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La Martinique est européenne, oui mais…

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Drapeaux europe
un pays, un drapeau, un hymne ... ©FABRICE DEFREMONT
Aucune célébration n’est venue ponctuer en Martinique le 60e anniversaire du traité de Rome instituant la CEE, la Communauté économique européenne, le 25 mars 1957. Pourtant, nous faisons partie de l’ensemble européen depuis l’origine. Oui, mais après ?
La Martinique européenne ? Évident, me direz-vous. Alors, comment comprendre qu’aucune célébration officielle n’ait été organisée pour le 60anniversaire du traité de Rome ? Pourtant, nous faisons partie de l’ensemble européen depuis l’origine, en tant que territoire appartenant à la France. Laquelle a signé ce traité créant le premier marché commun avec l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et  les Pays-Bas. De ce fait, nous avons vécu ou subi les multiples modifications de ce traité fondateur.
 
L’Union européenne d’aujourd’hui, ce sont 28 États, 25 langues, une monnaie unique, une zone de paix peuplée de 460 millions d’habitants. Un modèle d’intégration pourtant remis en cause dans plusieurs pays, de l’extrême droite à l’extrême gauche. En cause : la technostructure qui a pris le pas sur les politiques, le libéralisme outrancier qui écrase les plus faibles, le paradoxe de ce nain politique en même temps géant économique mondial.
 
Membres depuis l’origine de la communauté européenne, les DOM (Départements d’Outre-Mer) ne bénéficient, si l’on peut oser le terme, de cette intégration que depuis les années 1970. Les gouvernements ont tardé à trouver les voies et moyens pour que les DOM soient pris en compte par les instances européennes. Ainsi, en 1960, il était devenu nécessaire, selon la géographe Annie Delobez, "de créer des emplois en nombre et en qualité pour limiter le chômage, permettre l’élévation du niveau de vie et éviter aux Martiniquais le drame de l’émigration".
 
Les infrastructures ont été créées ou modernisées, les filières de production ont subi des mutations, le niveau de vie s’est considérablement amélioré depuis 60 ans. Mais le drame de l’émigration n’a pas été évité. Il a été encouragé et organisé par l’État via son agence du BUMIDOM.
 
La première opération spectaculaire et significative, sur les plans économique et politique, aura été l’implantation du radar des télécommunications des Trois-Ilets en 1971. Une autre étape majeure vers une insertion au sein du bloc communautaire européen aura été la création des régions ultrapériphériques, les RUP, en 1992. Un dispositif permettant de financer très largement tous les domaines de l’activité économique et de sécuriser le lien juridique avec les institutions communautaires.
 
Résultat : nous sommes devenus euro-dépendants, avec tous les avantages et inconvénients de cette situation. Certains candidats à l’élection présidentielle sont favorables à la sortie de la France de l’Union Européenne. Sans qu’ils ne daignent porter la moindre précision sur le sort des collectivités d’Outre-mer au cas où ce scénario survenait et qui mérite d’être étudié sereinement.
 
Ceux-là feraient mieux de mesurer sérieusement les enjeux politiques et économiques, de la production de bananes à la formation professionnelle, en passant par l’amélioration des infrastructures. Les logiques politiciennes ponctuelles ne justifient pas toutes les désinvoltures. 
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