Inondations dans le nord-atlantique de Martinique : pouvons-nous éviter de nouveaux drames ?

politique
Inondation
Inondation à la sortie du bourg du François (image d'illustration) ©RS
La région du Nord-Atlantique subit de sévères dégâts provoqués par les intempéries depuis plusieurs jours en Martinique. Alors que de nouvelles pluies sont attendues selon la météo, ne serait-il pas temps de réfléchir à tenter de mettre enfin l’île hors d’eau ?
Routes endommagées ou impraticables, coupures d’eau, déplacements en voiture limités, anxiété palpable : c’est encore le lot de plusieurs milliers d’habitants, en parrticulier dans le nord-atlantique. Ces premières pluies abondantes du mois de novembre (qui ne sont pas terminées) ont déjà provoqué des glissements de terrain, des éboulis, des crues de nombreuses rivières, la destruction de maisons et l’inondation de champs de cultures vivrières.

Ces scènes sont fréquentes, mais nous avons du mal à nous y habituer. Nous avons beau être en saison cyclonique, nous tolérons mal ces dégâts occasionnés à nos biens et aux infrastructures. Les familles sinistrées vivent douloureusement ce nouveau coup du sort.
 

Elus et techniciens mobilisés sans désemparer


Les élus de proximité des communes et de CAP Nord ainsi que les dizaines d’ouvriers et de techniciens mobilisés pour revenir à une vie habituelle doivent être salués. Eux savent plus que quiconque combien est précieux leur engagement sans désemparer.

Il reste à savoir quand et comment seront indemnisés les victimes de ces inondations. La sénatrice Catherine Conconne, le député Jean-Philippe Nilor, le président du conseil exécutif Alfred Marie-Jeanne, le président de CAP Nord, Bruno Nestor Azérot réclament dans les plus brefs délais la déclaration de l’état de catastrophe naturelle.

Le maire du Robert, Alfred Monthieux, exige que l’Etat prenne toute sa part dans la prévention des inondations. Les communes n’ont pas les moyens budgétaires ni logistiques pour atténuer les dégâts causés par les crues des rivières ou les submersions marines. La loi dite "Gemapi" considère que les communes doivent être en première ligne sur ce plan. Or, elle est inapplicable sans ressources financières.
 

Revoir l’aménagement du territoire


La mobilisation générale constatée sur le terrain ne doit pas faire oublier un impératif : celui de redessiner l’occupation de notre espace vital et de revoir l’aménagement de notre territoire. Nos sols argileux, donc fragiles, sont perclus par les canaux d’irrigation, les conduites d’eau, d’électricité et de téléphone, les routes, les maisons, les immeubles.

Les berges des rivières et le littoral comportent beaucoup trop de constructions, la plupart étant récentes. Les bords des mangroves sont bétonnés par des centres commerciaux et des programmes immobiliers. Autant de facteurs de risques pris en toute connaissance de cause, l’information étant largement disponible.
 

Mise à jour du SAR 


Il est vrai que la Martinique ne dispose pas de plan coordonné permettant d’urbaniser ici, de réserver des espaces pour l’agriculture là, ou de geler des terres ailleurs. Le Schéma d’Aménagement Régional (SAR) un outil obligatoire à disposition de nos collectivités n’est pas mis à jour. Le Professeur Pascal Saffache, éminent géographe à l’Université des Antilles, exhorte nos élus à la prospective en la matière.

Fort heureusement, plusieurs maires réfléchissent à la relocalisation des activités humaines, des réseaux et de l’habitat dans des zones moins exposées aux aléas naturels. Ces opérations complexes s'apparentent aux travaux d'Hercule, mais ce défi majeur vaut la peine que nous nous y attelions.

Il y va de l’avenir de notre île. Nous ne pouvons pas évoquer la malchance à chaque épisode d’inondation, et attendre le prochain sans rien faire entretemps. Panser les plaies d’aujourd’hui et penser l’espace de demain, voilà un défi collectif à relever de toute urgence.
Les Outre-mer en continu
Accéder au live