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A Mayotte et aux Comores: deux visions divergentes de l'accord franco-comorien

France
Mansour Kamardine et Mohamed El-Amine Souef
Mansour Kamardine, député de Mayotte et Soeuf Mohamed El Amine, ministre des affaires étrangères de l'Union des Comores
Le ministre comorien des affaires étrangères Mohamed El-Amine Souef espère une "meilleure sécurité en mer". Le député Mansour Kamardine voit une "reconnaissance du choix des mahorais de rester français". Chacun a sa lecture de l'accord signé à Paris le 22 juillet. 
Dans la foulée de l’accord franco-comorien, le député Mansour Kamardine veut pousser l’avantage plus loin. Il demande l’intégration de Mayotte dans la Commission de l’Océan Indien, et  la « normalisation » de la participation de Mayotte aux jeux des îles. Le député LR l’a répété lundi soir au journal télévisé de Mayotte la 1ère. Comme beaucoup de mahorais, il souhaite que l’on en finisse de cette privation humiliante du drapeau français et de la marseillaise – que plusieurs sportifs médaillés ne se sont pas privés d’entonner aux derniers jeux à l’île Maurice.

Mansour Kamardine affirme avoir dit cela directement au président comorien Azali Assoumani lors des échanges à l’Elysée, lundi 22 juillet. « Le dossier est en haut de la pile » affirme-t-il, invitant les autorités françaises à peser de tout leur poids pour une reconnaissance pleine et entière de Mayotte. « On ne doit plus contester notre francité » insiste-t-il.




Les dirigeants comoriens accusés, chez eux, d’avoir « vendu Mayotte »


Côté comorien, on est très loin de cette analyse. Dans une interview au journal Masiwa, le ministre des affaires étrangères Mohamed El-Amine Souef dément: "aucune discussion sur le sujet de l’intégration de Mayotte n’est à dans l’ordre du jour d’une prochaine réunion de la Commission de l’Océan Indien à Moroni".

Le pouvoir comorien joue une partition difficile vis-à-vis de son opinion publique, où certains l’accusent d’avoir « vendu Mayotte ». Les dirigeants comoriens ont obtenu que le texte de l’accord ne mentionne nulle part le mot « immigration » s’agissant de Mayotte, pour ne pas donner l’impression de céder sur leur affirmation de souveraineté.  A Moroni, la lutte contre la circulation des « kwassa-kwassa » est présentée comme une simple mesure de sécurité en mer: « La vocation des kwassa-kwassa, c’est de pêcher, pas de transporter des passagers d’une île à l’autre. Il n’est pas question de détruire les ateliers de fabrication de ces embarcations. Par contre, nous allons veiller scrupuleusement à ce que le transport inter-îles soit assuré par des bateaux répondant aux normes de sécurité » affirme Mohamed El-Amine Souef.


Divergences sur le rôle des élus mahorais


Pour le ministre comorien, il n’est pas question non-plus d’admettre que des élus mahorais de la République Française soient associés à l’accord : « nous n’avons jamais négocié avec les élus mahorais… ils n’ont assisté qu’à la signature du document » martèle El-Amine Souef.

A en croire le ministre comorien, les élus mahorais n’occuperaient donc qu’un strapontin ?  Tout au contraire, Mansour Kamardine insiste  sur le rôle essentiel des élus de Mayotte : « Nous sommes là pour vérifier la bonne application de l’accord » dit le député LR. Il annonce une première évaluation dans trois mois.

Saura-t-on d’ici là l'essentiel: comment seront employés les 150 millions d’euros promis par la France ? On attend des projets concrets, chiffrés et ciblés vers l’éducation, la formation et la santé... et l'on attend aussi des preuves que les autorités comoriennes freinent efficacement les départs non-contrôlés de leurs ressortissants vers Mayotte.
 
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