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Cyclone Pam au Vanuatu: "ils ont à peine une semaine de nourriture devant eux"

François Japiot est membre de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Calédonie en charge de la coopération technique régionale. En mission au Vanuatu au moment du passage du cyclone Pam, il a rejoint le centre de gestion des catastrophes naturelles (NDMO). Interview.

© AFP/UNICEF PACIFIC
© AFP/UNICEF PACIFIC
  • Par Martin Charmasson (A.P)
  • Publié le , mis à jour le
Le  Natural Disaster Management Office est un centre névralgique de l’aide apportée au Vanuatu et des actions engagées. Quel est son rôle et quelles informations a-t-il pu recueillir jusqu’ici ?
C’est un centre très bien structuré avec différents départements : eau, santé, aide alimentaire, logistique  etc... Il est constitué de petites équipes qui se réunissent fréquemment. Cela fonctionne bien jusqu’ici et c’est important dans le contexte de l’archipel. Il y a la multiplicité des Îles et l’absence de communications entre elles. La tâche est énorme, mais les gens sont vraiment mobilisés. Petit à petit, les choses se remettent en route. Ce que l’on sait pour l’instant, c’est que les dégâts les plus importants se trouvent dans les provinces de Shéfa (îles Shepperd et Port-Vila) et Taféa (îles du sud, Erromango et Tanna). Taféa semble avoir été moins touchée que les îles du centre et du nord. Des équipes commencent à se rendre sur place. Un CASA de l’armée française devait partir cet après-midi sur Tanna. Pour l’instant, les seules informations dont nous disposons proviennent des survols aériens. Ce sont des évaluations visuelles. On n’a toujours pas établi de communication avec le terrain par téléphone ou quoique ce soit.

Ces survols ont-ils permis de constater la destruction d’infrastructures majeures ?
L’aéroport a été touché. Il est en activité restreinte, parce que des balises ne sont toujours pas opérationnelles. Les vols ne peuvent s’effectuer qu'en journée. Il y a quand même des rotations d’avions militaires de différents pays. Plus globalement, on a peu d’informations mais vu la violence du cyclone et les dégâts occasionnées sur des bâtiments soit disant très solides de Port-Vila qui sont partis comme des fétus de paille, il y a sûrement énormément de dommages.

Outre l’observation aérienne, quelles sont les actions engagées ?
En matière de coordination du transport et de distribution de l’aide, les moyens s’organisent. On commence à récupérer localement des bateaux. Je suis en liaison avec le propriétaire d’un navire qui devrait ravitailler demain toutes les iles du Nord. Et une barge est a priori prête à partir sur cette zone là en fin de semaine. C’est la zone qui semblerait être la plus touchée. Il y a une partie de denrées alimentaires. Nous avons ici à Port-Vila des stocks importants de riz et autres boîtes de conserves qui sont disponibles immédiatement. Il faut aussi de l’eau mais aussi du matériel pour aider les équipes techniques à rétablir les communications pour avoir des liaisons avec les îles. Tout est à reconstruire. Enfin, il y a bien sûr les avions et les hélicoptères qui pourront être pleinement utilisés quand les aéroports seront vraiment ouverts. Quelques uns devraient l’être en fin de semaine. En ce moment le temps est beau, et comme ce sont des pistes en herbe on devrait pouvoir atterrir pour faire les premiers bilans, évaluations et apporter les premières aides.

Vous êtes conseiller auprès du ministère de l’agriculture du Vanuatu. Comment l’archipel peut-il se remettre d’une telle catastrophe ?
On estime que les gens dans les îles ont une semaine de nourriture devant eux. Après, en raison des dommages occasionnés par le cyclone, tout ce qui est en terre va pourrir. Par conséquent, il est impératif que les premières denrées alimentaires partent rapidement. L’idée c’est aussi de pouvoir distribuer le plus vite possible un « kit de base » pour relancer la production agricole. On compte beaucoup sur les pratiques traditionnelles et le savoir-faire local dans ce domaine. Pour les patates douces par exemple, en trois mois, vous pouvez avoir une récolte. Mais des semences de maïs, de squash, voire de papaye, et de quelques fruits sont nécessaires pour compléter la nourriture de base et l’apport en riz. On essaye aussi de travailler avec des bailleurs de fonds qui sont prêts à financer les actions urgentes à mettre en place. Un collègue de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Calédonie m’a  préparé les devis pour la remise en route de cette agriculture urgente. Je devrais l’avoir cet après-midi. Et on devrait pouvoir mettre tout ça en place avec les kits. Reste une grosse problématique :celle de l’eau, surtout au niveau de la purification. Mais pour l’instant nous n’avons pas plus d’informations que cela. 

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