Marche blanche en hommage à Soifaïne

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Marche blanche en hommage à Soifaïne.
Environ 400 personnes étaient présentent pour la marche blanche en hommage à Soifaïne. ©Géraldine LOUIS
Stop à la violence ! Une marche blanche a été organisée pour dénoncer la mort de Soifaïne 37 ans tué dans la nuit du 19 au 20 Novembre dernier. Famille et amis se sont réunis à M'tsangamouji pour un dernier hommage.
C'est la fin de la marche blanche, en hommage à son père. Tiyah Lecomte Madi Saindou 16 ans, craque. Elle ne peut retenir ses larmes alors qu'elle est allongée là où le corps de son père a été découvert il y a 2 semaine. "On a fait le déplacement pour rendre hommage à mon papa. Ce n'est pas juste parce que j'aurais voulu voir encore mon papa comme la plupart des enfants. Mais je n'aurais pas cette chance là. On m'a enlevé mon papa et ça, je ne le pardonnerais pas à ce qui l'on fait" annonce la jeune fille. 
La douleur est toujours aussi vive pour les proches. D'autant que les doutes planent sur les événements de cette nuit tragique. Le corps sans vie de Soifaine avait été retrouvé sur la voie publique, roué de coups puis étranglé. Bien que son agresseur âgé de 18 ans se soit dénoncé spontanément, aujourd’hui, l’on ignore toujours les motivations et le nombre de ces assaillants.

“On demande que justice soit faite, et qu’on apporte des réponses à la famille qui se pose encore beaucoup de questions sur ce qui s’est passé. On aimerait vraiment savoir ce qu’il s’est passé pour pouvoir faire notre deuil normalement“ soutient Cindy Lecomte, la mère de Tiyah.
Marche blanche en hommage à Soifaïne.
Les préparatifs vont bon train avant le départ de la marche blanche en hommage à Soifaïne. ©Géraldine LOUIS
Retour sur cette matinée. 7h, la journée débute par un rassemblement sur la place Manzaraka. Les organisateurs distribuent, masques, tee-shirts et bouteilles d’eau aux participants. “Nous sommes bien équipés. Nous faisons le nécessaire pour que tous les gens qui viennent, qui contribuent au moment, puissent respecter les consignes sanitaires. “ Nassim Moussa, membre du collectif organisateur.

"C’est très important d’être là aujourd’hui, parce qu’il faut que les violences s’arrêtent sur Mayotte. C’est inadmissible, la délinquance il faut que ça s'arrête."

Cindy Lecomte ex-compagne de Soifaïne.

Marche blanche en hommage à Soifaïne.
Le cortège prend la direction du centre-ville puis des hauts de M'tsangamouji. ©Géraldine LOUIS
A 7heurs 30, les banderoles sont prêtes, le cortège prend la direction du centre-ville. Plus de 300 personnes défilent en entonnant une prière. De nombreux arrêts sont marqués pour permettre à la procession de rester compacte. Plusieurs “ on reste ensemble“ fusent pour rappeler chacun à l’ordre. L’unité est de mise aujourd’hui. “C’est énorme cet élan de solidarité, on ne pensait pas voir autant de monde. Ça prouve que Mayotte a une âme, il faut garder cette âme et continuer à avancer. Il faudrait que Mayotte soit plus encadrée et que plus de personnes luttent contre la délinquance “ déclare Cindy Lecomte, l' ex-compagne de Soifaïne.
Marche blanche en hommage à Soifaïne.
Les élus ouvrent le cortège ©Géraldine LOUIS
En tête de cortège, l’équipe municipale bardée de ses écharpes tricolores porte une banderole justice pour Soifaine. “Quand il y a un drame, dans une commune, le maire se doit d’être là pour accompagner la famille et la population“ déclare Saïd Maanrifa Ibrahima maire de la commune de M’tsangamouji.
Après une heure de marche sur une route à dénivelé et sous un soleil de plomb, les organismes fatiguent. Mais des bénévoles sont là pour ravitailler en eau.
Marche blanche en hommage à Soifaïne.
L'organisation a prévu des voitures pour suivre le cortège et porter des bouteilles d'eau. ©Géraldine LOUIS

Les frères Bastoi ferment la marche. “On est sur la route pour manifester contre les violences parce qu’on en a ras le bol. L’Etat écoutez nous, écoutez nous parce qu’il y en a assez ! C’est mon neveu qui est décédé (…) Prenez en compte nos peurs, prenez en compte nos cris, tous les jours, tous les jours ! lance Kassim excédé.
“J’en appelle à la population, je vise surtout la responsabilité des familles. Moi je ne suis pas là, l’Etat, la mairie, la collectivité. Chacun à la garde de ces enfants, chacun doit veiller la semaine à ce que son enfant dorme bien dans sa chambre et qu’il ne soit pas dans la rue“ complète son frère.

Un message repris par Issa Abdou Salam, le président du collectif amical qui a été créé suite au drame. “Si on organise cette marche blanche c’est pour que quelque chose naisse de cette marche. La violence et la délinquance sont partout présentes sur l'île. Nous souhaitons réveiller la conscience collective parce que le problème de la délinquance ça ne relève pas que de la compétence de l’Etat. Je pense qu’à tous les niveaux, chacun a sa part de responsabilité. On souhaite après cette marche mettre en place un comité en collaboration avec la mairie. (…) on souhaite son soutien pour que ce collectif ait vraiment un statut afin de prendre les choses en main parce que le collectif tout seul, n’y arrivera pas. Il faut le soutien de la population, de l’île de Mayotte toute entière“ martèle le président du nouveau collectif.
Marche blanche en hommage à Soifaïne.
Arrêt devant le cimetière pour un dernier hommage ©Géraldine LOUIS
9heures 15, les participants marquent une pause devant le cimetière ou repose Soifaïne, une prière est récitée.
9heures 30, les participants rallient enfin le lieu du drame. Tous se déploient autour de la place pour écouter le message de la maman de Soifaïne. ”Il est au paradis maintenant, aujourd’hui, nous devons faire front commun pour éliminer ce problème de violence dans notre commune “ lance-t-elle pour pacifier M’tsangamouji.
Marche blanche en hommage à Soifaïne.
©Géraldine LOUIS
“Il fallait que la famille soit associée. On a fait en sorte que rien ne la choque. Il fallait qu’on soit tous unis pour la même cause. Ces 30 dernières années, on n’a pas connu de meurtre sur la commune. On a eu la paix pendant 30 ans et là ce fut un grand choc pour toute la population. C’est pour cela qu’on s’est dit qu’il faut que soit un accident et pas quelque chose que l’on revive“ Nassim Moussa, membre du collectif qui organisait la marche.