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Les Mahorais(es) à La Réunion : CHARIFA SOLA,une figure d'une intégration réussie. 1/2

  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le
CHARIFA SOLA
CHARIFA SOLA
On dit souvent que les Mahorais(es) ne s'adaptent pas ou ne s'intègrent pas facilement à La Réunion. Ils sont considérés comme des Comoriens appelés  « Bande Comores ».
Emmanuel TUSEVO y a rencontré CHARIFA SOLA,  une Mahoraise, au parcours exceptionnel et exemplaire, qui mérite d’être connue.
QUESTION : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU : Voulez-vous vous présenter brièvement ?

 
Réponse : Charifa Sola : Je suis âgée de 29 ans, mère d'une petite fille de 11 mois. Je suis originaire de Mayotte. Je viens du sud d'un petit village nommé Hagnoundrou. Je suis la 2ème d'une famille moyenne de 8 enfants. Actuellement, je suis conseillère commerciale à Saint Denis de La Réunion. 

E.T: Pourquoi avez-vous choisi de vivre à La Réunion? Quelles sont les circonstances qui vous ont conduite à l’île Bourbon?

C.S:
Mon parcours scolaire a bien commencé à Mayotte de la maternelle jusqu'à la  terminale L (littéraire) où j’ai connu deux échecs au baccalauréat. Je n’étais plus prioritaire à l’inscription pour l’année scolaire suivante.
J'aurais pu choisir la facilité en trouvant un mari ou en me mariant comme la plupart des jeunes filles mahoraises mais ma priorité était de me former d' abord.
Mes parents qui avaient le souci de mon avenir ont pris la décision de m’envoyer à La Réunion chez un membre de notre famille pour poursuivre mes études.
Ce fut un coup dur pour moi car, comme toutes les jeunes filles mahoraises, nous avons du mal à quitter le cocon familial et même l’idée de quitter Mayotte un jour, pour des raisons professionnelles, ne m’avait jamais effleuré l’esprit.
Cette séparation a été dure tant pour moi que pour mes parents parce qu’elle va à l' encontre de nos coutumes qui ne favorisent pas l’éloignement d’une jeune fille de sa famille.
Le choix de La Réunion se justifie tout simplement par le fait que je n’étais pas loin géographiquement de mes parents et que si cela venait à se passer mal, je pouvais repartir à Mayotte facilement.
 

«S'intégrer pour le bien vivre ensemble »

 
E.T: Comment avez-vous vécu les premiers contacts avec l'île de La Réunion?

Charifa Sola:
Je suis arrivée à La Réunion en fin août 2007. Un nouveau combat commençait pour moi. Une nouvelle terre m’accueillait avec ses différentes facettes, cultures et coutumes, une terre inconnue avec ses particularités et complètement différente de la mienne et cela dans tous les aspects.
J’ai compris que je devais me battre seule, sans papa, ni maman, ni frères ou sœurs à mes côtés. Il me fallait chercher à m’intégrer coûte que coûte dans cette culture nouvelle. C’est donc tout un bouleversement de mentalités, de préjugés que je devais opérer en moi.
Tout en préservant et en respectant mes valeurs, ma culture, mes coutumes, je devais accepter de m’intégrer dans ma nouvelle société, la société réunionnaise, pour que mes relations avec les autres se passent au mieux, pour que je me sente bien moi même.
CI-DESSOUS : HAGNOUNDROU: LE VILLAGE NATAL DE CHARIFA SOLA DANS LA COMMUNE DE BOUENI A MAYOTTE

Emmanuel Tusevo Diasamvu: Vous étiez venue à La Réunion pour trouver des débouchés dans les études. Comment se sont déroulées les démarches?

Charifa Sola
: Ce fut un parcours de combattant. Je me suis mis à la recherche d'une école où m’inscrire. Je pense que si j’avais su les difficultés que j’allais rencontrer à l' avance, je serais restée à Mayotte. Mais une fois arrivée ici à La Réunion, même avec les difficultés rencontrées, je me voyais mal retourner à Mayotte sans rien car ça aurait été une défaite pour moi.
J'ai démarché dans toutes les organisations possibles qui pouvaient me guider pour mes recherches : Pôle Emploi, mission locale, CIO (Centre d'information et d'Orientation), SAIO (Service Académique d'Information et d'Orientation), mais comme j’étais arrivée tardivement à La Réunion, il n'y avait pratiquement plus de place en terminale littéraire et cela dans toute l'île Bourbon.
La chance pour moi de repasser mon baccalauréat à nouveau diminuait. Heureusement que j’ai rencontré, par hasard, un de mes anciens professeurs de Mayotte qui m’a conseillé vivement une réorientation vers un Bac professionnel.
L'attente devenant trop longue pour moi, je n'avais pas d’autre choix que d’accepter la proposition qui m'a été faite. J’ai posé ma candidature dans deux centres de formation qui m'ont positionnée sur deux entreprises.
Le directeur d'un de ces centres m'a contacté pour me proposer une inscription en BEP Vente par alternance.
Je me suis dit que je n’avais pas de chance et que je n’avais pas atteint mon objectif de repasser un Bac littéraire.
J'ai pris une journée de réflexion et j’ai consulté mon ancien professeur qui m’avait orienté vers ce choix. Je lui ai dit que si j’acceptais de m’inscrire en BEP, c'est comme si je recommençais tout à zéro mais que si je n’acceptais pas, j’allais aussi me retrouver nulle part.
Mon ancien professeur de Mayotte m'a dit de ne pas refuser cette proposition car c'était peut être la chance de ma vie et qu’il valait mieux reculer pour mieux sauter et ne pas perdre encore une année de plus. Il m'a laissée libre de mon choix. J'ai accepté de m’inscrire en BEP vente en me disant que tout ce qu'on apprend renforce toujours les acquis dans la vie.
Je me suis lancée avec une forte détermination de réussir quoi qu'il m’arrive. Je n'ai pas eu de mal à suivre les cours et à les assimiler  puisque je connaissais le programme.
Tout allait pour le mieux pour ma formation mais nouvel obstacle sur mon parcours, pour des raisons que je ne m’explique pas jusqu'aujourd’hui, la famille qui m'hébergeait m'a priée d'aller chercher un logement ailleurs.
Par ma détermination, j’ai trouvé un logement en urgence en une semaine. Je devais apprendre ce que c'est l’autonomie. J’ai emménagé dans ma nouvelle habitation et j’ai appris, très jeune, à vivre seule comme une grande.
 

"S'ouvrir aux autres"

 
CHARIFA SOLA : Je n’hésitais pas à aller vers les autres, vers les Réunionnais(es) pour connaître et découvrir leur culture. Le fait d'avoir emménagé chez moi m'a permis de m'épanouir car nous, Mahoraises et Mahorais, avons l’habitude de toujours garder nos mentalités du village, nous avons du mal à nous intégrer hors de Mayotte, à oublier nos mentalités. Moi, je me suis adaptée dans ma façon de m'habiller en ayant des copines réunionnaises, en m’intéressant à elles tout simplement et en restant moi même. Je n'ai pas eu besoin de changer de religion pour m'ouvrir et m'adapter aux autres. J’ai assisté à des fêtes réunionnaises et au baptême du bébé de ma collègue.

 
A SUIVRE : 2 ème partie
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Propos recueillis à l’île de La Réunion, par Emmanuel Tusevo Diasamvu.
 
 

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