Drehu Athletico Club : le football communal à Lifou

sportncla1ère
Le Drehu Athletico évolue en jaune et bleu, les couleurs de la mairie de Lifou.
Le Drehu Athletico évolue en jaune et bleu, les couleurs de la mairie de Lifou. ©Christian Favennec
Alors que la plupart des clubs basés sur l'île représentent une ou deux tribus, le DAC veut fédérer les joueurs et joueuses de l'ensemble de Drehu. Une petite révolution qu'expliquent dirigeants et éducateurs du club.

Ramener le football de Lifou au sommet


Ils lancent un club avec l’espoir de revivre les grands succès qu’ils ont, pour certains, eux-mêmes connu. Sur un banc, non loin de la mairie, ces acteurs du Drehu Athletico Club remontent le temps. Cette heureuse période 1988 - 1999. Côte à côte, ils s'échangent des photos et coupures de presse de la grande époque de l'AS Wé-Luecilla et de la JS Traput. " 1989, c'est notre première Coupe, contre la grande équipe de Saint-Louis. Il y avait pas moins de 9 internationaux dans leur effectif. On gagne 1-0, glisse l'ancien n°10, Ferrand Waneissi. Celui qui a fait le bonheur de l'AS Venus et obtenu des stages aux Girondins de Bordeaux ou encore au SCO d'Angers, était une pièce maîtresse de Wé-Luecilla. Le buteur de l'époque, Léon Waitronyie, enchaîne. " Il y a ce penalty loupé par Valentin Coulon, et après notre libéro Edouard Waitronyie marque ". Les Rouges raflaient tout sur leur passage : deux titres territoriaux en 1988-1989 et 1991-1992, et une mini-ligue entre champions régionaux acquise en 1993. En sus, deux Coupes de Calédonie, 1-0 contre Saint-Louis en 1988, puis 3-0 face à l’AS Kunié, quatre ans plus tard. 
 
Leopold Ilengo (à droite) montre les archives de Traput à Ferrand Waneissi (en jaune) et Léon Waitronyie.
Leopold Ilengo (à droite) montre les archives de Traput à Ferrand Waneissi (en jaune) et Léon Waitronyie. ©C. Favennec
Léopold Ilengo, clichés de la JS Traput en main, prend le relais.
" Là, c'est notre premier trophée en Coupe de Calédonie, en 1998 contre l'As Nékoué de Houaïlou. C'était un peu la bande à Patrice et Alain Mandaoué. Et cette photo, c'était contre Armentières en Coupe de France. La première participation était contre Istres, et on a aussi joué La Roche-sur-Yon"
Deux équipes phares de Lifou, dont les glorieux anciens sont aujourd'hui investis dans une nouvelle mission.
 

Le DAC, un projet communal


Un peu plus de vingt ans après, une autre histoire commence : l'aventure du Drehu Athletico Club. Il se présente comme communal sur une terre Drehu parsemée d’équipes de tribus. En promotion honneur, on compte Qanono, Kirikitr, Ponoz, Bethel, ou encore Trio Kedeigne. En Super Ligue, le SC Ne Drehu représente Luengoni et Hnaeu. Mais un club qui tente de rassembler tout le monde ? Cela n'existe pas encore, et c'est toute l'ambition du DAC. Il s'appuie sur des acteurs du district de Wetr, issus de l'AS Luecilla et de l'Entente Sportive de Wetr futsal comme Dominique Taïne, et des hommes du district de Lössi, comme Joseph Hmaen ancien entraîneur de Traput. 
" On n'est pas là pour tuer les petits clubs de tribus. On veut tirer le football de l'île vers le haut, prendre en main la population qui reste sur Lifou. Aujourd'hui, dans le Wetr, il n'y a qu'une seule équipe : la JS Xepenehe. Les jeunes de Hnacaom, Nang, Kumo, Easo, Hnathalo, ils n'ont pas de clubs. C'est dans ses tribus qu'on est allé chercher des joueurs pour notre équipe sénior en PH. On veut ouvrir le club à tout le monde. Il faut se regrouper pour répondre aux obligations imposées aux clubs " analyse Dominique Taïne, en charge de la communication. 
 
Dominique Taïne, responsable communication du DAC
Dominique Taïne, responsable communication du DAC ©C.F


" En restant tribal, on ne va pas y arriver "


Pour accéder à la première division du football calédonien, la Super Ligue, et participer à la plus grande compétition régionale, la ligue des champions d'Océanie, la fédération calédonienne exige que ses clubs remplissent un grand nombre de critères. Leon Waitronyie, qui a coaché Qanono et accompagne le SC Ne Drehu, connaît la réalité des clubs de Lifou. Pour lui, "en restant tribal, on ne va pas arriver à remplir les obligations ".
Il prône une structuration pour durer dans le temps au plus haut niveau, en évitant les pénalités et les phénomènes d'ascenseur entre les divisions. 
 
Leon Waitronyie dirige l'entraînement des seniors du Drehu Athletico
Leon Waitronyie dirige l'entraînement des seniors du Drehu Athletico ©C.F
 

" Aujourd'hui, au niveau des éducateurs, on demande des entraîneurs diplômés. Déjà qu'il n'y a pas masse à l'échelle du territoire, c'est encore moins au niveau des tribus. Idem pour les arbitres (...) sur le plan sportif, les cadres techniques de la fédération ont lancé cette année un championnat fédéral pour les moins de 18 ans, et celui des moins de 15 ans est à venir. Ils veulent faire jouer davantage les jeunes et hisser le niveau. On doit donc se structurer au niveau des clubs, mais aussi dans notre centre provincial, pour être mieux lottis dans ces championnats "

Léon Waitronyie, éducateur du Drehu Athletico Club


Lieu de rencontre et d'insertion sociale


Si le football calédonien est amateur, les choses peuvent devenir plus sérieuses lorsqu'on accède au plus haut niveau dans le Pacifique. Hienghène a vécu le Mondial des clubs de la FIFA au Qatar l'an passé en remportant la ligue des champions d'Océanie. Ce genre de qualification engendre des rentrées d'argent non négligeables, et un tour passé dans la compétition augmente encore les retombées possibles. Pour Dominique Taïne, un club communal comme le Drehu Athletico Club peut aussi servir de tremplin social.
 

" On veut que ce soit un partenariat gagnant-gagnant. Le jeune s'intègre par le biais du football. Nous, on veut aider ceux qui sont intéressés à trouver des formations, on accompagne les porteurs de projets d'entreprise. Et pourquoi pas - en fonction du partenariat avec la commune - voir si il peut y avoir des opportunités professionnelles pour retenir les joueurs sur l'ile "  

Dominique Taïne, responsable communication du DAC


A l'heure actuelle, dans l’effectif senior en Promotion Honneur Iles, les joueurs viennent de Kumo, Nang, Xépénehé, ou encore Easo. Eric Nyipie, originaire Hnacaom, est le stoppeur du DAC :
" Dans ma tribu, il n'y a pas d'équipe. J'ai un peu joué à l'AS Wetr avant d'être choisi capitaine ici. C'est un honneur. Un club communal, ca permet de se faire rencontrer des jeunes du Nord et du Sud, de se retrouver à l'entraînement et d'apprendre à mieux se connaître ".
Son club veut aussi rassembler en futsal. Les dirigeants ont signé des conventions de créations d'une section spécifique au Lycée des Îles et au collège de Hnaizianu.
 
REPORTAGE VIDEO (images : C.Favennec / montage : B.De Los Santos / mixage : C. Toma)
©nouvellecaledonie
Les Outre-mer en continu
Accéder au live