Challenger Noumea : Harold Mayot, l'espoir qui décoiffe

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Harold Mayot, 17 ans, signe une deuxième victoire de suite pour son premier Challenger
Harold Mayot, 17 ans, signe une deuxième victoire de suite pour son premier Challenger ©Gael Detcheverry
La fédération française espère le voir jouer Roland-Garros d'ici trois ans, et les Jeux Olympiques 2024. Des ambitions en rapport avec le niveau de performance affiché par le 3e mondial junior au Ouen Toro. Hier, il a sorti un ancien 55e mondial au deuxième tour. 

Profil particulier


Il n'est pas fréquent de voir un joueur de 17 ans, et d’1 mètre 78, dominer autant par son service. Quand il ne termine pas sur un ace ou un service gagnant, l’échange éventuel ne dure pas longtemps. Le faire contre des joueurs du même âge peut être normal. Le rééditer face à l’Argentin Bagnis, de 12 ans son aîné, et 135e mondial à l'ATP, c’est autre chose :
 

" Je suis content de ma qualité de première balle et de service. Je m'appuie à fond dessus parce que c'est une arme dans mon jeu. J'espère que cela va continuer dans le tournoi. J'ai grandi en voyant un petit peu les matchs de Bagnis. Il avait même fait un deuxième tour contre mon idole, Rafael Nadal, à Roland-Garros. J'avais vu le match. Donc c'était dur de le voir en face de moi, mais bon, maintenant je suis là pour battre ce genre de joueur "

 
Le service, une arme de choix pour le n°3 mondial junior.
Le service, une arme de choix pour le n°3 mondial junior. ©M.C

Dès le premier set, il montre des signes d'énervement à seulement 2-2, alors qu'il est parfaitement rentré dans son match. Il peut ensuite mener 4-3 face à un adversaire qui le devance de plus de 500 places à l'ATP. Ses deux passings en revers échouent dans le filet. Il jette sa raquette au sol. Bagnis enchaîne trois jeux d’affilée et prend le premier set 6-3.
 

" J'ai deux balles de break assez simples que je manque. C'était dur. Le fait de m'être énervé à ce moment-là, c'est sûrement ce qui m'a coûté le set. Après, j'ai retrouvé mon calme. Et sur mon service, je crois que je n'ai pas concédé le moindre jeu sur les deux sets suivants "


Très juste. Le Messin breake l’Argentin à 3-1 dans le deuxième set. Il hurle « vamos » et ne tremble plus. Avec une gestion très mature de son avance, il s'impose 6-3, 6-3 dans les deux dernières manches. Pas étonnant que l’ancien professionel Thierry Tulasne entraîne ce talent depuis un an et demi. Lui qui a emmené Gilles Simon à la 6e place mondiale, et coaché Sébastien Grosjean ou encore Richard Gasquet, est le plus à même de juger du potentiel d’Harold Mayot :
 

" C'est assez précoce pour jouer sur le grand circuit ATP, mais il a de l'avance. Cette avance-là, il faut en profiter parce que c'est ce genre de profil qui arrive souvent dans leur carrière à gagner de grands tournois. Sur le circuit professionnel, il le voit, dès qu'il a une baisse, c'est deux ou trois jeux et le set qui s'échappent. Comme il a très envie de réussir, qu'il est très ambitieux, il m'écoute. Il sait que le travail du mental sera le truc qui le fera aller vite dans sa progression "

 
Debriefing du match pendant la séance de soins entre Mayot et son entraîneur Thierry Tulasne.
Debriefing du match pendant la séance de soins entre Mayot et son entraîneur Thierry Tulasne. ©G.Detcheverry

Coach de renom pour gros potentiel


Tulasne est un ancien champion du monde junior, ex-numéro 10 mondial sur le circuit professionnel. Joueur de Coupe Davis, il est devenu l'entraîneur de l'équipe de France qu'il a mené au titre en 2001. Son regard sur le monde professionnel et sur les qualités nécessaires pour réussir est précieux. Harold Mayot peut en profiter :
 

" Pour réussir il faut être très fort physiquement. Harold commence par les tournois Challengers, il va jouer des Grands Chelem rapidement. Il affrontera des joueurs qui sont de vrais athlètes. Il lui faut donc se bâtir un physique d'athlète, robuste, complet, dès maintenant. Cela l'aidera à faire des saisons complètes, de jouer toute la saison sans se blesser, et de prendre part à 15 ou 20 tournois de suite.

Les qualités mentales sont aussi nécessaires. Plein de professionnels jouent très bien au tennis, mais très peu arrivent à maîtriser leurs émotions pour être dans l'instant, arriver à être concentré, gagner les points importants. Il y a des statistiques incroyables. Federer a perdu 49% des points dans sa carrière. Il en gagné 51%. Et il a remporté tous les Grands Chelem qu'on connaît. Ca veut dire que les matchs se jouent sur peu de points. Donc se bâtir un mental, c'est un travail, un entraînement aussi ".


Après Nouméa, l'objectif sera de participer à l'Open d'Australie junior et d'être champion du monde de la catégorie en jouant bien dans les Grands Chelem réservés aux joueurs de son âge. L'autre objectif sera de monter au classement ATP via les Challengers, ou les Futures si la progression prend plus de temps. 
 

" Il va mixer son calendrier avec des tournois des trois divisions, mais on a la chance en France d'avoir des compétitions de pointe : Roland-Garros et un Masters 1000 à Bercy. Il aura des possibilités d'invitations suivant son niveau de jeu. Il va falloir qu'il le mérite. Là, il a battu un très bon joueur. ca nous permet de penser qu'on peut lui donner sa chance dans un grand tournoi très prochainement "

 
" Le plus dur pour moi, c'est de garder mon calme " concède l'espoir tricolore.
" Le plus dur pour moi, c'est de garder mon calme " concède l'espoir tricolore. ©G.Detcheverry

Ce jeudi en 8e de finale du Challenger ATP de Nouméa, le 686e mondial affrontera à 11 heures l’Italien Marcora, 30 ans, et 177e mondial. Une affiche à ne pas manquer. 
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