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Portrait : Jean Bernabé, pionnier méconnu des études sur le créole

culture créole
JEAN BERNABE
©Martinique1ere
Le 12 avril 2017, le Professeur Jean Bernabé s’éteignait à l’âge de 75 ans. Un hommage lui a été rendu sur le campus par les anciens collègues et anciens étudiants de ce pionnier de la créolistique.
L’arpenteur inspiré. C’est le surnom donné à Jean Bernabé par ses collègues dans un recueil d’essais, publié en 2006, en hommage à ce poto mitan de notre université. Linguiste de réputation internationale, respecté par ses consoeurs et confrères spécialistes de l’étude des langues créoles de par le monde, il n’a pas eu forcément bonne presse en son pays natal.

Agrégé de grammaire, il publie en 1983 sa thèse de doctorat d'État en linguistique, les résultats de son étude comparative des créoles guadeloupéen et martiniquais. Il y décrit la dynamique propre à l’une des langues les plus récemment apparues dans l’histoire de l’humanité. Depuis, il n’a cessé de propager l’idée selon laquelle cet idiome mérite respect et considération. D’où la création, dans les années 1980, du GEREC, le Groupe d'Études et de Recherches en Espace Créole, l’un  des laboratoires les plus dynamiques de l’Université des Antilles. Le Pr. Bernabé et son équipe ont proposé une méthode d’écriture de notre langue dite orale afin qu’elle puisse être transmise plus aisément. D’où la création du CAPES de créole en 1986. L’année prochaine, une agrégation verra le jour.

L'œuvre de Jean Bernabé témoigne de son caractère de pionnier


Intellectuel de haut parage, Jean Bernabé était aussi romancier. Sa plume était inspirée par l’esthétique de la créolité. Un mouvement dont il est l’un des cofondateurs, avec Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Leur essai "Éloge de la créolité", paru en 1989, a été sévèrement dénoncé, notamment par ceux qui, sans l’avoir lu bien souvent, y ont vu une dénonciation de la Négritude.

Les auteurs, accusés de crime de lèse-majesté, y disaient simplement qu’il était temps de dépasser la perspective de l’existence de l’homme noir, en proposant une analyse plus fine de la réalité complexe des sociétés issues de l’esclavage. Bernabé a mis du temps à se faire comprendre. Il n’est plus là, mais son œuvre témoigne de son caractère de pionnier.
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