Commémoration du 10 mai : le vrai faux pas du président et la polémique stérile

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10 mai Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions
©PATRICK KOVARIK / AFP

Le président Macron n’a pas prononcé un mot, ce 10 mai 2021, à la cérémonie officielle de commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière. Une attitude jugée incompréhensible ou méprisante par les associations mémorielles. Un débat inutile ?

S’il a pu choquer ou étonner dans les cercles militants, le mutisme du chef de l’Etat lors de la cérémonie officielle de ce 10 mai 2021, a été totalement ignoré par la population française. Elle est davantage préoccupée par la crise sanitaire et ses conséquences que par la célébration des luttes pour leur liberté menées par les esclaves. Du reste, cette séquence historique est largement ignorée en France.

Surtout que la revendication récurrente de la réparation des séquelles du travail forcé n’est pas encore comprise par la population française, ni par son élite. Un véritable dialogue de sourds s’est engagé ces vingt dernières années sur la contribution que doivent porter les puissances coloniales européennes au développement des pays soumis à leur ancienne domination.

Dialogue de sourds illustré par l’inapplication de la loi Taubira. Cette loi mémorielle et non répressive incite à prendre en compte la dimension coloniale de l’histoire de France. Dialogue de sourds illustré aussi par le fait que les différentes dates de célébration de la libération des esclaves et de l’interdiction de la traite négrière ne sont toujours pas des jours fériés, sauf dans les territoires concernés.

Une séquence historique méconnue

 

La date retenue pour la France hexagonale, le 10 mai, est une journée comme les autres. Certes, l’institution scolaire diffuse les recommandations d’usage inspirées par la loi Taubira. Certes, les représentants de l’Etat participent aux cérémonies organises ce jour-là. Pourtant, le 10 mai est l’objet d’une célébration minimaliste.

Au-delà de ce constat d’huissier, ne convient-il pas de se demander s’il ne faut pas cesser de compter sur le personnel politique et sur le peuple français pour mettre en œuvre la nécessaire et légitime réparation des conséquences de l’esclavage. A quoi bon attendre un geste qui ne viendra jamais ?

Nous savons bien que les Français ignorent que le pays doit sa prospérité actuelle au commerce colonial. Près de deux siècles après la fin de ce système, la mémoire collective ne l’a toujours pas intégré. Et alors, faut-il s’en offusquer ?

Pourquoi attendre un geste impossible ?

 

Au lieu de le regretter, nous pourrions nous inspirer des actions concrètes menées par les gouvernements voisins du Caricom. L’organisation composée d’une vingtaine de pays de notre Caraïbe réclame « des excuses réelles et sérieuses » aux gouvernements européens quant à la responsabilité des Etats dans l’organisation du système colonial.

Ils exigent aussi l'annulation de la dette de ses pays membres, le financement d'un programme de rapatriement des descendants des Africains déportés, la mise en œuvre de programmes de santé publique et de lutte contre l'illettrisme, le transfert de technologies et de savoirs. Voilà qui est concret et ambitieux. Et beaucoup plus mobilisateur que les pleurs de la victime qui ne sera jamais entendue par les descendants de son bourreau.