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Football américain/ Matthieu Fayard : « C’est incroyable ! »

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Foot US
Le Calédonien de 28 ans jouera les championnats du monde de football américain sous le maillot de l’équipe de France à Canton dans l’Ohio du 9 au 18 juillet prochain. Il n’a commencé sa carrière qu’en 2008, en troisième division métropolitaine.
Lorsqu’il était encore sur le territoire qui l’a vu naître, Matthieu Fayard « allait nager au Ouen Toro, taper des balles de tennis au Mont-Coffyn, et s’investissait à fond dans le sport scolaire ». Un passionné mais pas le profil d’un futur athlète de haut niveau susceptible de disputer un jour les Mondiaux de foot US. D’ailleurs, lorsqu’il quitte le Caillou en 2003 pour rejoindre Paris, c’est pour suivre des études de musique. Il change finalement ses plans, obtient une licence AES et débute un master en marketing et négociations dans la région lyonnaise où son amie s’est installée.

Les débuts aux Falcons de Bron

C’est à cette période qu’il découvre le football américain aux Falcons de Bron-Villeurbanne. Dans ce sport de gagne-terrain où l’on doit atteindre la zone d’en-but adverse par la course ou la passe, le Calédonien opte d’abord pour un rôle offensif. « En 2008, mon premier poste était celui de running back. Il faut porter le ballon derrière le quarterback et la ligne offensive et gagner des yards pour faire avancer son équipe ». L’apprentissage dure deux ans avant que Matthieu ne choisisse de se réorienter vers un rôle plus défensif. Il sera linebacker. « J’estimais ne pas avoir les qualités nécessaires pour évoluer au meilleur niveau en tant que running back. J’avais plus l’attitude d’un défenseur dans l’agressivité, dans la recherche du placage ». Il lui faut alors à nouveau prendre ses marques et s’adapter. « Le linebacker est un petit peu le vis-à-vis du running back. Il va chercher à le plaquer. Mais il doit aussi stopper le receveur, l’attaquant susceptible de recevoir un ballon par la passe. Son rôle est plus polyvalent aujourd’hui ». Une mission d’autant plus difficile qu’il faut éviter dans le même temps d’être bloqué par la ligne offensive adverse généralement constituée de joueurs au physique très imposant.

foot US 2

Une finale de D2 perdue de quatre points
 
Au sein des Falcons, le Calédonien grandit dans son nouveau costume en même temps que son club connaît une ascension. Lorsqu’il le rejoint, l’équipe senior est en 3e division. Au fil des années, sous l’impulsion notamment de Julien Urgenti, un coaching staff se forme, puis une réserve chez les adultes, et des catégories juniors, cadets, féminines et flag. « Dans ce club, on donne l’occasion à tout le monde de pratiquer le football américain. Il y a un gros investissement et une forte volonté des bénévoles pour permettre aux équipes d’évoluer au meilleur niveau » souligne le linebacker. Une construction propice aux résultats : Bron-Villeurbanne monte d’un échelon et a bien failli cette année se retrouver en élite chez les seniors. Cela ne s’est joué qu’à quatre petits points. Pessac, ancien pensionnaire de la première division et pôle de formation reconnu, est finalement passé en s’imposant 20-16. Matthieu Fayard, cependant, n’a pas tout perdu. Ses performances ont séduit des coachs américains de passage aux Falcons. Ils l’ont recommandé au staff de l’équipe de France* qui l’a sélectionné pour des tests en vue des championnats du monde 2015.
 

Welcome chez les Bleus... et aux mondiaux!

 « Le sélectionneur allemand des Bleus, Patrick Ezumé, est associé à plusieurs coachs de nationalités différentes. Parmi eux se trouve un spécialiste américain de la défense qui a notamment coaché les Green Bay Packers, vainqueurs du Super Bowl en NFL (NDLR : la finale du championnat élite américain). C’est une pointure. Ils ont demandé à chaque club français de proposer une liste de joueurs intéressants. Des camps ont été organisés et les meilleurs éléments se sont fait rappeler. Avec mon copain Brice Rontet, on faisait partie de la liste définitive ». Après des mois d’entraînements, de course, de musculation, et de stress lié à l’attente, le Cagou gagne le droit de disputer les Mondiaux dans le Nord-Est des Etats-Unis début juillet en compagnie de 44 autres tricolores dont 5 linebackers. La France est dans le groupe du Brésil, de la Corée du Sud et de l’Australie. Des nations encore jeunes au niveau du football américain, qui commencent à se structurer. Dans l’autre poule, figurent le Japon, le Mexique, et les Etats-Unis : les plus gros compétiteurs de la planète. « Dans le Team USA, on trouve souvent des joueurs qui vont intégrer la NFL. Généralement, ce sont des universitaires en passe d’être recrutés par des écuries professionnelles. Des joueurs passés par la sélection américaine ont rejoint par exemple les New York Giants ou d’autres clubs. Je sais également que le petit neveu de Brett Favre, l’ancien QB des Green Bay Packers, disputera cette année les Mondiaux ». Conscients du niveau, les Bleus ne visent pour autant pas autre chose que le podium dans l’Ohio.
 

Une pensée pour le foot US cagou

Quand il se retourne sur ces derniers mois, Matthieu Fayard ne cache pas une certaine stupéfaction. Un soulagement aussi après des années d’efforts. « C’est incroyable ! Cette première sélection en équipe de France, je la dois aux Falcons et aux coachs américains qui ont fréquenté le club. Ils ont été la clef de cette réussite ». Le Calédonien compte bien profiter de son expérience américaine et poursuivre sa progression au niveau international et avec Bron-Villeurbanne. A terme, il espère aussi redonner au football américain calédonien ce qu’il aura appris. « Bien sûr, je regarde ce qu’il se passe sur le territoire. Je suis inscris dans les groupes des Sharks et des Flying Fox sur les réseaux sociaux. C’est quelque chose qui m’intéresse parce qu’un jour je reviendrai avec mon bagage. Ce sera pour travailler et pour m’investir dans un club. Je voudrais coacher. On a besoin de monde, de soutien. Il faut que mon expérience puisse servir aux Calédoniens. Je suis fier d’être cagou, et fier de ce qui est fait sur mon territoire pour développer la discipline; ça évolue dans le bon sens ».
 
 
*Equipe de France senior :
6e aux Mondiaux 2007 au Japon
6e aux Mondiaux 2011 en Autriche
2e aux championnats d’Europe 2010 derrière l’Allemagne
3e aux championnats d’Europe 2014 derrière l’Allemagne et l’Autriche
 
 
 
 
 
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