Après les cliniques, une autre grève commence chez les libéraux de santé

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Soins aux urgences du Médipôle, 29 avril 2018
Les urgences sont assurées par le Médipôle. ©NC La 1ère
Pour cause de mouvement social des cliniques privées, le seul Médipôle s'occupe des accouchements et des urgences. La situation devrait s’aggraver, en ce long week-end: les médecins privés, aussi bien généralistes que spécialistes, et les infirmiers libéraux sont en grève à partir de ce lundi.
Urgences du Médipôle, ce dimanche matin. Un jeune homme portant un bandage au bras est adossé au mur de l’entrée. Il attend un proche lui aussi blessé. «On est arrivés à quatre heures et demi du matin, raconte-t-il. Mon ami, il a été pris en charge à huit heures.» Au standard du service, le personnel soignant fait de son mieux pour gérer le rush de ce long week-end. D'autant que depuis mercredi, c’est le seul Médipôle qui assure les accouchements et les urgences : réunis en collectif Île Nou-Magnin, les personnels de Magnin, la Baie-des-Citrons et l’Anse-Vata sont en grève (lire en encadré).

Grève cliniques
La polémique sur les conditions d'ouverture de la future clinique a conduit à une grève d'une douzaine de jours. ©Maguy Lou Eden

Une cinquantaine de malades aux urgences avant midi

Au cinquième jour du mouvement, les urgences du Médipôle parvenaient à faire face. Mais le personnel soignant se montre inquiet. «On a vraiment une grosse activité, qui a commencé très tôt, à partir de huit heures et demie», décrivait le médecin urgentiste Olivier Muller. En fin de matinée, une cinquantaine de malades avaient été admis, dont plusieurs pathologies lourdes: accident cardiovasculaire, infarctus, accident de la route.

Davantage d'attente

«On a à gérer un peu plus de monde que d’habitude, confirmait Guillaume Dureau, autre médecin urgentiste du Médipôle. Néanmoins, l’hôpital a mis en œuvre de moyens supplémentaires d’hospitalisation, ce qui nous soulage beaucoup dans notre activité quotidienne. Le fait est qu’on est quand même obligés de faire patienter les patients beaucoup plus que d’habitude.» 
Le reportage de Laura Schintu et José Solia.
©nouvellecaledonie

«L'activité risque​ de ne pas être maîtrisable»

«Nous avons ouvert 21 lits d’hospitalisation de semaine, sept lits d’hospitalisation de jour en pédiatrie, on a dédoublé quatre chambres en suites de couches, rappelle Cathy Séba, administrative de garde de l’hôpital. Mais si la grève des médecins généralistes se rajoute, c’est l’activité au niveau des urgences qui risque de ne pas être maîtrisable.»

Le Samu et SOS Médecins débordés​

Au Samu, les trois auxiliaires et le médecin de régulation faisaient de leur mieux pour gérer les nombreux appels qui s’enchaînaient. Et les praticiens de SOS Médecins étaient eux aussi débordés.

Samu pendant la grève des cliniques, 29 avril 2018
©NC La 1ère

Un mouvement simultané, mais distinct

Autant dire que la semaine s’annonce compliquée, sur le terrain des soins. Ce lundi matin, le collectif Île Nou-Magnin décidera des suites à donner à son mouvement. Mais ce n’est pas tout. Une grève est lancée à partir de ce lundi par les infirmiers libéraux et les médecins privés, aussi bien généralistes que spécialistes (pédiatres, ophtalmologues, ORL, dermatologues...). Les chirurgiens-dentistes et les sage-femmes seraient également concernés. 

Revaloriser

Ce mouvement des médecins et infirmiers libéraux coïncide avec celui des cliniques, mais il ne poursuit pas le même but. Il s'agit de demander la revalorisation des honoraires et des actes, dont la nomenclature n'aurait quasiment pas évolué depuis 1994.

Soins aux urgences du Médipôle, 28 avril 2018
Au Médipôle, dimanche matin. ©NC La 1ère

«Pourquoi une grève? Faire l’expérience pendant quelques jours d’un pays sans médecine libérale.»


Intersyndicale

«Pourquoi une grève? Faire l’expérience pendant quelques jours d’un pays sans médecine libérale» écrit, dans un communiqué adressé au Congrès, l'intersyndicale qui rassemble le SML (Syndicat des médecins libéraux) et l'UDML (Union pour la défense de la médecine libérale). «L’évolution des derniers mois indique une volonté de s’en prendre au secteur libéral, ce qui dissuadera les médecins libéraux de travailler en Nouvelle-Calédonie, poursuivent-ils. Pourtant, la population médicale est vieillissante, le renouvellement n’est pas assuré.»

Lettre au Congrès par l'intersyndicale des médecins libéraux


Plus de 200 professionnels

Plus de 200 professionnels de santé seraient concernés par cette grève des médecins. Dans un autre communiqué, diffusé ce dimanche, le Syndicat des infirmiers à domicile résume ce qui attend la population à partir de ce lundi:
«1/ On termine les soins en cours.
2/ On ne prend plus de nouveaux patients.
3/ On ferme les rideaux de nos cabinets.
4/ Arrêt des soins généraux.»

Communiqué du Siad, Syndicat des infirmiers à domicile



Pourquoi cette grève des cliniques privées?
Pour rappel, le collectif Île Nou-Magnin réclame une revalorisation des tarifs d’hospitalisation des cliniques privées en vue de l’ouverture du nouvel établissement à Nouville. Or, pour le gouvernement, aucune mesure ne sera prise tant que l’expert-médiateur nommé n’a pas analysé toutes les hypothèses financières.
Ce week-end, des membres du collectif sont allés à la rencontre de la population pour expliquer leur mouvement, au marché de Ducos, à celui de la Moselle ou par tractage.