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L' état de la délinquance à Mayotte par le procureur de la république, Joël GARRIGUE

"Un état grave, parfois désespérant mais pas désespéré.",telle est la situation de la délinquance à Mayotte en mars 2016, selon le procueur Joël Garrigue.Il estime que la société mahoraise a tout ce qu' il faut pour lutter contre ce fléau, à condition de mobiliser toutes les couches de la population

PROCUREUR JOEL GARRIGUE( A DROITE) © PHOTO : EMMANUEL TUSEVO :
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO : PROCUREUR JOEL GARRIGUE( A DROITE)
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le

Recrudescence de la délinquance

Joël GARRIGUE indique que les faits de délinquance constatés sont en forte augmentation  depuis plusieurs années.
 
" Cette augmentation a été de 15,8% pour  2014 et 2015.
Si on prend un peu plus de recul, elle a été de plus  30% par rapport à la situation de 2012.
On a frôlé, en 2015, le cap de 10.000 crimes et délits constatés et je ne suis pas optimiste quant à notre capacité à ne pas dépasser ce chiffre en 2016.", a-t-il expliqué au cours de la Journée d’alerte sur les risques d’explosion sociale organisée, le 14 mars 2016, par les Cadis de l’île."
 

Structure et évolution de la délinquance à Mayotte.

 
Le procureur de la république constate que, jusqu'en 2013, on enregistrait 3/4 de ce qu’on appelle les atteintes aux biens, les vols et 1/4 des violences. Ces violences restaient relativement stables. Mais entre 2013 et 2014, elles ont augmenté de 25%.Entre 2014 et 2015, elles ont augmenté de 45%.
Ce qui fait qu’aujourd’hui, la répartition représente 2/3 des vols et 1/3 de violences.
 

Délinquance des mineurs

Un élément inquiétant, pour Joël Garrigue, est la part que les mineurs prennent dans ce phénomène.
 
"En moyenne nationale, les mineurs représentent moins de 20% des personnes qui sont arrêtées par la police et la gendarmerie. A Mayotte, selon les années, on tourne entre 30 et 35%.En métropole, les mineurs délinquants se retrouvent dans la tranche d’âge de 16 à 18 ans. A Mayotte, on les trouve plutôt dans la tranche de 13 à 16 ans, voire en sous de 13 ans. On a donc plus de délinquants mineurs dans cette île qui est le plus jeune département de France. C'est logique, mais on trouve des jeunes qui passent à l’acte plus tôt que la moyenne.
Cette délinquance des mineurs est extrêmement concentrée puisque la moitié des mineurs qui sont suivis sont des mineurs qui viennent , soit de la commune de Mamoudzou, chef – lieu du département, soit de la commune de Koungou au nord.", précise - t-il.
Les garçons représentent 98% de mineurs délinquants et des délinquants d’une manière générale et il y a très peu de filles.
 
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO
 

Chiffres noirs de la délinquance

 
Un autre point d’inquiétude, selon le procureur de la république, concerne les chiffres des infractions non déclarées.
 
" Les chiffres que nous communiquons sont ceux des infractions constatées par la police et la gendarmerie, autrement dit, ce ne sont que les chiffres des plaintes  qui sont reçues par nos policiers et nos gendarmes. Or, je sais et  j’entends , depuis que je suis arrivé, ça fait maintenant plus de deux ans, qu’il y a un chiffre noir, celui des infractions qui sont commises et dont les victimes ne portent pas plainte, soit par lassitude, soit parce qu’elles pensent que ça ne sert à rien", souligne Joël Garrigue.
 
Il attire l' attention des habitants sur le fait que le nombre des plaintes , qui sont reçues chaque année, sert de référence à l'Etat pour attribuer les moyens qu' il estime nécessaires  à la lutte contre la délinquance à Mayotte.
 
" S'il y a 200 crimes et délits qui sont connus et qu’il n’y a que 100 plaintes, on nous donnera les gendarmes, les policiers, les magistrats en nombre suffisant pour s’occuper, non pas de 200 affaires,  mais de 100.
Chaque personne qui ne dépose pas plainte, nous rend aveugles parce qu’on ne peut pas organiser l’action de police et de gendarmerie en sachant où ont lieu les actes de délinquance, à quel moment ils ont lieu et quelle est leur nature.
Et en plus, ça restreint les effectifs parce quand il faudra arbitrer les moyens supplémentaires, ce n’est pas forcément à Mayotte qu’on les donnera, on préférera les donner à d’autres endroits où les gens, eux, vont porter plainte.", martèle le procureur Joël Garrigue.
 

Différentes formes de violence

 
La violence est devenue aujourd'hui le premier fléau dont les habitants de Mayotte  parlent quand ils évoquent la délinquance. Ils se plaignaient avant des cambriolages qui  sont toujours à un niveau élevé mais, aujourd'hui, ils redoutent, d’ abord, les agressions physiques.
 
"Ce fléau touche toutes les formes de violence.
Les violences crapuleuses, c’est- à- dire les violences destinées à voler, destinées à s’approprier les affaires des autres mais aussi les violences qu’on appelle les violences non crapuleuses, les violences gratuites où on se bat simplement pour se battre.
Ce fléau touche aussi les violences sexuelles qui ont augmenté de 50% par rapport à l’année précédente. (2015) Il  touche également les violences contre l’autorité. Ce qu’on appelle, dans les statistiques, les violences contre l’autorité, c’est évidemment les gens qui se battent  ou qui caillassent les policiers, les gendarmes mais aussi, ceux qui s’en prennent aux enseignants, aux employés de mairie, aux conducteurs de bus. C’est un phénomène qu’on ne connaissait pas à Mayotte et qu’on connaît aujourd'hui comme on le connaît dans un certain nombre d’autres départements.», explique- t-il encore.
 
GENDARMERIE NATIONALE MAYOTTE © MAYOTTE 1 ère :
© MAYOTTE 1 ère : GENDARMERIE NATIONALE MAYOTTE


La drogue " La chimique", cause majeure des violences

 
La flambée de la violence s'explique aussi, selon le constat des gendarmeries, des commissariats ou des services hospitaliers par le rôle grandissant qu’a pris la drogue appelée " la chimique ".

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« Il y a encore quelques années,  je vous aurais dit que Mayotte avait de la chance parce que la seule drogue qu’on y trouvait, c'était le bangué (de l’herbe) et que le bangué était moins efficace et beaucoup moins dangereux que le cannabis. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout cet optimisme parce que la chimique est un produit dont on ignore encore tout le potentiel nocif.  C'est nouveau, ce n’est pas cher, c'est facile à consommer. », explique-t-il.
 
 « La chimique déclenche des accès de violence extrêmement difficiles à maîtriser. Selon les procès verbaux et les témoignages des policiers et des gendarmes, la personne qui consomme ce produit ne se maîtrise plus, n’a plus conscience de sa propre violence et n’a même pas conscience de la force que l’on utilise pour essayer de la maîtriser. Il provoque  également des effets de manque extrêmement importants qui rappellent plutôt le krach, c’est une drogue extrêmement dure qui a fait extrêmement des ravages notamment aux Antilles. Et là, je ne parle que des conséquences physiques et des conséquences physiologiques à court terme. C'est un produit nouveau et on ne sait pas ce que ça va produire à la longue sur les organismes. Je ne sais pas dans quel état les consommateurs seront dans dix ans s’ils sont encore là pour le dire. », ajoute Joël Garrigue.
 
Le procureur de la république souligne que cette drogue pose un problème de santé publique  et un problème médical qu’il va falloir rapidement et totalement prendre en considération, d'autant que les consommateurs sont très jeunes et que c'est vraiment la jeunesse de Mayotte qui est en train d’en subir les effets.
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO

Nécessité de survie, une spécificité de la délinquance à Mayotte

 
Il y a deux causes principales de motivation, c'est à la fois l'oisiveté, c'est-à-dire, la délinquance des jeunes qui ne sont pas occupés et pour un certain nombre d' entre eux, c'est une nécessité de survie.

« De ce que j’ai pu voir à Mayotte, c'est qu’il y a beaucoup de cambriolages dans lesquels les cambrioleurs ouvrent tout, y compris le frigo. Ailleurs, je n’avais jamais vu ça. », révèle le procureur Joël Garrigue.
 

 
Violences inter villages

 
On déplore également à Mayotte des violences inter villages. Des villages situés l’un à côté de l’autre s’en veulent, en général, pour un motif totalement futile, un regard de travers, une vengeance de la vengeance de quelque chose dont  on ne sait même pas ce qui l’a déclenché.
 
«  Ca provoque des conflits entre des bandes de plusieurs dizaines  de personnes, voire  plusieurs centaines qui n’ont aucune limite dans la violence dont ils font preuve. », déclare Joël Garrigue.
 

Violences scolaires

 
Des actes de violence se multiplient dans les collèges, les lycées et les bus scolaires. Les jeunes deviennent des otages, selon le procureur.
Un enfant de 17 ans est mort simplement parce qu'il avait un tort aux yeux de ses agresseurs, d’être né quelque part
 
PRISON DE MAJICAVO © PHOTO : EMMANUEL TUSEVO :
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO : PRISON DE MAJICAVO

Réponse judiciaire

 
Les services de la justice se sont mis en ordre de bataille face à l’augmentation de la délinquance.

« Le nombre d’actes de délinquance a augmenté de 15%, le nombre de personnes que j’ai envoyées devant le tribunal correctionnel a augmenté de 15%.
En 2015, cinquante personnes de plus qu’en 2014 sont passées directement de la garde à vue au tribunal et du tribunal à la maison d’arrêt de Majicavo.
Le nombre de mineurs que les policiers et les gendarmes ont conduit manu militari devant le juge des enfants a augmenté de 30%. En 2015, en moyenne 15 jeunes étaient détenus à la prison de Majicavo. Cette année 2016, on en est à une vingtaine. Mais on ne pourra pas augmenter notre activité chaque année avec un tribunal, un commissariat et des gendarmeries sous dotés. », note encore le procureur de la république.
 
Les autorités judiciaires attendent  beaucoup de l’inspection  demandée par le ministre de l’intérieur pour évaluer les besoins de la police et de la gendarmerie afin de remettre à niveau les  moyens des policiers et des gendarmes.
 
 
INTERIEUR PRISON MAJICAVO © MAYOTTE ère :
© MAYOTTE ère : INTERIEUR PRISON MAJICAVO

Joël Garrigue fait remarquer que l’institution judiciaire est limitée dans ses actions par le déficit des structures et des moyens : un seul foyer de 12 places pour toute l’île et une vingtaine de familles d’accueil de la protection judiciaire de la jeunesse.

Il dit , en conclusion , que le recul de la délinquance  ne pourra être efficace qu’avec l'action de tous (familles, associations, élus départementaux, maires des communes, etc.…) et non pas simplement avec l’action des services de l’état.

EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU.
 

 
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO

 A LIRE AUSSI :

 
 Mayotte: Délinquance en hausse de 7%, près de 20.000 expulsions(12 avril 2015)

https://la1ere.francetvinfo.fr/mayotte/2015/04/12/mayotte-delinquance-en...

Lutte contre la délinquance juvénile à Koungou Mayotte

https://la1ere.francetvinfo.fr/mayotte/2014/12/29/lutte-contre-la-delinq...
 

VIDEO : Chimique, c’est la nouvelle drogue qui ravage la Jeunesse Mahoraise

https://www.youtube.com/watch?v=CRGAf3224hQ


 
 
 
 
 
 
 

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