Un régulateur de croissance classé "légèrement dangereux", utilisé pour la maturation de bananes jaunes en Martinique

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Banane jaunes
Bananes jaunes sur le marché de Fort-de-France. ©Patrick Guitteaud
Le préfet de Martinique et le procureur de la République révèlent une affaire d'utilisation frauduleuse de l’éthéphon (un régulateur de croissance des plantes) sur les bananes plantains (bananes jaunes ) vendues en Martinique.

Au cours de contrôles effectués ces dernières semaines, les agents de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont été informés de l'utilisation frauduleuse de l’éthéphon (un régulateur de croissance des plantes) sur les bananes plantains (bananes jaunes ) vendues en Martinique.

"Cette molécule serait pulvérisée sur les fruits cueillis encore verts pour accélérer le passage vers la couleur jaune afin de présenter à la vente des produits plus attrayants pour le consommateur", confirme Clarisse Taron, procureure de Fort-de-France, dans un communiqué publié jeudi après-midi (25 août 2022).

Des contrôles ont été réalisés aux différents stades de la distribution pour vérifier ces informations. Les prélèvements, acheminés et analysés en laboratoire spécialisé, ont confirmé l’utilisation de l’éthéphon sur 25 lots de bananes plantains.

"Les circuits de distribution identifiés ont immédiatement suspendu leurs achats auprès des fournisseurs suspectés", ajoute la procureure. 

L'éthéphon est un régulateur de croissance végétale utilisé pour promouvoir la maturation de certains fruits comme les tomates, les betteraves ou encore le café. En Martinique, il est autorisé exclusivement en culture d’ananas pour accélérer la floraison, son usage pour le mûrissement des bananes étant interdit.

Un produit classé "légèrement dangereux"

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe ce produit comme "légèrement dangereux". S’agissant des consommateurs, l’évaluation toxicologique de l’éthéphon menée par l'OMS en 2015, conclut qu’il est peu susceptible de présenter un risque cancérigène. S’agissant des utilisateurs, un usage non maîtrisé est susceptible d’occasionner plusieurs types de symptômes tels que des brûlures de la peau, des lésions oculaires, des diarrhées, des crampes d'estomac ou l'augmentation de l'appétit.

L'État annonce la mobilisation de ses services concernés pour arrêter une éventuelle filière. Autorités judiciaires, de police et de gendarmerie, sont aussi en alerte.

"Aucune hypothèse n’est écartée à ce stade : les investigations vont porter à la fois sur la détermination des responsabilités et les conséquences sanitaires pour les consommateurs et les utilisateurs de l’éthéphon", selon le parquet de Fort-de-France.

L'État se veut transparent après le scandale Chlordécone

La Chlordécone a été utilisée pendant plus de vingt ans en Guadeloupe et Martinique pour lutter contre le charançon de la banane, un insecte qui détruisait les cultures. Ce pesticide ultra-toxique a contaminé durablement les sols, les rivières, ainsi que les animaux et la population avec l'aval des services de l'Etat.

"La contamination à la chlordécone est un scandale environnemental, le fruit d'un aveuglement collectif qui engage la responsabilité conjointe de l'Etat, des élus locaux et des acteurs économiques", déclaration d'Emmanuel Macron, lors d'un discours prononcé en Martinique, le jeudi 27 septembre 2018 à l'occasion de sa visite au Morne-Rouge.

Aujourd'hui, l'Etat se veut transparent dès la moindre suspicion d'utilisation de produits phytosanitaires interdits en Martinique.

Jean Christophe Bouvier, invité du journal du 25 août 2022, présenté par Cyriaque Sommier.

Jean-Christophe Bouvier, préfet de Martinique. ©Martinique la 1ère