Christophe Sand, archéologue : "Le bagne calédonien, ce n'est pas que les prisons"

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Visite dans les bâtiments cellulaires des aliénés, vestiges du bagne calédonien à Nouville.
Visite dans les bâtiments cellulaires des aliénés, vestiges du bagne calédonien à Nouville. ©NC la 1ere
Classer des sites du bagne au patrimoine mondial de l'Unesco : le rêve devenu réalité depuis une dizaine d'années en Australie est aussi porté en Nouvelle-Calédonie. Reste à transformer le projet en solide dossier.

Port-Arthur, la prison de Freemantle, Hyde park barracks ou Cockatoo island. En Australie, onze sites historiques figurent au patrimoine mondial pour leur lien avec le bagne. Ces inscriptions sur la prestigieuse liste datent de 2010 et elles n'ont pas manqué de susciter la comparaison sur une autre terre au lourd passé pénitentiaire : pourquoi ne pas faire de même en Nouvelle-Calédonie ? 

Conférence

Le sujet se discute depuis une bonne décennie. Reste à transformer l'idée en véritable dossier qui serait soumis à l'Unesco. C'était tout le propos d'une conférence proposée jeudi 8 juillet à Nouville, au musée du bagne, par Christophe Sand. L'archéologue calédonien préside Icomos Pacifika, l'antenne régionale du Conseil international des monuments et des sites.


Définir une valeur universelle exceptionnelle

Invité du journal télévisé dimanche 11 juillet, il a évoqué les étapes qui permettraient de défendre un tel titre. "On n’a pas la solution maintenant mais pour justifier d’un classement, il faut définir une valeur universelle exceptionnelle. C’est ça qui est le cœur d’un dossier soumis à l’Unesco", a détaillé Christophe Sand.

"La Nouvelle-Calédonie a un certain nombre d’atouts mais l’atout principal, c’est probablement que, contrairement à d’autres régions où il y a eu des bagnes, il a considéré tout le monde, directement ou indirectement. Le bagne, formule-t-il, est la racine involontaire, quelque part, de notre futur destin commun parce que toute les communautés ont été, de près ou de loin influencées." 

Que ce soit les Kanak, les colons libres, la main d’œuvre asiatique qui est venue ensuite pour remplacer les bagnards : on peut finalement faire de ce projet un projet qui ressemble à la Calédonie d’aujourd’hui et du coup sera unique au monde.

Christophe Sand, archéologue

 

Inventaire

Un bagne calédonien qui ne se limite pas aux prisons. D'ailleurs, les sites australiens inscrits au patrimoine mondial incluent une route, une mine, des concessions rurales. "Il y a un nombre énorme de sites potentiels", estime Christophe Sand. "La première chose urgente à faire aujourd’hui est de démarrer au niveau du pays un inventaire le plus complet possible et à partir de cet inventaire, réussir à choisir les sites les plus significatifs."

Besoin de porte-paroles

Une fois le dossier sur les rails, il faudra encore le défendre, pour permettre au Caillou de viser le prestige et les retombées économiques d'un tel classement. "Tout projet de patrimoine mondial est une question de lobbying", pose Christophe Sand. "Pour un projet aussi lourd que le patrimoine mondial, il faut des porteurs d’étendard et ça doit être quelques-uns de nos hommes politiques."

Son entretien avec Nadine Goapana :