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Le premier Centre Éducatif Renforcé de Mayotte ouvre officiellement ses portes

Ce mardi 2 juillet avait lieu l’inauguration officielle du premier Centre Éducatif Renforcé (CER) de Mayotte à Bandrélé. Alternative à l’incarcération, il accueille huit jeunes âgés de 13 à 18 ans.  

Un panneau indiquant la direction du CER à l'entrée de Bandrélé. © Yoram Melloul
© Yoram Melloul Un panneau indiquant la direction du CER à l'entrée de Bandrélé.
  • Yoram Melloul avec Ali Chamsudine
  • Publié le , mis à jour le
Au milieu de la campagne, à la périphérie de Bandrélé quelques conteneurs aménagés en chambres sont posés à même le sol. Sur chaque porte est inscrit un numéro compris entre un et huit. Aux fenêtres se trouvent des barreaux, à l’intérieur un lit, quelques affaires et un ventilateur. Il s’agit là du tout nouveau Centre Éducatif Renforcé (CER) inauguré officiellement ce samedi 2 juillet, le premier du genre à Mayotte.

Le centre, qui fonctionne déjà depuis le 1er décembre, peut accueillir jusqu’à huit jeunes. « La durée totale d’une session ici est de quatre mois et demi », explique Philippe Souffois, le directeur de pôle jeunesse de l’association Mlezi Maore qui a été désigné par l’État pour porter ce projet. Jusqu’à présent les adolescents pour qui il fallait trouver une alternative à l’incarcération étaient envoyés à la Réunion.

Le séjour est divisé en trois phases. La phase 1 a pour objectif de créer une rupture entre l’adolescent et son milieu d’origine. « C’est une phase très sportive. Elle dure quatre semaines pendant lesquelles les adolescents sont emmenés pour faire du kayak, de la randonné à la Réunion, du bivouac. C’est une période où ils apprennent l’autonomie et la solidarité. »

Vient ensuite une phase de construction d’un projet personnalisé pendant laquelle les éducateurs vont aider les adolescents à se construire un avenir.  « Il faut savoir que ce sont des jeunes qui ont des passifs assez lourds, confie Ismaël Boruni, un éducateur spécialisé employé au CER. Ils ont besoin qu’on leur impose un cadre de vie pour ensuite les aider à mieux se réinsérer. » Même s’ils sont assez libres d’aller et venir dans le centre, chaque adolescent a une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. En cas d’impair il est immédiatement sanctionné et peut-être incarcéré ou placé en famille. L’un d’entre eux a récemment été expulsé du centre pour avoir violenté un membre du personnel.

Pendant la dernière partie de la session, les pensionnaires sont amenés à faire des stages professionnalisant en fonction d’un parcours qui se veut le plus personnalisé possible. « Le but c’est de les mettre en situation de travail pour leur prouver qu’il est possible de s’en sortir. »
 
La chambre d'un pensionnaire du Centre Éducatif Renforcé © Yoram Melloul
© Yoram Melloul La chambre d'un pensionnaire du Centre Éducatif Renforcé

 

Un projet ambitieux et nécessaire


Le centre a un budget annuel de 1.3 millions d’euros. 22 personnes sont engagées pour faciliter la réinsertion de ces adolescents. Un professeur de l’éducation nationale sera même détaché à partir de septembre pour aider à l’acquisition des savoirs de base. « Il faut voir cet investissement comme un élément de réponse à la délinquance. Ce n’est pas une fin en soi, on attend aussi d’avoir des réponses pour un maillage efficace du territoire. Avant il n’y avait pas de CER, maintenant il y en a un. On avance », explique Philippe Souffois.

Un avis que semble partager l’ensemble des acteurs présents lors de l’inauguration. Ainsi le préfet, Dominique Sorain, a souligné pendant son discours qu’avec 4400 mineurs isolés sur l’île « c’est un paradoxe que l’on n’ait pas encore eu ce genre d’équipement à Mayotte. » Le CER qu’il qualifie « d’outil singulier dans la lutte contre la délinquance juvénile » permet de lutter contre le risque de marginalisation de la jeunesse grâce à « des méthodes innovantes, car elles ne sont pas basées uniquement sur la répression. »

Pour le maire de Bandrélé aussi « l’incarcération ne peut pas être la seule réponse des pouvoirs publics. » Tous ont d’ailleurs tenu à saluer l’action de Ali Moussa Moussa Ben pour avoir encouragé l’installation d’un tel dispositif sur le territoire de sa commune. Actuellement, le centre compte sept jeunes qui poursuivent une session jusqu’au 30 septembre.

 

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