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Echos de campagne J -18, vue de Mayotte

Un moment fort de la campagne présidentielle s’est déroulé hier soir jusqu’à 1 heure et demie du matin : le fameux débat des 11 candidats. Il a duré quatre heures.  Que peut-on en retenir ?

  • Par Chamsudine Ali
  • Publié le
On peut en retenir que c’était surtout la fête des « petits candidats ». Ce sont eux qui ont créé l’animation et ont rendu ce débat moins ennuyeux que le précédent du 20 mars.
Le « plus gros des petits candidats » s’est montré particulièrement pugnace dès le début, c’est Nicolas Dupont Aignan. D’entrée de jeu il a donné le ton « Soit vous continuez avec ceux qui ont ruiné la France », « soit vous décidez de reconstruire avec moi une France libre, forte, juste et belle ».
François Asselineau, le plus anti européen, s’est illustré par sa connaissance de la constitution et des divers traités européens ; il a cité des références d’articles à chacune de ses interventions.
Jacques Cheminade, a joué son rôle de doyen et s’est distingué par ses connaissances historiques.
A l’extrème-gauche Nathalie Artaud est restée sur son message de lutte contre les capitalistes qui exploitent les travailleurs
Philippe Poutou – c’est lui qui a allumé l’incendie. Le débat était plutôt calme et à 23H43 précidément  Philippe Poutou a lancé une charge violente contre François Fillon, on y revient.
Et puis la palme du candidat le plus décalé, mais aussi le plus souriant et le plus courtois, reviendra à Jean-Lassale. Le défenseur de la France rurale. Il est le seul à n’avoir interrompu personne, le seul à avoir su faire sourire et souvent rire tous les autres par son accent et ses expressions très philosophiques, voire poétiques.

 
Alors vous dites que Philippe Poutou a allumé le feu. C’était une charge violente  d’abords contre François Fillon, ensuite contre Marine le Pen
 
Il n’a pas pris de gants, Philippe Poutou, il a accusé François Fillon « d’avoir piqué dans la caisse » «  pour enrichir sa famille ». François Fillon a tenté d’abords de garder son calme et puis la colère est  montée : «oh oh oh ! je vais vous foutre un procès ! » a lâché François Fillon, pris en tenaille entre Philippe Poutou et Nathalie Artaud qui ont été les seuls à l’attaquer sur les affaires. Le tour est venu ensuite pour Marine le Pen, attaquée par les deux mêmes candidats Poutou et Artaud.
 
Que dire des « gros » candidats ?
 
François Fillon a mis en avant sa stature d’homme d’Etat, d’expérience. « Je suis le seul ici qui aura une vraie majorité ». Il a trébuché un moment en disant à propos des accusations contre lui « je n’ai pas commis d’erreur » oubliant qu’il avait présenté des excuses, et avoué des erreurs il y a quelques semaines
 
Emmanuel Macron semble avoir eu un peu de mal à s’imposer. Il développe une argumentation construite mais on sent qu’il n’aime pas la bagarre. Et finalement il n’a pas été le plus attaqué contrairement aux prévisions
 
Benoit Hamon était un peu discret, et même atone, pendant la plus grande partie du débat,  mais s’est montré offensif à la fin en défendant les fonctionnaires
 
Jean-Luc Mélenchon s’est montré pugnace de bout en bout.
 
Et Marine le Pen, égale à elle-même ; elle a encaissé beaucoup d’attaques, mais elle a l’habitude
 
Est-ce que l’on a parlé de l’outre mer ?
 
Il a fallu attendre minuit, Marine le Pen a été la première à citer l’outre-mer en évoquant la faillite des services publics. Ensuite plusieurs candidats, Jacques Cheminade, et surtout Philippe Poutou et Nathalie Artaud  ont parlé de la situation en Guyane. Philippe Poutou souhaitant que la contestation guyanaise s’étende à la métropole.
Jean-Luc Mélenchon a été le seul à parler de Mayotte d’une phrase, en évoquant la crise de l’eau. Mais il est clair que l’outre-mer n’était pas le sujet, et s’il n’y avait pas cette grève générale en Guyane, personne ne l’aurait évoqué.
 
Dernière question sur le débat : est-il de nature à faire bouger les lignes ?
 
Il est trop tôt pour le dire, on verra les sondages dans quelques jours. Il est probable que les « petits » candidats en tireront profit car ils ont eu là une tribune inespérée, une occasion de se faire connaitre.
 
 Il y a un prochain grand rendez-vous télévisé jeudi soir
 
Ce sera la grande émission politique de France 2 avec Emmanuel Macron.
 
L’indécision des électeurs reste massive. On n’a jamais vu ça à moins de trois semaines d’un scrutin. Seuls deux tiers des français se disent tout à fait certains d’aller voter.
 
 C’est une enquête CEVIPOF : 66% des Français seulement se disent tout à fait certains d’aller voter le 23 avril. Le pourcentage tombe à 58 % chez les moins de 35 ans. Il n’a pas varié depuis la précédente vague des 14 et 15 mars. Mais cela ne veut pas dire que les électeurs ne s’intéressent pas à cette élection, au contraire : 79 % se disent intéressés, (un niveau quasiment stable depuis plus de trois mois), cette forte hésitation, et les répercussions qu’elle peut avoir sur le degré d’abstention, doit inciter plus que jamais à la prudence. Pourquoi ?  Parce que si les deux tiers sont certains d’aller voter, cela ne veut pas dire pour autant qu’ils aient fait leur choix.
Prudence donc sur les sondages… Mais on n’a rien d’autre à se mettre sous la dent, que ces photographies instantanées de l’opinion.
 
Il y a une femme politique de premier plan, ancienne candidate, qui se fait particulièrement discrète dans cette campagne. Il s’agit de la ministre socialiste Ségolène Royal
 
Mais elle a quand même accepté d’être interrogée sur France Inter. Ségolène Royal n’a pas souhaité dire pour qui elle allait voter le 23 avril. "Je pense que je n'apporterai pas de plus-value au débat si je dis pour qui je voterai", dit-elle. Pour autant, elle n'exclut pas de prendre position avant le 23 avril : "On verra", a-t-elle glissé.
 
Mme Royal observe une "dégradation du débat politique", elle a simplement lancé un appel aux candidats en lice pour que "le débat monte d'un cran".
 
Récemment  la ministre de l’environnement avait fait des pas vers Emmanuel Macron, jugeant qu'il "apportait de l'air à la vie politique".
Elle réfute tout lâchage de Benoit Hamon. Il  a des "propositions de qualité". "Mais il faut aussi être réaliste par rapport aux intentions de vote » conclut-elle
 
 

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