Dans le Pacifique, une entreprise canadienne en quête de matières premières sous la mer

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NODULES
Navire d'exploitation et d'extraction des nodules polymétalliques. ©Deep Green/The Metals Company

The Metals Company entend approvisionner la chaîne des batteries électriques avec des métaux océaniques. La société canadienne annonce avoir des droits d’exploitation pour les nodules polymétalliques, en accord avec Nauru, Kiribati et le royaume de Tonga.

Des "ressources propres", sur des fonds marins, à 9 000 kilomètres au nord-est de la Nouvelle-Calédonie. L'exploitation des nodules polymétalliques est sérieusement envisagée par une entreprise canadienne qui entend ainsi "protéger la planète". Vancouver, le grand port canadien du Pacifique, est le siège de The Metals Company (la compagnie des métaux). Il servirait de base logistique à l'exploitation de mines sous-marines situées dans une zone connue pour ses richesses en métaux océaniques, 4 500 kilomètres au Sud. 

Nickel & cuivre

La zone Clarion-Clipperton (Clarion-Clipperton Zone – CCZ) est une zone géologique sous-marine qui se situe dans le nord-est du Pacifique, entre l’archipel d’Hawaï et la côte ouest du Mexique. Elle représente une surface de 9 millions de km2, dans laquelle le poids des nodules atteindrait 34 milliards de tonnes, dont environ 340 millions de tonnes de nickel, et 275 millions de tonnes de cuivre, a indiqué l'Ifremer.

Contexte

La course aux métaux stratégiques est lancée car "la voiture électrique a gagné la partie" a annoncé le PDG du groupe Volkswagen. Et il faut plusieurs dizaines de kilos de métaux par voiture, à multiplier par les millions de véhicules qui vont être construits.

Alors, pourquoi ne pas aller chercher ces métaux concentrés au fonds des océans ? C’est en tout cas le projet qui se veut responsable et durable... L’exploitation des nodules polymétalliques est de retour...

NODULES
©The Metals Company

Genèse 

The Metals Company (anciennement DeepGreen), est une entreprise qui développe la production de métaux à haute teneur pour l'industrie des batteries des véhicules électriques (VE). Elle a annoncé avoir rejoint deux des principales alliances industrielles de l'Union européenne - l'European Raw Materials Alliance (ERMA) et l'European Battery Alliance (EBA) - alors que le bloc fait progresser ses plans de devenir un leader mondial de la production durable de batteries nécessaires au stockage de l'énergie propre et à l'alimentation des véhicules électriques (VE).

En tant que membre de ces alliances industrielles, The Metals Company, a annoncé en mars son intention d'aller en bourse, à New-York, via une fusion avec Sustainable Opportunities Acquisition Corporation (NYSE : SOAC).

La société met sur la table une nouvelle source extensible de métaux de batterie sous la forme de nodules polymétalliques reposant sur les grands fonds marins de l'Océan Pacifique, ce qui pourrait l'aider à exécuter son mandat visant à offrir un approvisionnement diversifié, fiable et responsable en minéraux critiques nécessaires aux technologies à faible intensité carbonique.

The Metals Company et l'exploitation des nodules polymétalliques ©The Metals Company

Dans le cadre de son Green Deal, l'Union européenne s'est engagée à devenir le premier continent à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 et elle investit massivement dans l'électrification afin de parvenir à une réduction de 90 % de ses émissions liées aux transports. Les batteries joueront un rôle essentiel dans cette transition et Volkswagen, le plus important constructeur automobile en Europe, a récemment pris l'engagement de construire pour 240 Gwh de capacité totale de batteries dans six usines géantes d'ici 2030.

Mais des approvisionnements insuffisants en minéraux critiques, comme le nickel, le cobalt, le cuivre ou le manganèse, pourraient encore compromettre un renforcement des actions en faveur du climat, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

La diminution des découvertes de nouveaux dépôts métalliques signifie que des pénuries de métaux clés tels que le nickel et le cuivre pourraient se produire à partir de 2024-2025.

Simultanément, la hausse des prix des matières premières risque de saper les efforts des fabricants de VE visant à réduire le coût des batteries pour VE nécessaires pour une adoption massive.

"Nous sommes ravis de rejoindre à la fois l'ERMA et l'EBA à un moment crucial de l'électrification à grande échelle des transports en Europe ", a déclaré Gerard Barron, président et directeur général de The Metals Company.

L'approvisionnement en métaux de batterie est le plus grand obstacle auquel est confrontée la transition vers une énergie propre et, alors que les appels pour une diversification de la chaîne d'approvisionnement se font plus pressants, "nous nous réjouissons à l'idée d'amener notre source abondante et à bas coût aux portes de l'Europe, qui pourrait permettre d'électrifier chaque voiture sur les routes européennes avec une fraction des impacts en matière éthique, sociale et de gouvernance (ESG). "

Tout comme l'extraction des combustibles fossiles, l'extraction de métaux conventionnelle fait peser un coût élevé sur les populations et la planète, conduisant à une déforestation importante dans certaines régions avec un risque pour la biodiversité sur la planète. Cette opinion est mise en avant, mais c'est aussi son intérêt, par la société minière de Vancouver.

Nodules polymétalliques

Les nodules polymétalliques, en revanche, contiennent des teneurs élevées de quatre métaux clés dans un minerai unique et, reposant sur les fonds marins, "ils peuvent être collectés sans forage ni dynamitage. Sans doses toxiques d'éléments lourds", The Metals Company est en mesure de s'approvisionner en métaux de batterie à partir de nodules en ne générant aucun déchet solide ni résidu toxique, et en produisant jusqu'à 90 % d'émissions de carbone en moins.

Ne nécessitant pas d'infrastructure minière fixe, les nodules peuvent être expédiés n'importe où dans le monde à des fins de traitement et offrent le plus important gisement connu de métaux pour batteries sur la planète, qu'il est possible d'utiliser pour renforcer l'approvisionnement national de minéraux critiques et soutenir les ambitions de l'Europe de devenir un leader mondial de la production durable de batteries.

Pacifique 

The Metals Company bénéficie d'un accès exclusif à trois zones d'exploration parrainées par des États du Pacifique, contenant des ressources suffisantes pour fabriquer 280 millions de batteries pour VE.

La société, par l'intermédiaire de ses filiales, détient les droits d'exploration et commerciaux pour trois zones contractuelles de nodules polymétalliques dans la zone de Clarion Clipperton dans l'Océan Pacifique, parrainées par les gouvernements de Nauru, de Kiribati et du Royaume de Tonga et réglementées par l'Autorité internationale des fonds marins, rappelle l'AFP. 

Les nodules polymétalliques se trouvent au fond des océans, dans les profondeurs dites "abyssales", entre 4000 et 5000 mètres de profondeur. "Ce sont des sortes de gros galets qui agrègent les minerais présents dans l’eau", a expliqué Lénaïck Menot, chercheur au Laboratoire Environnement Profond du Centre Ifremer Bretagne.

Plus tôt ce mois-ci, The Metals Company a annoncé avoir conclu un accord de regroupement d'entreprises avec Sustainable Opportunities Acquisition Corporation (SOAC) en vue d'accélérer le développement des projets dans le Pacifique.

Metals Company

Dans le cadre de son objectif de devenir un fournisseur majeur de métaux sur le continent, des sites potentiels pour construire jusqu'à trois usines de transformation - alimentées en énergies renouvelables - sont actuellement à l'étude.

Les deux alliances industrielles joueront un rôle clé dans le développement d'une industrie nationale du recyclage des batteries. Mais un manque de matériau disponible implique que d'importantes quantités de nouveau métal seront nécessaires et, comme cela est mentionné dans le dernier rapport de l'AIE, même si l'on parvient à augmenter significativement le recyclage des batteries usagées, la demande serait réduite de seulement 10 %.

The Metals Company "voit les nodules des fonds marins comme un moyen de réduire la facture écologique de la production de métaux conventionnelle", tout en constituant un stock mondial et une économie circulaire pour les métaux afin de réduire considérablement - et éventuellement éliminer - le besoin de les prendre à la planète, conformément au Plan d'action pour l'économie circulaire du bloc. La présentation des objectifs n’a pas encore entrainé de réaction de la part des organisations de protection de l’environnement.

À propos de The Metals Company

The Metals Company Inc. est une entreprise canadienne de Vancouver qui développe des métaux pour batteries à faible impact à partir de nodules polymétalliques des fonds marins, poursuivant, selon elle, une double mission : fournir des métaux pour la transition vers une énergie propre avec le plus faible impact environnemental et social possible et accélérer la transition vers une économie circulaire pour les métaux (Source AFP).