Le poulet en salouva de Mon Pouleti ne fait pas rire tout le monde

médias
Mon Pouleti en salouva
L'image par laquelle la polémique est née : une poule habillée en salouva Zéna M'déré. ©Mon Pouleti
Une publicité mettant en scène une poule habillée en salouva Zena Mdéré, la plus célèbre des chatouilleuses, fait couler beaucoup d'encre. Certains y voient une attaque, une insulte à la femme mahoraise et plus largement au peuple noir, d'autres y voient une publicité amusante et décalée.

C’est la polémique du moment. Et elle est née sur les réseaux sociaux. La marque Mon Pouleti publie sur sa page une affiche avec une poule vêtue d'un salouva. Très vite les critiques fusent. La marque renonce au projet de vêtir l’animal du salouva identifié à Zena M’déré, la plus célèbre des chatouilleuses et supprime l’image. Mais trop tard, l’affiche est partagée à plusieurs reprises. Elle choque, elle cristallise les discussions.

Une poule, qui est mangée, qui est consommée, ne peut pas porter les symboles de notre histoire, qui est si douloureuse.
Cette histoire qui a vu certaines personnes perdre leur vie.
Cette histoire qui continue encore, qui ne peut pas être réduite à une publicité pour la consommation de poulets.
Il y a des symboles qui sont quasiment sacrés pour nous et que nous souhaitons que personne n'y touche, surtout pas à des fins publicitaires.

Yasmina Aouny, professeur d'économie et de sociologie

salouva
Le salouva ylang Zéna M'déré.

Ce qui est insultant, c'est que la poule est debout. Elle est personnifiée, donc c'est une attaque en règle à la personnalité de la femme mahoraise.
Et à travers ce salouva, c'est la personnalité de Mme Zéna M'déré qui est attaquée. En tant qu'historien et homme politique ayant continué le combat de nos mamans, cela m'a vraiment choqué.

Saïd Ahamadi Raos, professeur d'histoire-géographie et président du Parti social mahorais

Said Ahamadi Raos
Saïd Ahamadi Raos

On a vu dans le passé que tout homme ou femme noire a été comparée à un animal. C'est dans l'inconscient ou le conscient français et on a tendance à répéter cela. Il y a quelques années, Christiane Taubira a été comparée à un singe. Les sportifs noirs qui jouent en Europe, on leur jette des bananes, on leur fait des cris de singes.

ZedCee, auteur et compositeur

Une publicité assumée par la marque Mon Pouleti


Une publicité totalement assumée par la marque. Elhad-Dine Harouna, président de L’abattoir de volaille Mayotte regrette la polémique autour de sa publicité qui n’avait pas selon lui vocation à heurter les sensibilités. 

Elhad-Dine Harouna, président de L'Abattoir de Mayotte Mon Pouleti
Pour Elhad-Dine Harouna, la campagne de publicité vise à valoriser l'identité mahoraise de la production de volaille. ©Yasmine Djaffar

A l'époque, on disait que Mayotte était l'île aux parfums. Il y avait donc cette légitimité de mettre des fleurs d'ylang sur le salouva. Nous avons pris ce salouva pour les fleurs d'ylang. Nous notre identité, c'est le poulet, on voulait mettre notre identité sur la culture mahoraise, parce que le salouva reste culturel à Mayotte. Notre idée, c'était de dire que notre produit à sa place dans la société mahoraise, ce n'était pas de heurter quelqu'un. Nous sommes ouverts à toute personne qui pourra nous aider à améliorer notre communication à l'avenir.

Elhad-Dine Harouna, président de L'abattoir de volailles de Mayotte, propriétaire de la marque Mon Pouleti

 

Nous connaissons la structure et sa volonté de proposer au consommateur de la volaille locale. C'est très bien. Et nous avons compris que c'est l'agence de publicité qui a proposé l'idée.

Yasmina Aouny

 

Moi, je ne boycotterai pas Mon Pouleti, car c'est une production locale. Je pense que l'on peut avoir d'autres moyens simples, respectueux des Mahorais de la valoriser.

ZedCee

Une publicité marrante pour certains

La publicité Mon Pouleti n’a pas seulement scandalisé. Elle a aussi fait rire certains.

En tant que comédienne, je n'ai pas été choquée par l'affiche. Au contraire, quand je l'ai vue pour la première fois, je l'ai trouvée drôle. D'ailleurs, je me suis demandé s'il n'y avait pas la version masculine et finalement je l'ai vue, avec le shikwayi.

Je ne me suis pas du tout identifiée à cette poule, j'ai juste vu quelque chose de décalé, rien de choquant pour la femme mahoraise, notre culture ou notre identité.

Asdjathy Saïdali, comédienne de la troupe TV Mafoumbouni

Publicité Mon Pouleti
La version masculine du poulet mahorais habillé en débardeur et shikwayi.

Sur l’espace public, les panneaux d’affichage sont là. La poule porte un salouva différent de celle qu’on retrouve sur les réseaux sociaux. Un coq apparaît également vêtu d’une tenue traditionnelle.