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Najat Maalla M’jid, experte en Droit des enfants : Quelles alternatives à la scolarisation à Mayotte ?

Najat Maalla M’jid, experte en droit des enfants, invitée par l’association le village d’Eva, préconise, comme  alternatives à la scolarisation à Mayotte, un partenariat " pouvoirs publics, associations,secteur privé" pour les enfants exclus du système scolaire.

NAJAT M' JID © PHOTOn : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU :
© PHOTOn : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU : NAJAT M' JID
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le
Najat Maalla M’jid  a débuté son séjour à Mayotte par une visite à Kaweni au nord de Mamoudzou, un quartier considéré sensible où l’association «  Le Village d’ Eva » a ouvert une école de rue.

La situation de Kaweni en plein département français en 2016 a provoqué un véritable choc chez ce médecin qui en a vu pourtant de toutes les couleurs dans ses pérégrinations à travers le monde.

A Mayotte, département français,  on se retrouve dans des localités des pays en voie de développement


Dr. Najat Maalla M’jid, expert – consultant international à la protection des enfants et la promotion de leurs droits : « Ce matin, j' étais sur le terrain, j' étais à l' école de rue du Village d’ Eva à Kaweni , j' étais dans le quartier où ces enfants vivent , j'ai parlé aux mamans, j'ai passé un moment avec les élèves et les enseignants mais ce qui m' a révoltée c'est qu' on est dans un département français et  j' avais l' impression de me retrouver au fin fond d' un  pays en voie de développement, complètement isolé, en plein bidonville peuplé d’ enfants exclus du système scolaire ou qui n' y ont pas accès à cause de leur situation des sans papiers, et pourtant parmi eux, de nombreux enfants sont nés à Mayotte. »

On ne doit pas empêcher des enfants d’aller à l’école sous des prétextes administratifs

Dr. Najat Maalla M’jid : « Moi, ça m'interpelle beaucoup cette situation venant d' un pays , Mayotte, La France, qui se veut être un pays de droit et qui revendique l' état de droit et surtout qui encourage l' éducation et  lutte actuellement contre l' exclusion , contre la radicalisation, contre la délinquance pour éviter tout ce qui est en train d' arriver aujourd’hui.
 Ca m’interpelle parce qu’on a l’impression que tout le monde était assis et que brusquement, on a vu, surgir par milliers des enfants de rue dont les  besoins de scolarisation ont dépassé les capacités d’accueil du système et tout le monde se réveille brusquement. Moi ça m’interpelle un peu.
Je pense, très honnêtement, qu'il y a des réponses, des solutions, pas de bricolage, pas de colmatage sinon on va le payer cher, il faut trouver des solutions de qualité. Je ne dis pas qu’il n'y en a qu'une, il y a la dimension accès à l’éducation, elle doit être administrative, donc il faut appliquer les lois et les lois disent que l’enfant a droit d’aller à l’école et on ne doit pas l’en empêcher  sous des prétextes administratifs qui ne sont pas obligatoires. Il faut assurer l’accessibilité physique, l’accessibilité géographique, l’accessibilité économique et la qualité aussi.
 »

Former des citoyens responsables et productifs par une éducation de qualité

Dr. Najat Maalla M’jid : «  Il faut réfléchir au sort de tous ces enfants qui sont actuellement hors système et faire en sorte de leur prodiguer une éducation de qualité avec un rattrapage qui leur permette de rattraper le circuit secondaire ou aller sur  l’enseignement professionnel de qualité

 l’éducation, c'est l’école mais ce n’est pas uniquement l’école,
  • c'est aussi l’éducation de vie,
  •  
  • l’éducation aux valeurs de tolérance,
  •  
  •  l’éducation au respect,
  •  
  • l’éducation à la dignité,
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  • L’éducation à l' environnement,
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  • L’éducation aux droits de l’enfant,
  •  
  •  L’éducation aux droits humains, c’est plus large que ça,
  •  
  • et c'est aussi la préparation de citoyen responsable et aussi qui sont productifs.
Si on n’investit pas sur une éducation de qualité et très précocement, dès la petite enfance, on impacte gravement un pays en matière de productivité, de croissance et de sécurité humaine. Je crois qu’il est important d’en parler comme ça. 
Un point sur lequel je veux insister, c' est que quand on parle de l' accessibilité à l' école,  à l' école, et ça, tous les textes le disent, ce n' est pas seulement construire des écoles, c'est vrai, c'est important mais l' enfant va à l' école mais aussi quelle école je peux  emmener à l' enfant, c'est aussi cette dimension d' aller vers l' enfant là où il est ..
. »
NAJAT MJID ET AURELIE ARIBAT PRESIDENTE VILLAGE D' eva © PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU :
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU : NAJAT MJID ET AURELIE ARIBAT PRESIDENTE VILLAGE D' eva

Alternatives ou appuis à la scolarisation ?


Dr. Najat Maalla M’jid : « Je pense que la définition, ce n’est pas alternative à la scolarisation. La scolarisation doit exister et la scolarisation est une mission publique, une mission de l’état et elle doit être de qualité, elle doit être accessible à tous.
Maintenant, il y a un état de fait où les états et les collectivités locales n’arrivent pas à assumer cette fonction. Et c'est là où justement, des associations, des militants se mobilisent pour combler ces déficits mais ça ne veut pas dire qu'ils doivent se substituer à l’état qui doit réellement rendre compte sur ces missions et répondre aux missions qui lui sont dues.

Ce qui est très important aussi quand je parle d’alternative, c'est qu’est ce qu’on peut faire pour des enfants actuellement hors système pour rattraper le temps perdu, rattraper un enseignement de qualité et en même temps, préparer l’école actuelle à les accueillir dignement et en même temps, prévenir les exclusions qui arrivent parce que d’une part, si on continue à bloquer l’entrée avec des obstacles administratifs, ça ne va pas avancer."

Ce n’est pas normal, qu’en fin de primaire, les enfants de Mayotte ne maîtrisent pas la langue française

Dr. Najat Maalla M’jid : «  Deuxième point, la qualité. Ce n’est pas normal que, dans les statistiques qui sont données, qu’en fin de primaire, les enfants de Mayotte ne maîtrisent pas la langue française entre autres, et ce qui est important, c’est investir sur la qualité. Et ça, c'est une mission.
 Il faut s’ inspirer de ce qui se fait dans beaucoup d’ autres pays du monde, c’est le partenariat entre pouvoirs publics, entre associations et entre secteur privé pour arriver réellement à rattraper le retard scolaire de ces enfants mais il faut aussi innover et anticiper sur les problématiques
. »

Impliquer les familles tout en leur assurant un meilleur cadre de vie

Dr. Najat Maalla M’jid : « Un autre point important, c'est aussi tout l’amont, c'est à dire, comment faire en sorte d’appuyer ces parents, ces familles qui sont elles mêmes en difficulté pour faire en sorte que' l’école soit considérée comme un moyen de promotion sociale, que les parents vivent dans des conditions dignes, ca éviterait aussi de faire travailler les enfants, de pousser les filles à se marier trop précocement parce qu’il faut qu’ils gagnent la vie.
L’autre point qui est important, c’est comment aménager les quartiers dans lesquels  vivent ces enfants, comment mieux les équiper. Ce n'est pas quand même normal que l’accès à l’eau potable soit  défaillant, il n’y a pas d’assainissement, il y a de la drogue, il y a de l’exclusion. Il faut équiper ces quartiers en structures socio sanitaires, socio éducatifs, sportifs, culturels. »


 Promouvoir la coexistence de personnes issues d’horizons divers

Dr. Najat Maalla M’jid : « Quand j’entends toutes ces  discriminations entre ethnies, entre français et non français, entre comoriens et mahorais, je n’ai pas fait une analyse profonde mais c’est ce qui ressort, je pense qu’il faut travailler sur tout ça en amont du problème avec les communautés, l’opinion publique, les leaders religieux, les médias pour réellement changer les choses..."

Engagement de la communauté internationale pour la scolarisation de tous les enfants du monde

Dr. Najat Maalla M’jid : «  Le droit à l’éducation est une obligation d'état mais c'est aussi une obligation internationale. Si le problème est en amont et aux Comores aussi, ça interpelle l’aide au développement et il faut faire en sorte aussi qu’aux Comores les enfants aient accès à l’école. Les états se sont engagés sur le plan international   pour l’éducation pour tous. En 2015 tous les états devaient avoir éradiqué  la non scolarisation et tous les enfants du monde devaient être au primaire, ce qui n'est pas le cas, il y a encore les objectifs du développement durable qui viennent d'être annoncés, encore des engagements mais il faut que la communauté internationale honore aussi ses engagements. »

Propos recueillis par EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU
 

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NAJAT MAALLA M'JID

NAJAT M'JID © PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU NAJAT M'JID

 Najat Maalla M’jid

 https://www.ibcr.org/fr/qui-sommes-nous/gouvernance/le-conseil-d-administration/item/maalla-m-jid

Vice-présidente (Rapporteur Spéciale de la Commission des Droits de l'homme des Nations-Unies sur la vente d'enfants, la prostitution d'enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, Fondatrice de l’organisation Bayti (Maroc)

Madame Najat Maalla M’jid est pédiatre de formation et travaille depuis près de 25 ans à la protection et à la défense des droits des enfants les plus vulnérables. Au Maroc, elle s’est notamment impliquée dans la formation de travailleurs sociaux et dans l’élaboration de la politique nationale en matière de protection des enfants. Dr. M’jid est fondatrice de l’organisation Bayti (Ma maison) une organisation non gouvernementale qui a comme mission de protéger, prendre en charge, réinsérer et promouvoir le respect des droits des enfants en difficulté au Maroc, principalement les enfants en situation de rue, les enfants « petites bonnes » et les enfants victimes de violence.

 Najat Maalla M’jid est consultante internationale et Professeur enseignant dans le domaine des Droits de l’enfant, des politiques de protection sociale, du développement humain et de l’ingénierie sociale. Elle est membre du Conseil Consultatif sur les Droits de l’Homme du Maroc, en charge de la commission « protection, promotion et monitoring des droits de l’enfant ».Au niveau international son implication et son dévouement pour les enfants les plus vulnérables se démarquent aussi par son travail au sein de plusieurs organisations non gouvernementales et intergouvernementales, de même que par ses diverses études traitant des enfants en difficultés, tels les enfants victimes de violence, d’exploitation sexuelle ou d’autres formes d’exploitation, les enfants abandonnés, les mineurs migrants isolés, et les mineurs en détention. 

Madame Najat Maalla M’jid remplit la fonction de Rapporteur spécial des Nations Unies sur la vente d'enfants, la prostitution d'enfants et la pornographie impliquant des enfants depuis mai 2008 et s’est associée au Bureau depuis 2011. Elle est lauréate de plusieurs prix et distinctions, dont le Prix Nathalie MASSE (centre international de l’enfance et de la famille, Paris 1997), Prix européen de pédiatrie sociale (1997), le Prix des droits de l’homme de la République Française (2000). En 2003, Madame M’jid était décorée de l’ordre de la Légion d’honneur de la République française.
 

La première école de rue pour la prévention de la délinquance à Mayotte.

  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le 18/08/2015 | 17:23, mis à jour le 18/08/2015 | 17:23
L’association LE VILLAGE d’EVA a mis en place, depuis le 20 juillet 2015, une école et une bibliothèque de rue à Kaweni, un des quartiers très sensibles de Mayotte.
Son 
objectif est de lutter contre l’oisiveté, source d'actes de délinquance chez les jeunes. 

https://la1ere.francetvinfo.fr/mayotte/2015/08/18/la-premiere-ecole-de-r...

 YOUTUBE : https://m.youtube.com/channel/UCFNUz5wiQ2OcoOAzX3kEMMA

© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU
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