Ce qu'on peut retenir du passage de la dépression tropicale Fili

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La dépression tropicale faible ex-Fili, à midi vendredi 8 avril
La dépression tropicale faible ex-Fili, à midi vendredi 8 avril. ©Météo France Nouvelle-Calédonie
Alors que Belep était en alerte 2 depuis mardi 5 avril au soir, la dépression tropicale forte Fili est passée au large de la côte Ouest, jeudi. Les pluies ont été abondantes sur l'ensemble de la Grande terre et, la veille, des tornades ont eu lieu, à Lifou. Le phénomène s'éloignant, l'ensemble des alertes a été levé, à 16 heures.

L'activité a repris, dès jeudi 7 avril, dans l'après-midi. Après d'importantes précipitations qui ont largement perturbé la circulation sur les axes routiers, ainsi que les réseaux d'eau et d'électricité, les Calédoniens espèrent que Fili aura été la dernière dépression tropicale de la saison cyclonique.

Fili à 330 km au sud-ouest de Nouméa

Redevenue une dépression tropicale faible, Fili se trouvait à 330 km au sud sud-ouest de Nouméa, à 11 heures, vendredi. Elle se déplaçait à 20 km/h sur un axe sud-est. Sa pression est remontée à 990 hPa en son centre, où des vents de 60 km/h et des rafales à 90 km/h sont générés. Elle provoquera encore des creux de 2 à 3 mètres, jusqu'à samedi, sur la pointe Sud-Est et au large de l'île des Pins et des rafales de vent de nord-ouest à 70 km/ h.

Des précipitations qualifiées "d'exceptionnelles"

Depuis le début de l’épisode, Météo France Nouvelle-Calédonie a relevé 423 mm de pluie à Méa, 400 mm à Ouégoa, 260 mm à Koumac, 240 mm à Poum, Gomen et 230 mm à Voh. Les précipitations ont été "exceptionnelles" sur le Nord, avec 250 à 300 mm en moyenne, sur les reliefs et l'extrême Nord, avec 350 à 400 mm. Heureusement, ce vendredi, les pluies s'estompent dans l'ensemble du pays, malgré quelques averses sur le Sud-Ouest et sur le Nord.

Nera crue Bourail rivière Fili
Le niveau d'eau de la Nera est particulièrement haut suite aux nombreuses précipitations de ces dernières 48 heures. ©Mairie de Bourail

Une arrivée par l'extrême Nord

Après que 22 communes ont été placées en alerte jaune fortes pluies et averses, l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie a été placé en pré-alerte, lundi, à 18 heures. Mardi, les habitants, à commencer par ceux de Belep, se sont préparés à l'arrivée par le Nord-Ouest d'une dépression tropicale, baptisée Fili lorsque celle-ci a atteint le stade de "modérée", qui s'était formée sur le Vanuatu.

Route de Paop, ce jeudi matin. ©Linda Atchêe

L'archipel de Belep a été placé en alerte 2 mercredi, à 21 heures, puis ce fut au tour de Poum, Ouégoa, Pouébo, Koumac et Kaala-Gomen de passer en alerte 1, à 23 heures. L'alerte 2 a suivi, mercredi, à 9 heures, mercredi matin, pour l'extrême Nord. La dépression, progressant sur une trajectoire sud-est, a menacé de devenir un cyclone, l'alerte 1 a été déclenchée, à 18 heures mercredi, sur les 11 autres communes de la province Nord.

Une progression au large de la côte Ouest

Fili est passée au plus près de Belep, mercredi en fin de journée, puis à 85 km de Koumac, dans la nuit de mercredi à jeudi. Sa pression la plus basse a été mesurée à 977 hPa. Tandis que l'ensemble de la province Nord a été placé en alerte 2, jeudi à 6 heures, la dépression tropicale forte est passée le long de la côte Ouest, élargissant progressivement sa trajectoire vers le Sud. L'alerte 2 a été levée à midi, jeudi, dans le Nord, puis l'ensemble des alertes ont été levées à 16 heures, le phénomène s'éloignant à 200 km du sud-ouest de l'agglomération nouméenne.

Kouaoua, tôt ce jeudi matin. ©Henri Ponga

Des rafales jusqu'à 120 km/h, des tornades à Lifou

Alors qu'au plus fort de son intensité, Fili a généré des rafales de l'ordre de 140 km/h, des rafales de 120 km/h ont été enregistrées sur l'île Surprise, petit îlot de sable corallien des récifs d'Entrecasteaux, et à Poingam. Des pointes à 110 km/h ont été relevées, à Koumac. Dans les vallées de la côte Ouest, le vent a soufflé en rafales à 80 à 100 km/h. Plus insolite, une tornade a eu lieu, mercredi, en début d'après-midi, en baie de Chateaubriand, à Lifou. Des bâtiments ont été touchés à la tribu de Qanono. Dans la soirée suivante, des trombes se sont également abattues sur Jozip et Hmeleck.

A la tribu de Qanono, les toitures de plusieurs bâtiments ont été soufflées par le passage de la trombe. ©Charles Taua

Des nombreuses routes coupées et des champs inondés

Les conséquences sont multiples. Alors que les communes de province Nord ont, une à une, ouvert des centres d'hébergement d'urgence pour accueillir les populations les plus vulnérables, de nombreux axes de communication ont été coupés par la montée des eaux, sur la côte Ouest, les crues étant nombreuses. Des éboulements se sont produits, sur la côte Est, ainsi que sur les routes transversales.

Affaissement de la chaussée dans le Col des roussettes. ©Burhaï Doro

Le réseau Raï a annulé tous ses bus, jeudi, et des perturbations se font encore sentir, ce vendredi. Pour les agriculteurs, l'hécatombe continue. Les dégâts sont considérables, de très nombreux champs ont été inondés. Après la dépression Ruby, les 13 et 14 décembre, les pluies du 3 au 7 janvier et la dépression tropicale forte Dovi, du 9 au 11 février, la série noire continue. Les cumuls de pluies dépassent de + 200% les normales mensuelles, en avril. "Avec un excédent de pluie de +56% entre décembre et mars, la dépression Fili survient sur un sol déjà gorgé d'eau", note Météo-France Nouvelle-Calédonie.

Retrouvez, ci-dessous, le reportage de Gilbert Assawa et Nathan Poaouteta, sur la zone Voh, Koné, Pouembout :

©nouvellecaledonie

Des réseaux endommagés

Depuis la phase de sauvegarde, les services techniques des collectivités, de l'OPT et les producteurs et distributeurs d'électricité sont sur le terrain, pour permettre un retour à la normale. Les réseaux d'eau et d'électricité ont aussi été endommagés. EEC a annoncé, à 13h55 vendredi, avoir réalimenté l'ensemble de ses concessions de Kaala-Gomen, Koumac, Canala, Thio, Bourail, Lifou, Dumbéa, le Mont-Dore et Nouméa. A 11 heures, Enercal informait avoir encore 1 651 foyers privés d'électricité à Hienghène, Touho, Houaïlou, Poindimié et Ponérihouen.

Concernant l'état des infrastructures, l'estimation des dégâts se poursuit. A l'heure où nous publions ces lignes, aucune victime n'est à déplorer.

Retrouvez ci-dessous, le reportage de Brigitte Whaap et Nicolas Fasquel, à La Foa et à Bourail :

©nouvellecaledonie