toutefois, que son organisation "n’a ni approuvé, ni validé, ni signé la déclaration de l’intersyndicale en date du 25 mars 2022".  

D’autres condamnations  

Dans l’intervalle, de nouvelles déclarations politiques ont condamnés les actes, ce que l’UGTM n’a pas apprécié, estimant que les élus ont "laissé croire que les membres de l’intersyndicale seraient concernés par ces agressions", une lecture là encore dissonante, à l’aune de la position des autres organisations.  

Je condamne vivement les agressions proférées à l’encontre d’agents de sécurité. De tels actes sont intolérables et nous avons plus que jamais, dans ce contexte sanitaire particulièrement éprouvant, besoin de solidarité et de dialogue.

Didier Laguerre – maire de Fort-de-France.

Il est intolérable que des agents de sécurité exerçant une mission de service public, subissent de telles attaques. La violence et l’incivisme, trop souvent présentes aux abords ou dans les espaces du CHU depuis quelques semaines, sont des phénomènes qui ne supportent aucune tolérance. Je souhaite que les responsables de ces faits soient retrouvés et sanctionnés sévèrement.

Bruno Nestor Azérot - maire de Sainte-Marie et président de Cap Nord

Ces faits sont d’une rare violence et témoignent du climat de terreur que certaines personnes essayent d’instaurer au CHUM et dans la société martiniquaise. Le PPM condamne avec la plus grande fermeté ces atteintes aux personnes. Rien ne peut justifier une telle dérive. Ce climat délétère ne pourra qu’accentuer notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur pour être soignés, et nous savons tous que les perdants seront toujours les plus démunis et les plus précaires.

Jhonny Hajjar – secrétaire général du Parti Progressiste Martiniquais

Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer et Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, dénoncent eux aussi une "agression lâche et violente" dans un communiqué du Gouvernement publié le 25 mars 2022.  

Les ministres adressent leurs plus sincères vœux de rétablissement aux victimes et plus largement leur plein soutien aux agents du CHUM, régulièrement exposés à la violence d’une minorité dont les revendications ne sauraient justifier de tels actes.

Le Gouvernement

Sécurisation de l’établissement de santé  

Un guide de 219 pages, dédié aux situations sanitaires exceptionnelles au sein des établissements de santé, a été publié en 2019 par le ministère. Sa finalité est d’"accompagner les établissements de santé dans la préparation et la gestion des tensions hospitalières et des SSE (Situations Sanitaires Exceptionnelles)".  

À propos de la sécurité interne dont le volet est important, le document indique que "l’établissement de santé doit assurer dans son enceinte, la sécurité des personnes et des biens. Cette sécurisation concerne les personnels de santé, les patients, les visiteurs et les prestataires".  

Chaque établissement est tenu d’élaborer un Plan de Sécurisation d’Etablissement (PSE), en coordination avec les autorités préfectorales et les forces de sécurité intérieure. Ce plan définit la politique et l’organisation globale mise en place pour sécuriser l’établissement. Il doit être intégré dans le plan de gestion des tensions hospitalières et des SSE (Situations Sanitaires Exceptionnelles).

Ministère des solidarités et de la santé

Chaque protagoniste de cette affaire a porté plainte. À charge pour la justice de démêler le vrai du faux. Quant à l’intersyndicale de la santé, elle est plus divisée que jamais en Martinique.