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Théâtre : ESPACIOLOGIE , Drame de Dzaoudzi, texte et mise en scène de Alain Kamal MARTIAL HENRY

La Cie Eastambul présente, les 14 et 15 juin 2019, à la MJC de Tsingoni, la pièce de théâtre " Espaciologie, Drame de Dzaoudzi, écrite et mise en scène par Alain Kamal MARTIAL HENRY, Docteur en Littératures française et francophone, Écrivain et dramaturge. 
 

  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le
ESPACIOLOGIE, vol.1, Drame de Dzaoudzi d'Alain Kamal Martial Henry.

Un autre récit de la mer pour dire la terre. Une autre narration de la terre pour dire la mer.

Comment faut-il comprendre Espaciologie ?


C’est un néologisme qui résume le mieux le projet d’écriture d’un texte dont le sujet principal est l’espace. L’espace est différent du lieu. L’espace est habité et signifié par ses noms, ses symboles. On parle ainsi d’espace strié. Espaciologie est le récit critique de l’espace vécu. Cette approche fait écho à la notion de territoire.

Vous parlez de volume 1, Drame de Dzaoudzi, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Espaciologie est un des trois volets qui composent Destinée. Une série de textes qui racontent l’histoire de Mayotte du XVème siècle à nos jours. Ce premier volet met en scène le Drame de Mawana Ahamadi et des familles mahoraises de Dzaoudzi.
 


Quel serait en quelques mots le résumé de ce premier volet ?

« Espaciologie » dévoile les enjeux économique, diplomatique et géopolitique de Mayotte dans cette région. Ils sont inscrits dans le milieu maritime plus que terrestre.

Pendant que les puissances se font la guerre pour contrôler les océans et les ports de l’Océan indien, le Sultan Mawana Ahamadi, roi de Dzaoudzi, observe cette mer qui l’effraie. Il assiste aux intrigues diplomatiques qui cause la crise et la division dans son île. Les dynasties, les familles, ses propres femmes, ses frères, ses sœurs, ses enfants, ses dieux, ses esprits s’entredéchirent, se piétinent et s’écrasent à Dzaoudzi divisés dans la haine. Désolé et impuissant, Mawana Ahamadi regarde son peuple se perdre, certains sous l’influence de Nzuwani, d’autres de Nosy-bé, de l’Angleterre ou de la France, les Mahorais seront les premiers perdants de cette guerre diplomatique.

En quoi l’espace est-il important ?

Permettez-moi de citer deux grands penseurs : Gilles Deleuze et Sony Labou Tansi pour illustrer ma pensée. Le premier dit que « l’artiste est une bête à territoire, il le marque et le défend » quant à Sony Labou Tansi, il évoque le territoire comme étant un lieu d’histoire en affirmant et je cite : « Les géographies sont responsables des histoires qu’elles sécrètent ». Il y a cette permanente interaction entre l’homme et le lieu. C’est au fil du temps que cette relation crée le territ  C’est au fil du temps que cette relation crée le territoire ou l’espace. C’est l’homme qui marque son territoire. Le territoire aussi marque l’homme. Les deux se transforment. « Espaciologie » est donc cette perspective de l’histoire qui démontre comment Mayotte et le Mahorais interagissent.

S’agit-il de l’espace de Mayotte donc d’une « Espaciologie » mahoraise ?

Il faut d’abord que nous nous mettions d’accord sur l’espace dont il est question. Lorsque l’on parle de Mayotte, il est admis qu’il s’agit d’une île de 375 km2. D’emblée l’on se rend compte que conventionnellement, on limite l’espace à la terre. Or, nous sommes des insulaires, c’est-à-dire un peuple de terre et de mer.

Si nous parlons de la terre, qu’en est-il de la mer ? Nous avons pris l’habitude de nous familiariser avec la terre ferme, l’île, les 375 km2. Nous ignorons la mer. Or lorsque l’on compare notre mer à l’intérieur des frontières qui délimitent le lagon et le mwamba (l’océan), l’on se rend de suite compte que l’espace terrestre est une petite surface comparée à l’étendue de notre mer.

Peut-on affirmer qu’Espaciologie est l’étude de la mer ?

Parfaitement car pour une île, ce n’est pas la terre qui fait frontière avec d’autres terres mais au contraire c’est la mer qui marque la frontière. Aucune île n’est séparée d’une autre par la terre. Nos frontières sont loin de la terre. Nous sommes des gens de la terre et de la mer.

Comment ceci se présente-il ? Qu’est-ce qu’un texte, un théâtre peut-il nous apprendre sur la mer ? En quoi cela doit nous intéresser, nous, êtres de la terre ?

Si l’on s’intéresse à l’histoire de Mayotte et de son environnement, on se rend compte que pour une île, tout vient de la mer. L’homme, le voyageur, l’Etranger, la tempête, le cyclone, les nouvelles etc… Il conviendra d’affirmer également que pour les habitants d’une île, les hommes se disputent la mer, ils se font la guerre pour la contrôler.

En réalité, depuis des siècles, c’est la mer qui conditionne la terre. Tant qu’une nation contrôle la mer, elle prospère. L’histoire de la navigation dans le Canal de Mozambique le prouve. Les guerres entre les nations occidentales dans notre région avaient comme motivation le contrôle de la Route des Indes. Puisque l’activité commerciale avait nécessairement besoin des voies maritimes. Il s’agissait de contrôler les ports pour contrôler les marchandises. Ainsi, l’histoire de la navigation ancienne a fait de notre région l’une des zones les plus économiquement stratégiques avec la Route des Indes.
 

Quels sont les faits qui justifient cette importance que vous accordez à la mer alors que l’on a l’habitude des récits de la terre ?

Tout se jouait en mer. En guise d’exemple, je cite l’année 1810 où la Colonie anglaise du Cap de Bonne Espérance triomphe de la France à l’Île de Napoléon et à l’Île de France. A partir de là la France est fragilisée. A Madagascar les Anglais arment les Merina pour détruire l’Empire Sakalava et occuper leurs ports. Nzuwani devient un Etat puissant sous Abdallah II dans la mesure où bénéficiant de la protection anglaise, cette attaque plus facilement les autres en mer. Ce sont ces conflits que l’on retrouve dans la pièce.

Ces guerres maritimes produisent une véritable histoire et une mémoire collective de la mer mais au-delà une mémoire « spaciologique » maritime. C’est le point de départ des relations géopolitiques complexes dans le Canal de Mozambique. Cependant, il semblerait que la mer soit
Cependant, il semblerait que la mer soit refoulée de la conscience collective des insulaires. La mer est monstrueuse. Elle nous fait peur. Quant à la terre, elle nous rassure. Ainsi, nous limitons la représentation de notre patrimoine spacial à la terre. Or, la mer en fait partie.

Quelle est la finalité d’Espaciologie ?

Espaciologie réactualise ce qui nous manque. Cette pièce nous complète en ramenant tout ce qui s’est enfoui dans notre subconscient comme au fond de la mer.

Les questions géopolitiques et diplomatiques des siècles passés qui se jouaient en mer ressurgissent. « Espaciologie » provoque un questionnement porté à la mer. Je considère que l’avenir de notre île réside dans cet espace énorme que nous devons dompter, apprivoiser, connaître et exploiter : la mer.  ( Alain Kamal Martial Henry )


POUR EN SAVOIR PLUS :

Facebook : 
Dr. A.K. Martial Henry

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