La crise sanitaire provoque une dangereuse fracturation du corps social

coronavirus
Manifestants à la maison des syndicats
Mobilisation de l'intersyndicale de la santé à la maison des syndicats (23 octobre 2021). ©Christine Cupit
Allons-nous vers l’apaisement souhaité à l’hôpital de La Meynard ? Les syndicats opposés à l’obligation vaccinale et au passe sanitaire maintiennent leur mobilisation, mais jusqu’à quelle limite ?

Ceux qui en doutaient en sont désormais certains. Alors que la pandémie se poursuit, la Martinique subit les effets délétères d’une fracturation sociétale. La lutte entre les forces contraires qui s’opposent au sein du Centre hospitalier universitaire entre les opposants au passe sanitaire et à l’obligation vaccinale et ceux qui sont tenus d’appliquer la loi prend une tournure inquiétante. Cette confrontation montre qu’au-delà d’une crise sanitaire, nous vivons une crise politique.

Le dernier événement extraordinaire en date est, sans conteste, la présence de gendarmes et de policiers dans l’enceinte d’un hôpital public. Des scènes inédites ont eu lieu les 14 et 15 octobre 2021 à l’hôpital Pierre Zobda-Quitman. Le filtrage par les gendarmes des personnes disposant d’un passe sanitaire a de quoi étonner. Pour les uns, ce sont les réticences de certains membres du personnel et de leurs syndicats qui est à l’origine des échauffourées. Pour les autres, la réaction de la direction du CHUM est légitime et légale.

Le choc des forces de l’ordre à l’hôpital

 

Voir des salariés bousculés par les forces de l’ordre sur leur lieu de travail, et non dans la rue, est inhabituel. Une règle non écrite veut que, depuis Mai-68, gendarmes et policiers ne puissent pénétrer dans un établissement scolaire ou universitaire, encore moins dans un hôpital. Les incidents rarissimes qui ont eu lieu en ont choqué plus d’un.

Sauf que, dans le même temps, il serait incompréhensible que la direction de l’hôpital ne garantisse pas le libre-accès aux agents se conformant à la loi et aux patients venant se faire soigner. La justice dira le droit. Les syndicats poursuivent leur mobilisation. Les élus se taisent, pour la plupart. La population suivra, en silence, ce bras de fer.

Dans ce climat, il est évident que le gouvernement va décider bientôt de moduler l’application de l’obligation vaccinale pour les soignants. Il n’y a pas d’autre solution pour que chacun sorte la tête haute de cet affrontement stérile. Surtout qu’une cinquième vague de contamination, avec son funeste cortège de décès, est crainte par plusieurs spécialistes.

Sortir la tête haute du conflit

 

Il reste que l’attractivité de notre CHU en a pris un coup. Commet recruter des médecins et infirmières, désormais ? Comment retenir ceux qui sont déjà là et dont certains, natifs de Martinique ou non, attendent impatiemment leur mutation ? Comment persuader les patients de se faire soigner à La Meynard ?

Nous avons basculé dans une autre dimension de la crise. La séquence de la pédagogie sur la vaccination a échoué. Le climat électrique que nous subissons est-il bien analysé par nos hauts fonctionnaires ? Certains semblent avoir du mal à saisir la subtilité des mécanismes à l’œuvre dans notre société. Quant à nos élus, ils restent discrets. Craignent-ils de se mettre à dos leur électorat ?

Pourtant, il faudra bien trouver le moyen d’apaiser les tensions et de revenir au dialogue. Faute de quoi, la rupture qui menace sera effective. Et avec elle, tous les risques de débordements incontrôlables. Qui est prêt à affronter un chaos institutionnel et un désordre permanent ?