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Université des Comores «Les raisons» de la colère

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Université des Comores «Les raisons» de la colère
©Faïza Soulé Youssouf
Il y a une dizaine de jours, les étudiants de l’Université des Comores protestaient contre la hausse de certains tarifs. À Mvouni les salles sont trop petites, pas sonorisées, mal éclairées. La bibliothèque n’en est une que de nom et 4 toilettes insalubres pour plus de 6000 étudiants. 
 
Mercredi 13 novembre 2019, sur le site universitaire de Mvouni, à quelques kilomètres de la capitale, Moroni. La coquette localité dont les rues sont bordées de fleurs, de plantes vertes, d’arbres fruitiers accueille le principal site universitaire des Comores. Il fait bon en ce tout début de journée. Une légère brise soulève le traditionnel châle des jeunes comoriennes. La chaleur n’a pas encore pointé le bout de son nez. Ici plus de 6 000 étudiants y passent leur journée. Certaines filles sont « nappy »  (natural and happy, ndlr) et s’habillent à « l’occidentale » quand d’autres, (l’écrasante majorité)  sont voilées. Certains jeunes hommes arborent des  coupes afro et d’autres sont plus conventionnels. De prime abord, le site universitaire de Mvouni fait penser à n’importe quel site universitaire du monde.

Mercredi, c’est d’abord le jour du Tilawa (prêche, ndlr) qui a lieu avant le début des cours.

Nous invitons les étudiants à se rapprocher de Dieu, à aimer le Coran, à s’habiller  de façon décente et adopter un comportement conforme à l’Islam,

explique Foundi Mmadi Youssouf, étudiant et ancien responsable du sermon hebdomadaire.

Il ne s’agit pas selon lui de sanctionner ceux qui font fi de ses recommandations

mais de jouer le rôle d’intermédiaire entre ces jeunes et Dieu. 
Une fois la bonne parole délivrée, les étudiants prennent le chemin des classes.
Université des Comores «Les raisons» de la colère
©Faïza Soulé Youssouf
 

Des salles trop petites

A l’instar de celle-ci, troisième année d’Administration Économique et Sociale. La salle est archi-comble. Beaucoup d’étudiants n’ont pas de place assise. Il commence à faire chaud. La salle est très mal éclairée. L’enseignant de droit lance

est- ce- que tout le monde voit ce que j’écris au tableau ?

La classe répond en chœur : «  non ». Et lui de rétorquer : «  un jour, nous aurons de vrais feutres ».  De l’arrière de la salle, l’on doit  aussi tendre l’oreille pour entendre ce que dit le professeur.

Les salles sont trop petites ou alors  les étudiants  sont trop nombreux, vous savez certains viennent ici aux aurores, à 04h00 du matin pour espérer avoir une place devant,  pour des cours qui commencent généralement à 08h00,

explique Sahyane Ahmed Ali, âgé de 22 ans, rencontré sur place. Ils sont parfois obligés de sortir les tables de la classe afin de gagner quelques places en plus.

En deuxième année de la même filière, le constat est le même. La salle est bruyante, les élèves trop nombreux. Il est 08h45 et le professeur n’est pas là. En attendant le début des cours, une jeune fille en profite pour tenter de vendre des jupes colorées. Certaines essaient de négocier pour en obtenir une, à très bon prix. Le cours aurait dû commencer à 08h00.

Le professeur de droit administratif n’est jamais venu depuis la rentrée d’octobre, il est parti en voyage selon l’administration,

affirme Hairia Mlaraha. Celle-ci poursuit « sur les problèmes rencontrés ». 

De toutes les façons, de l’arrière des salles nous n’entendons rien  si bien que la prise de notes est impossible,

soutient-elle, «  il y a même le prof de sociologie qui a juré qu’il ne viendra pas ici tant qu’il n’y aura pas de micro », jure-t-elle. Pourtant, il y a bien un haut-parleur qui pend juste à côté du tableau, « qui ne fonctionne plus depuis belle lurette».
 

4 toilettes pour plus de 6 000 étudiants

Université des Comores «Les raisons» de la colère
©Faïza Soulé Youssouf

Amina Youssouf, 23 ans, préfère, elle, parler des toilettes.

Il y en a quatre, deux pour les garçons et deux pour les filles, elles sont dégueulasses, souvent dépourvues d’eau,

fustige-t-elle.

Pour nous soulager, nous préférons descendre en ville dans une maison de notre connaissance ou alors nous retenir jusqu’à ce qu’on arrive chez nous.

Affirmer  que les latrines  sont insalubres est un  doux euphémisme. Une odeur pestilentielle s’en dégage. Le parterre est sale et des petites bouteilles parsèment les toilettes turques, preuve du manque d’eau. 

Pourtant, nous avons des toilettes neuves avec des lavabos mais nous ne pouvons nous y rendre, il faut au préalable, semble-t-il, une cérémonie d’inauguration

ironise Abdou Mouslim, le président  du Conseil des Délégués de l’Université.

Nous nous dirigeons par la suite vers la bibliothèque située un peu plus haut à gauche des salles de classes. Quelques étudiants sont installés, concentrés, probablement en train de réviser. L’une d’entre elles, Kaissoiria Radjab, troisième année en Langues Étrangères Appliquées soutient que

la bibliothèque ne compte que quelques ouvrages, moi pour pouvoir faire des recherches, je dois me rendre dans un cybercafé en ville puisqu’en plus de la rareté des livres, elle est dépourvue d’ordinateurs.

Université des Comores «Les raisons» de la colère
©Faïza Soulé Youssouf
 

Choisir entre payer le transport ou le déjeuner

Il est bientôt l’heure de déjeuner.  Quelques étudiants se dirigent vers  les restaurants  disséminés tout le long du site universitaire. En fait de restaurants, ce sont des boui-boui en feuilles de tôles où sont servis sandwich, bananes frites et viande cuite à l’eau pour un euro, le plat.
Dans celui-ci, des jeunes attablés fument en attendant d’être servis.

Il faut faire vite parce que la demande est supérieure à l’offre, passé midi, il n’y a presque plus rien à manger, avec un peu de chance on peut avoir quelques galettes de farine,

lance un jeune homme à la coupe afro, des écouteurs vissés dans les oreilles, qui se surprend «  à rêver d’un vrai réfectoire ».  

Quant au président du Conseil des Délégués, il  trouve

que les plats proposés sont trop chers parce qu’il ne faut pas oublier que nous devons aussi payer le transport,  soit un euro par jour. 

Pour l’instant, il n’y a pas de service de transport en commun. Pour que les étudiants puissent se rendre à l’université,

nous prenons des bus ou des taxis appartenant à des particuliers.


Un jeune homme à cet instant s’écrie :

Madame, souvent je dois choisir entre payer mon transport ou manger à la fac, et évidemment  je préfère suivre des cours, c’est un peu compliqué quand l’estomac gargouille mais je viens ici d’abord pour étudier.

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