Le sacrifice méconnu des résistants antillo-guyanais de la Seconde guerre mondiale

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Les dissidents antillo-guyanais Alexande Lepasteur, Jeanne Catayée, Salinière Segor et Léopold Léon
Les dissidents antillo-guyanais Alexande Lepasteur, Jeanne Catayée, Salinière Segor et Léopold Léon ont été reçus à l'Hôtel des Invalides à Paris le 2 juin 2014 ©Léia Santacroce
La France se souvient de l’appel du 18 juin 1940 lancé par le général de Gaulle sur les ondes de la BBC pour combattre l’occupant nazi. Une exhortation ayant résonné dans tout l’empire colonial. Pourtant, le sacrifice des résistants africains et antillo-guyanais reste méconnu.
 
Comment comprendre que les anciens combattants antillais et guyanais de la Seconde guerre mondiale sont-ils encore absents de la mémoire collective française ? Les dissidents, comme étaient appelés ces résistants de la première heure, étaient ces jeunes volontaires pour défendre la France contre le régime d’Hitler. Par centaines, ils se sont mobilisés pour s’engager sur les principaux fronts.
Charles de Gaulle
Le général Charles de Gaulle né le 22 novembre 1890 à Lille et mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises. ©Fondation Charles de Gaulle
Ils ont répondu à l’appel lancé depuis Londres par un certain général de Gaulle. Autoproclamé chef militaire et politique des Forces françaises libres, les FFL, il appelle ses concitoyens à prendre les armes contre les troupes de l’occupant nazi. Un appel peu suivi en France. Les soldats démobilisés rentrent dans leurs foyers. Les états-majors politiques se taisent, hormis quelques chefs. Le Parti communiste sauve l’honneur en armant ses propres résistants.
 

La population française ignore l’appel du général de Gaulle


Dans les colonies, au contraire, c’est l’effervescence. Le gouverneur de l’Afrique équatoriale française, basé au Tchad, le Guyanais Félix Eboué, se rallie immédiatement au général de Gaulle. Il entraîne avec lui l’essentiel de l’état-major et des soldats français basés dans les territoires placés sous son commandement.

En Guadeloupe, Guyane et Martinique, des dirigeants politiques organisent la rébellion contre l’amiral Robert. Le haut-commissaire de la République aux Antilles-Guyane fuiera avant la fin de la guerre, contraint à la démission par la révolte populaire en Martinique en juin 1943.

Plusieurs centaines de jeunes, sensibles à l’appel lancé par de Gaulle, partent en dissidence. Au péril de leur vie, ils traversent le canal de Sainte-Lucie ou celui de Dominique, arrivent dans ces colonies britanniques, sont pris en par l’armée américaine qui leur prodiguent une formation militaire basique à Fort Dix, dans le New Jersey.
 

Les dissidents font preuve d’un courage exemplaire


Les dissidents sont incorporés dans les bataillons antillais de marche n°1 et n°5. Ils sont engagés sur les fronts de Royan, d’Alsace, de Provence ou de Monte Cassino, entre autres zones de combat. Leur apport est déterminant, comme le reconnaissent à la fin de la guerre leurs frères de combat.

Pourtant, ils sont vite oubliés. Ainsi, Paul Giacobbi, l’un des ministres des colonies d’après-guerre du gouvernement présidé par le général de Gaulle, ordonne au Conseil national de la résistance de rayer des cadres ces jeunes antillo-guyanais. Ils les soupçonnent d’être partisans de l’indépendance de leurs territoires. Pourtant, ils ont combattu pour la libération de ce qu’ils considèrent comme leur mère-patrie. À n’y rien comprendre !

Une décision lourde de conséquences. Durant quatre décennies, le silence des autorités militaires a été constant sur les dissidents. Il a fallu attendre un célèbre discours du président Nicolas Sarkozy, en juin 2009, pour les restaurer dans leur dignité.

Alors que l’actuel chef de l’État se dit prêt à ouvrir toutes les pages de l’histoire de France, est-il permis d’espérer l’édification de statues célébrant le sacrifice de ces jeunes résistants ? Ce serait, assurément, un geste fort envers celles et ceux qui ont contribué à laver l’honneur de la France.
 
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