À l'aquarium de Nouméa, les requins léopard sous l'œil des scientifiques

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Requins léopard
De l'œuf à l'adulte en passant par le bébé tout juste éclos, l'aquarium des lagons de Nouméa suit de près la croissance des requins léopard. ©Marie Boscher
Pondus tout près de l'aquarium de Nouméa, dans la baie des Citrons à Nouméa, les œufs de requins léopard sont récupérés par les équipes scientifiques pour être analysés et suivis directement sur place.

Alors que les familles s'égaient sur la plage de la baie des Citrons en cette fin d'année scolaire, un drôle d'œuf ressemblant à un très gros cœur d'artichaut est sorti de l'eau. C'est Hugues Gossuin, technicien de recherche à l'aquarium de Nouméa, qui est allé le chercher à seulement quelques mètres du rivage, accroché à une patate de corail. Déposé là par une femelle requin léopard, l'œuf a été repéré dans la matinée par une bénévole.

"On vient tous les deux jours vérifier les patates de la baie des Citrons parce qu'on a réalisé il y a une dizaine d'années que c'était un site de ponte", explique Hugues Gossuin. Depuis, les équipes de l'aquarium récupèrent à chaque saison de ponte les œufs abandonnés, potentiellement par la même femelle. Elle peut en pondre jusqu'à six à la fois et depuis le début de la saison, 21 œufs ont déjà été ramassés et apportés dans les bassins de l'aquarium.

Oeufs de requins léopard
Des œufs de requins léopard dans un bassin de l'aquarium de Nouméa. ©Marie Boscher

Là, l'équipe d'Hugues Gossuin se charge de les faire éclore et réalise une batterie de tests. Chaque œuf est mesuré, numéroté et fait l'objet de prélèvements qui seront analysés dans un laboratoire pour diverses études scientifiques, notamment sur la filiation. Au bout de 4 à 6 mois, les œufs éclosent et les bébés, qui sont alors plus zébrés que tachetés comme des léopards, sont élevés dans les bassins de l'aquarium. À l'âge adulte, ils sont relâchés dans le lagon. 

Pour la première fois, des puces électroniques

Mais jusqu'ici, les équipes perdaient la trace des spécimens qu'elles avaient élevés. Alors cette année, une nouveauté est mise en place : chaque requin léopard sera équipé d'une puce électronique qui pourra être détectée dans les eaux du lagon par des hydrophones acoustiques capables de les repérer dans un rayon de 200 m. Un projet très attendu par les équipes scientifiques de l'aquarium, mais pas seulement. "Les connaissances sur le requin léopard sont limitées dans le monde", explique Hugues Gossuin. "Là, on va étudier leurs déplacements et leurs comportements puisque l'hydrophone va enregistrer l'heure et la date de passage de chaque requin léopard pucé dans le lagon."

Avant de rejoindre le lagon où ils sont nés, Padmé, Ashoka ou encore Rey, dont les noms ont été inspirés de la saga Star Wars, seront bientôt rejoints par des petits Harry, Hermione ou même peut-être Hagrid, puisque cette année, les internautes sont invités à choisir des prénoms issus de l'univers Harry Potter.

Plus qu'un jeu, c'est une façon de faire de la pédagogie. "Plus les gens sont sensibilisés à l'environnement, plus ils le protégeront", explique Hugues Gossuin. Il tient à rassurer : "Tous les requins sont gentils, mais le requin léopard en particulier est tout à fait inoffensif."

C'est un requin qui passe la plupart de son temps au sol. Il se nourrit de calamar, de crustacés et de petits coquillages qu'il trouve au fond. Il y a vraiment aucune agressivité envers l'homme.

Hugues Gossuin, technicien de recherche

La preuve : il plonge lui-même dans le bassin de l'aquarium où vit Léa, une femelle requin léopard de 9 ans, qu'il prend dans ses bras sous le regard jaloux de Léo, le mâle. Tous les deux réservent encore beaucoup de mystères puisque Léa a pondu un premier œuf viable cette année alors qu'ils ne partagent plus le même bassin. Une nouvelle piste de recherches pour les équipes de l'aquarium.

Dans les coulisses du suivi des requins léopard à l'aquarium des lagons de Nouméa :