Australie: les réfugiés d'aujourd'hui sont-ils les terroristes de demain?

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Man Haron Monis, l'homme qui a pris en otages les clients du café Lindt à Sydney, le 15 décembre 2014, et responsable de la mort de deux otages, était un réfugié iranien, souligne le rapport fuité du ministère de l'Immigration. ©AAP
C'est la question que se pose le ministère australien de l'Immigration. ABC a réussi à se procurer un rapport confidentiel sur l'accueil des Irakiens et des Syriens, qui déclenche une tempête politique.
Ce rapport classé « sensible » par le ministère de l'Immigration met en garde contre l'infiltration possible de sympathisants de Daech parmi les milliers de réfugiés qui arriveront en Australie ces prochains mois. 
 
Chaque année, l'Australie accueille 13 750 migrants qui étaient pris en charge par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En septembre dernier, Canberra a décidé d'ouvrir 12 000 places supplémentaires pour les réfugiés syriens et irakiens. Pour l'instant une vingtaine de Syriens seulement sont déjà arrivés sur l'île-continent. 
 
Le rapport rappelle qu'en Australie, plusieurs anciens réfugiés se sont déjà transformés en terroristes, à commencer par Man Haron Monis, le preneur d'otages de Martin Place, à Sydney, venu d'Iran. Les auteurs du rapport recommandent donc plusieurs mesures drastiques.  Jusqu'à présent, l'Australie accordait automatiquement un visa permanent aux réfugiés. Elle devrait désormais faire du cas par cas et renforcer les vérifications d'identité et les examens de personnalité, afin qu'ils soient plus stricts que dans les pays européens.
 
Autre recommandation: continuer à surveiller les réfugiés syriens et irakiens même après leur obtention de la citoyenneté australienne. Enfin le rapport suggère également d'installer ces 12 000 réfugiés dans les régions, voire dans les zones rurales, plutôt que dans les grandes villes australiennes, pour limiter les risques de radicalisation. Ces recommandations créent une tempête politique en Australie. Selon Richard Marles, porte-parole de l'opposition travailliste sur les questions d'immigration, c'est une politique « régressive », un retour à « une politique de l'immigration discriminatoire ».  
 
Cependant, ce matin, le Premier minister Malcolm Turnbull, s'est défendu de vouloir discriminer les Irakiens et les Syriens: « Il n'y a qu'une seule forme de citoyenneté en Australie. Tous les citoyens ont les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs, et l'un de ces devoirs est évidemment de respecter les lois, et cela concerne les personnes nées australiennes aussi bien que ceux qui ont obtenu la citoyenneté la semaine dernière. » 
 
De son côté, la porte-parole des Verts, Sarah Hanson-Young, regrette la diabolisation des migrants, estimant que « ce rapport attise la peur des réfugiés ». Les associations de défense des réfugiés, elles, pointent une contradiction: si le gouvernement traite les réfugiés syriens et irakiens comme des terroristes en puissance, cela risque d'empêcher leur intégration dans la société australienne, et donc, possiblement, d'accentuer le risque qu'ils se radicalisent. 
 
Quoi qu'il en soit, pour le moment, rien n'indique que les recommandations du rapport seront appliquées à la lettre par le gouvernement australien.