Deux victoires symboliques contre le chlordécone grâce à la mobilisation citoyenne antillaise

santé
Manif 27/02/21
Les tambours rassemblés dans la cours de la Maison des Syndicats ©Christine Cupit

L’instauration du dosage sanguin du chlordécone et la mise en oeuvre du quatrième plan de lutte contre le pesticide constituent de réelles avancées dans le combat portant sur le scandale infini de la pollution par ce pesticide en Guadeloupe et en Martinique.

Établir sa chlordéconémie est désormais possible en se rendant dans un laboratoire d’analyses biologiques. Nous pourrons doser le chlordécone dans notre sang comme cela est possible pour le cholestérol ou le diabète. Il ne doit rien au hasard que cette annonce a été diffusée mardi 2 mars 2021 par le Collectif des ouvriers et ouvrières empoisonné-e-s par les pesticides.

 

 

L’Agence Régionale de Santé a pris le relais en fin de journée pour préciser les modalités de la mise en oeuvre de ce nouvel examen biologique. Il est réservé en priorité aux 2 000 familles du programme des Jardins Familiaux, les JaFa. Ces foyers sont ciblés en raison de leur consommation habituelle de légumes susceptibles d’être contaminés par les traces du pesticide dans leurs jardins.

L’autre population prioritaire est celle des milliers d’ouvriers agricoles employés dans les bananeraies. Puis viendront les couples désirant un enfant, les femmes enceintes et leur futur bébé. Enfin, dans un troisième temps, tout le monde pourra se faire dépister. D’ici quelques mois, chacun pourra être muni de son certificat d’imprégnation au chlordécone.

Un combat de tous les instants

 

La généralisation de cet examen biologique a été l’une des revendications de ceux qui ont osé se dresser contre l’inertie des pouvoirs publics. Il s’agit d’une victoire des militants d’une cause générale, voire généreuse. Victoire symbolique, mais victoire tout de même.

L’autre victoire remportée dans ce scandale est la validation du Plan Chlordécone-4 ce mercredi 3 mars 2021. Certes, il est considéré comme insuffisant dans ses effets par des militants écologistes, des scientifiques, des agriculteurs et des marins-pêcheurs. Il lui est reproché d’être sous-financé, avec 92 millions d’euros seulement pour compenser les dégâts causés par le pesticide à l’environnement naturel.

 

 

Toutefois, ce plan a le mérite d’exister. Il a été soumis aux avis des citoyens durant un mois entier. De nombreuses observations y ont été portées. En outre, il sera piloté par une Martiniquaise, Edwige Duclay, ingénieure agronome qui a passé quinze ans au ministère de l’Écologie. Néanmoins, il reste en deçà de ce qui était attendu.

Des réponses insuffisantes

 

S’il suscite la perplexité, c’est peut-être parce que "les gouvernants ne semblent pas avoir encore acquis la conviction de la dangerosité de l’exposition au produit", estime Harry Durimel. Avocat engagé depuis une quinzaine d’années dans ce combat, ce militant écologiste récemment élu maire de Pointe-à-Pitre pense que les technocrates ne saisissent pas réellement les enjeux réels de la dépollution.

Or, les neuf dixièmes des adultes de Guadeloupe et de Martinique sont contaminés, selon Santé publique France. Les taux d’incidence du cancer de la prostate aux Antilles sont parmi les plus élevés au monde.

Il reste que l’instauration de la chlordénonémie et la mise en œuvre du quatrième plan de lutte contre le pesticide sont des conquêtes à mettre à l’actif  de la mobilisation citoyenne dans les deux seuls territoires français où la totalité de la population est contaminée par un produit chimique dont la toxicité est connue et avérée depuis un demi-siècle.

 

 

 

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