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Mayotte sous tension appelle à une journée île morte mardi

En marge des deux semaines de barrages et de grève générale, la violence urbaine et l'insécurité ont fait plusieurs victimes. Vendredi, un homme a perdu la vie pour un sac à mains, peut-être l'agression de trop. Un appel à une journée île morte est lancé. Retour sur ces jours tragiques à Mayotte 

© Andry Rakotondravola
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  • Par Andry Rakotondravola
  • Publié le
Samedi 9 avril, alors que l'attention des mahorais s'attarde sur le conflit social de "l'égalité réelle avec la Métropole", un autre conflit, juvenile intervilageois, dont l'origine semble futile (vol de téléphone) va terroriser la ville chef lieu Mamoudzou. Dans le Département l'impatience s'intensifie et la colère gronde. La grève est dure, aucune négociation n'est prévue, le sentiment d'injustice est alors amplifié par l'insécurité urbaine.

Violences urbaines dans le sud de Mamoudzou 
© Fahar Ousseni
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La première nuit de violence dans les quartiers du sud de Mamoudzou surprend tout le monde. Des bandes de jeunes s'affrontent dans les rues principales de Mamoudzou, la population paniquée, alerte la police. Les forces de l'ordre sont même débordées. Mais les attaques des nuits suivantes seront d'une rare violence. Peu après 20h, dimanche,  une cinquantaine de jeunes de Doujani armés de barres de fer, chombos et accompagnés de chiens sèment la terreur entre Cavani et M'tsaperé Mandzarisoa. Ils prennent en otage des automobilistes et des cyclomotoristes entre le rond point du collège de Passamainty et la sortie du village direction Vahibé. Le bilan est lourd, une personne est gravement blessée au visage, une moto est incendiée et 5 véhicules sont vandalisés.

Un peu plutôt à Cavani, une bagarre opposant une bande de Doujani à celle de Cavani Goumboni a fait des nombreux dégâts chez les automobilistes. A l'origine de ces descentes, un vol de téléphone portable. la 3e nuit de violence est redoutée, mais les même scènes se répètent. Les jeunes armés cassent tous les véhicules et les biens sur leur passage. Les forces de l'ordre essaient de les repousser, l'hélicoptère est de sortie.
© Fahar Ousseni
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Mardi, la ville de Mamoudzou est sous tension, une 4e nuit de violence est inenvisageable, les villageois s'organisent, beaucoup dénoncent la gestion de la situation par l'Etat : les voitures vandalisées sont exposées au rond point Doujani. Cette violence urbaine, fait écho et, est relayée au niveau national. 3 jeunes impliqués dans les violences seront interpellés mardi par la police et jugés mercredi en comparution immédiate. Ils seront condamnés à un mois, 6 et 8 mois de prison pour fabrication d'engin explosif ou incendiaire, violence sur fonctionnaires de police, participation à un attroupement armé en ayant le visage dissimulé.
© Fahar Ousseni
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Ce même jour dans l'après midi, à l'initiative du capitaine de police Charoumani Chamassi, une rencontre avec, des parents de jeunes, des responsables d'associations, certains protagonistes des émeutes dans les villages de Mtsapere, Cavani, Doujani, Bonovo, Mandzarisoa, est organisée à la pointe Mahabou. La rencontre s'est terminée avec des poignées de mains laissant espérer un retour au calme dans ces différents villages.
Ces violences urbaines interpellent les médias nationaux qui découvrent la situation de tensions extrêmes à Mayotte, alors que les réseaux sociaux relayent l'information et s'interrogent sur le silence de l'Etat. Certains médias lient ou mélangent la violence urbaine à la grève générale. Le calme est revenu dans les quartiers de Mamoudzou, mais la tension est toujours palpable. Des agressions isolées sont annoncées ici et là. 

Agression mortelle à Kaweni

Vendredi, une énième agression sera fatale à un père de famille. Alors qu'il s'apprêtait à récupérer son fils de son cours de judo à Kaweni, Il est victime d'un vol à l'arraché. En tentant de résister, Il prendra un coup de couteau au thorax. Malgré l'intervention rapide du personnel soignant du SMUR , Christophe 38 ans ne sera pas réanimé.
© Fahar Ousseni
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Les 3 individus ont rapidement été identifiés.Ils seraient défavorablement connus des services de police, l'un d'eux venait de sortir de prison après avoir purgé 6 mois de prison pour viol. Dès le lendemain, un jeune sera interpellé par la police grâce au concours des habitants de Kaweni. Il serait l'auteur des coups de couteau, selon un membre de la famille du mineur. Ses deux complices sont toujours recherchés par les forces de l'ordre. Une marche pacifique et spontanée est organisée le samedi matin en hommage à la victime et en présence de sa famille, près de 300 personnes se sont déplacées. l'émotion était grande. Les pleurs, l'incompréhension et la colère se sont exprimés... "A qui le tour?" interrogeaient les uns "ça suffit " disaient d'autres...


Appel à une journée morte et  deux réunions exceptionnelles en préfecture

Les réseau sociaux s'enflamment,  la parole s'est libérée, ici il n'y a pas ou peu de filtre pour avancer ses propos... les pétitions se multiplient, certaines demandent le départ du préfet de Mayotte, une autre appelle à une Journée île morte mardi 19 avril, elle est relayée par texto.
© Fahar Ousseni
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La préfecture organise 2 réunions dans le contexte d'après grève générale "pour remettre en marche la vie économique et reprendre une vie quotidienne aussi apaisée que possible" : D'abord lundi 18 avril à 11h30 à la Préfecture en présence des élus de Mamoudzou, des forces de l’ordre et des services de l’Etat concernés pour "mettre en place de nouvelles mesures en faveur de la sécurité dans la ville chef-lieu du département."
Ensuite le mardi 19 avril à 14h30, en présence des parlementaires, du Président du Conseil départemental, de l’ensemble des maires, du Procureur de la République, du Grand Cadi et naturellement des services de l’Etat et des forces de sécurité présentes sur le territoire.
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