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Le cours du nickel offre un sursis à Eramet mais la question de l’avenir de la SLN est de nouveau posée

À Londres en ce début de semaine, les cours du nickel ont atteint le seuil des 13.000 dollars la tonne. Mais à Paris, des experts s'inquiètent des pertes récurrentes enregistrées par la SLN. Un plan de sauvetage est encore possible veut croire l'analyste AlphaValue. 

Transport du minerai de nickel dans l'usine de nickel SLN de Doniambo en Nouvelle-Calédonie © Alain Jeannin
© Alain Jeannin Transport du minerai de nickel dans l'usine de nickel SLN de Doniambo en Nouvelle-Calédonie
  • Par Alain Jeannin
  • Publié le , mis à jour le
Le marché des métaux de Shanghai (SHFE) a ouvert la semaine en hausse. Il est vrai que 483.000 contrats électroniques de nickel ont été négociés la semaine passée, le niveau le plus élevé depuis le 4 janvier en Chine. De son côté, le principal marché des métaux, celui de Londres (LME), a enregistré une nouvelle baisse des stocks sous mandats dans ses entrepôts. "Les niveaux sont les plus bas observés depuis 2013 avec seulement 128.300 tonnes" précise le négociant londonien Marex Spectron qui envisage désormais "une cible pour les prix du nickel autour de 13.610 dollars la tonne" (6,17 dollars par livre.) A quelques jours de la date butoir du 1er mars, les marchés financiers ont réagi favorablement à la décision de Donald Trump de repousser la hausse des droits de douane sur plus de 200 milliards de dollars d’exportation chinoises. Et parmi elles, sur les bobines d'acier inoxydable au nickel. La perspective d’un sommet avec le président chinois pour sceller un éventuel accord est relancée.
 

Eramet panse ses plaies

L’optimisme domine dans les échanges et les achats de matières premières. Le nickel a retrouvé son cours du 6 février dernier. Ainsi, la demande et la baisse continue des stocks de métal ont permis, ce lundi, une progression des principales sociétés industrielles et minières du secteur. Eramet, qui a subi une véritable hémorragie boursière avec près de 20 % de perte en fin de semaine dernière, a regagné du terrain. Ce lundi à Paris, le titre du groupe français a progressé de 6,69 %, dans le sillage de la bonne tenue du nickel à la bourse des métaux de Londres (LME) et d’un mouvement spéculatif optimiste, après la très forte baisse enregistrée jeudi et vendredi dernier. Pour autant, c’est bien la situation de la filiale calédonienne du nickel qui inquiète les investisseurs. Les performances de la SLN se sont dégradées en 2018. Si la hausse des cours du métal a permis de réduire les pertes à 111 millions d’euros contre 125 millions en 2017, la production de ferronickel pour l’acier inoxydable a chuté à 54.300 tonnes de nickel contenu en 2018 contre 56.800 tonnes en 2017. L’abaissement du cash-cost à 4,5 dollars la livre n’a pas été atteint avec un coût de production de 5,8 dollars en 2018.

"Sur huit tonnes de minerai extraites de nos mines, une seule a la teneur en nickel nécessaire pour être traitée à l’usine de Doniambo. En exportant les quatre qui ont une valeur sur le marché international, nous pourrions valoriser beaucoup mieux notre domaine minier (…) on ne peut pas avoir une crise de trésorerie tous les cinq ans, il faut bâtir un modèle robuste pour le moyen-long terme. Nous avons ce plan, la voie est étroite (...) mais nous avons un plan crédible (…) Encore faut-il que la SLN soit vivante d’ici là" 

Cristel Bories PDG d'Eramet citée par Les Echos et l'Usine Nouvelle après la présentation des résultats annuels d’Eramet à Paris jeudi 21 février.

Sauver la SLN ? Le doute revient

Pour la PDG du groupe métallurgique et minier français, le plan de sauvetage de la SLN est fondamental. Si rien n’est fait, la filiale calédonienne du nickel risque la faillite l’an prochain. Sauver ou fermer la SLN ? La question n’est plus taboue pour le quotidien l’Usine Nouvelle. Le groupe minier et métallurgique ne veut pas envisager cette dernière hypothèse, en tout cas officiellement. Il fait valoir dans un communiqué que ce plan pour la Société Le Nickel (SLN) nécessitait "l'implication de toutes les parties prenantes sur les premiers mois de 2019, dans un calendrier serré". Oddo-BHF, un analyste financier franco-allemand, a exprimé des doutes. Une situation d'autant plus sensible car le temps presse, l’Indonésie a lancé la construction de nouvelles usines de nickel à bas coût.

De son côté, Fabrice Farigoule analyste du bureau de recherche indépendant AlphaValue à Paris, a estimé, lundi matin, que la PDG d'Eramet a eu les mots justes : "Cristel Bories a été claire, elle demande que chacun assume ses responsabilités et qu’on lui accorde les moyens de sauver la SLN." Autant de défis qui nécessitent un consensus difficile à trouver en Nouvelle-Calédonie. Celui du rééquilibrage des activités métallurgiques et minières, de l’augmentation des exportations de minerai de nickel à basse teneur, et enfin de la renégociation du coût de l’énergie.  "Cristel Bories dispose d'un créneau étroit mais jouable. Cependant, elle doit tout envisager car la SLN c’est un caillou qui fait mal dans la chaussure d’Eramet" conclut fabrice Farigoule. Une nouvelle fois, ce sont les bons résultats de la filiale gabonaise Comilog qui ont permis de compenser les pertes récurrentes de la SLN. Le manganèse à sauver le nickel, mais l'objectif d'Eramet c'est que la production calédonienne redevienne profitable.


 

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