Le Vanuatu invente « l'auto-grâce »

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Pipite Marcellino
// Reconnu coupable d'avoir touché des pots de vin, Pipite Marcellino a annulé sa condamnation et celle de ses 13 collègues, pour garantir la stabilité politique du Vanuatu. ©Photo: Government of Fiji
Au Vanuatu rien ne semble impossible, même quand quelqu'un est condamné pour corruption, il y a toujours moyen de s'arranger. Le Speaker du Parlement, actuellement Président de la République par intérim, s'est « auto-grâcié », et il a aussi annulé la condamnation des 13 autres députés.
Pipite Marcellino a décidé de grâcier tous les membres du gouvernement condamnés pour corruption, y compris lui-même. 
 
Vendredi,14 députés et membres du gouvernement ont été reconnus coupables d'avoir de corruption. Parmi eux, l'actuel vice-Premier ministre, Moana Carcasses, qui a reconnu avoir offert 452 000 dollars à 13 députés et ministres. Mais il a toujours nié l'objectif, c'est-à-dire obtenir le soutien de ces politiciens pour renverser le gouvernement grâce à une motion de censure. 
 
Parmi ces députés, outre Moana Carcasses, il y a le Speaker du Parlement vanuatais, Pipite Marcellino. Le Président de la République, Baldwin Lonsdale, étant parti à l'étranger ce week-end, le Speaker assure l'intérim en son absence. Il a mis ce remplacement à profit pour annuler sa propre condamnation et celle des 13 autres députés et ministres. Pipite Marcellino: « J'ai pris cette décision pour maintenir la paix et l'unité dans notre pays. Nous savons tous ce qui s'est passé aux Îles Salomon, à Honiara, il y a quelques années. Nous avons vu ce qui s'est passé à Bougainville, en Papouasie Nouvelle-Guinée, et à Fijdi également. Donc en tant que Président par intérim, j'ai pris cette décision. » 
 
Officiellement, Pipite Marcellino veut éviter l'instabilité politique au Vanuatu, instabilité qui pourrait mener à des troubles, à des émeutes. En effet, si les 14 députés étaient bel et bien condamnés, le gouvernement chuterait, et il ne resterait plus que 20 députés au Parlement - qui compte 33 sièges.  
 
La décision du Speaker de grâcier les 14 députés, y compris lui-même, crée l'indignation. Jenny Ligo, une Vanuataise qui milite contre la corruption, estime que  « c'est une honte », et que Pipite Marcellino a durablement « terni la réputation du Vanuatu »
 
Mais selon Cheryl Saunders, professeure de droit à l'université de Melbourne, si l'on s'en tient au texte de la Constitution, Pipite Marcellino n'a rien commis d'illégal : « La Constitution vanuataise autorise le Président à grâcier des personnes qui ont été condamnées. Et le texte ne prévoit aucune restriction, en d'autres termes, selon la Constitution, le Président peut se grâcier lui-même. Et si le Speaker assure l'intérim pendant que le Président est à l'étranger, alors il jouit des mêmes pouvoirs que le Président, donc oui, il peut s'auto-grâcier, aussi surprenant que cela puisse paraître. » 

Pipite Marcellino affirme avoir pris conseil auprès de cinq avocats avant de prendre sa décision. 
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