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L’affaire des taxi-boats sera jugée en décembre

justice
Taxi boats : drame
©NC 1ERE
L’exploitant de l’île aux Canards et le pilote d’un des deux navires comparaîtront le 17 décembre en correctionnelle pour homicides et blessures involontaires. Dans la nuit du 7 au 8 avril 2017, la collision de deux navettes entre l’îlot et l’anse Vata avait fait trois morts. 
Presque deux ans et demi après les faits, le drame des taxi-boats refait surface, avec la clôture de l’enquête. Le juge d’instruction a renvoyé l’affaire devant le tribunal de première instance de Nouméa au mardi 17 décembre. Sur le bancs des prévenus : le capitaine de l’une des deux navettes impliquées dans la collision et le gérant de la société Plage Loisirs, qui exploite le complexe de l'île aux Canards mais également les taxi-boats assurant les rotations vers l’îlot. « L’un des éléments phares de ce dossier, c’est la co-responsabilité des deux pilotes dans ce drame », signale l’une des avocates de la partie civile. 
 

Une vitesse excessive

Dans son ordonnance de renvoi, le magistrat instructeur énumère une série de fautes commises par chacun des deux capitaines, à commencer par la vitesse excessive à laquelle naviguaient les deux bateaux juste avant le choc. Selon les experts, le taxi-boat Nouméa IV, qui quittait le ponton du Château-Royal en direction de l'îlot, « avait parcouru le chenal à une vitesse de 27,8 nœuds au lieu des 5 nœuds réglementaires » tandis que dans l'autre sens, le Nouméa III « était à 25,5 nœuds à une vingtaine de mètres de l’entrée du chenal très peu visible ». Or, pour les mêmes experts, « le respect de la vitesse de 5 nœuds (..) aurait diminué fortement les conséquences de l’impact ». 
Taxi boat 2
©NC 1ERE
 

Manque de visibilité

Autres éléments accablants : le pilote qui quittait la plage de Château-Royal n’avait visiblement pas ses feux allumés et il ne portait ni lunettes, ni lentilles de vue malgré l’obligation que lui imposait son certificat médical. 
Si ce marin, originaire de l’Ile des Pins, est décédé dans l’accident, l’autre pilote est toujours en vie. Au procès, il devra s’expliquer sur plusieurs « violations délibérées d’une obligation de sécurité ou de prudence ». Outre le fait qu’il naviguait pleins gaz, le capitaine du Nouméa III avait pris la mer sans feu de mât, qu’il avait « remplacé » par une lampe torche, et il n’était pas titulaire du diplôme requis, à savoir le permis lagonaire, aujourd’hui remplacé par le brevet de capitaine à bord des navires de moins de 10 mètres, ou le diplôme du capitaine 200. Une accumulation de manquements pour lesquels l’exploitant de l’île aux Canards comparaîtra lui aussi. 
 

Conçus pour naviguer de jour

Sur le défaut de diplôme, l'avocat du gérant de la SARL Plage Loisirs se retranche derrière la complexité du cadre juridique calédonien et le manque de formation dans le domaine maritime. « On est dans une zone où il y a des équivalences de diplôme données. Parfois il peut manquer un module de diplôme, c’est le cas dans ce dossier. Le pilote a fait l’Ecole des métiers de la mer, il a tous les modules sauf un », explique Jean-Jacques Deswarte.
Il est également reproché à l’armateur une visibilité médiocre à bord des navires la nuit, notamment avec la présence de plexiglass teintés à l’avant. Ces navires ont été « conçus pour une navigation de jour », signale dans le dossier le constructeur des deux bateaux, qui se dit « très étonné qu’une collision ne soit pas intervenue plus tôt compte tenu de la difficulté de naviguer de nuit avec la pollution visuelle ». Durant l’enquête, l’un des salariés a indiqué pour sa part que le rythme de travail était « infernal » et que les cadences de rotation des navires ne permettaient pas de les entretenir correctement. Pour Me Deswarte, cependant, la responsabilité de son client ne peut être engagée pour tous les manquements énumérés dans le dossier. 

Me Deswarte

 

Trois morts et trois blessés graves

Trois personnes ont perdu la vie dans ce terrible accident, survenu dans la nuit du 7 au 8 avril 2017, en baie de l’anse Vata : Yvan Douépéré, l’un des deux pilotes, mais aussi Karen Pahoa et son concubin Falaviano Paauvale, qui étaient ce soir-là en repérage à l’île aux Canards pour leur mariage, qui devait se dérouler sur l’îlot quatre mois plus tard. Le couple laisse derrière lui cinq orphelins. Pour Michaël Pahoa, le frère de la future mariée, l’annonce de ce procès est vécue entre soulagement et tristesse. 

Michaël Pahoa

Cette terrible collision avait fait également trois blessés parmi les passagers du Nouméa III. Un homme de 24 ans, cousin de la future mariée, présentait entre autres un traumatisme violent au visage, aux bras et aux jambes. Une femme de 23 ans a souffert, quant à elle, d’un traumatisme crânien avec perte de connaissance, tandis que le troisième passager, âgé de 60 ans au moment de l’accident, s’est fracturé sévèrement le tibia. Ti’Paul, comme il se fait appeler, était DJ pour une soirée sur l’île aux Canards cette nuit-là. Coincé dans la carcasse du bateau, il a cru sa dernière heure venue. 

Paul, rescapé

Pour les rescapés et les familles des victimes, le procès du 17 décembre viendra sans doute mettre fin à deux ans d’interrogations. Même si certaines questions resteront sans réponse. Malgré les recherches des autorités et de sa famille, le corps du futur marié n’a jamais été retrouvé. 

Retour sur cette tragique collision avec Laurence Pourtau et Patrick Nicar 
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Le témoignage de Michaël Pahoa, le frère d'une des victimes, recueilli par Lizzie Carboni et Michel Bouillez
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Une fratrie de cinq enfants privée de parents 
Au-delà du deuil, les familles de Karen Pahoa et de Falaviano Paauvale ont dû faire face à leurs responsabilités et prendre en charge les cinq enfants âgés de 3 à 17 ans du couple décédé. Ce sont les grands-parents maternels qui s’occupent désormais des deux garçons de Karen Pahoa, issus d’une première union. Non sans difficulté puisque le couple est tombé gravement malade et peine aujourd’hui à subvenir aux besoins de la famille. Les grands parents paternels ont pour leur part accueilli les deux filles de leur fils Falaviano Paauvale. Quant au cinquième enfant, né de l’union entre les deux disparus, il est en garde alternée entre les deux familles. 
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