Tatouages: la commission européenne interdit des encres néfastes pour la santé

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Tatouage ©Joel Lavane, tatouage
Le texte de loi est entré en vigueur depuis le mardi 4 Janvier 2022. Les tatoueurs ne peuvent plus, utiliser d'encres de couleurs ni de substances chimiques jugées toxiques et cancérigènes par la Commission européenne. En Martinique, les tatoueurs contestent cette décision et craignent pour leur métier.

Le salon Crystal Ink, à la rue Antoine Siger, à Fort-de-France est spécialement ouvert pour Stéphanie, une cliente.

Daniel Bertrand, tatoueur canadien, va réaliser un bonsaï cerisier sur sa demi-jambe; un nouveau modèle qui va se rajouter à sa collection. Car elle n'en compte pas moins d'une quinzaine sur son corps et n'a jamais perçu quelconque problème de santé en lien avec ses tatouages.

J'ai de la couleur sur le bras, sur les côtes et je n'ai jamais eu aucun souci avec la couleur...ni allergie, ni rejet, rien du tout. La commission européenne cherche des problèmes là où il n'y en a pas. Il y a de vrais soucis à régler.

Stéphanie, cliente

Stéphanie ne comprend pas la décision qui prévoit l'interdiction de 25 pigments. Le rouge, le jaune ou encore l'orange vont disparaitre des palettes car elles sont considérées comme toxiques. 

Cela restreint la créativité, le travail des artistes. C'est comme si vous voyez la chapelle Sixtine en noir et blanc.

Stéphanie, cliente

Daniel Bertrand effectue des déplacements réguliers dans plusieurs pays pour montrer son savoir-faire. Cela fait trente ans qu'il fait ce métier, accumule les expériences et compte des milliers de clients dans son répertoire. 

Jusqu'ici, il a rarement vu des effets secondaires sur ces derniers. Un grand nombre de ses clients d'ailleurs le sollicite chaque jour pour terminer leur tatouage couleur. Il a donc du mal à comprendre cette décision qui est un véritable danger pour la profession et qui risque de créer une filière clandestine. 

Enlever les couleurs c'est comme si nous retournons à domicile. On reviendra huit ans en arrière. Si je le veux, je peux tatouer chez mois dès demain matin et je garde ma clientèle de près de 2000 personnes. Que ce soit à domicile, dans un logement, dans un hôtel, ils vont me suivre parce qu'ils savent que la qualité est là. Cette décision peut developper des situations clandestines.

Daniel Bertrand - tatoueur

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Réalisation d'un tatouage dans un salon ©Joël Lavane

Joël Lavane, tatoueur à Royal Tatoo à Fort de France, partage les mêmes craintes. Le métier, qui subit déjà de la concurrence déloyale, risque de ne plus exister. 

Après plus d'une année déjà éprouvante dans le contexte sanitaire et économique, les mois à venir s'annoncent sombres pour les tatoueurs et les tatoués. 

Les clients n'auront plus accès à certaines couleurs. Tout le monde sera perdant; les clients et les professionnels. C'est un manque à gagner pour nous. C'est dommage parce qu'il y a des choses, en revanche, qui rendent vraiment les gens malades et qui sont toujours sur le marché. Par exemple, la cigarette tue des milliers de personnes et elle se vend encore aujourd'hui.

Joël Lavane, Tatoueur

Une pétition pour le maintien de ces pigments a déjà recueilli 176.629 signatures à ce jour. En Martinique, les tatoueurs refusent de jeter l'éponge et envisagent une mobilisation pour protester contre la décision de la commission européenne.