Entre politique et crise sanitaire, Sébastien Lecornu entre dans le vif du sujet

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Sébastien Lecornu
©Mathieu Ruiz Barraud
Au 2ème jour de sa visite officielle, le ministre des Outre-mer s’est entretenu avec le comité des sages et le gouvernement. Au menu, quelques sujets incontournables, comme l'avenir institutionnel du Caillou ou encore le prêt garanti par l’Etat pour faire face à la crise du Covid-19.  
 
Passage obligé pour tout ministre en visite sur le Caillou, Sébastien Lecornu s’est rendu au gouvernement, en tout début de soirée, ce dimanche.
Le ministre a été reçu par le président Thierry Santa, avant de se rendre dans la salle des délibérations, où l’attendaient les autres membres du gouvernement collégial. 
Lecornu gouvernement
©Charlotte Mannevy

Référendum et Covid-19 

Même si cette rencontre se voulait essentiellement protocolaire, les sujets de discussions n’ont pas manqué pas entre le gouvernement local et le gouvernement national qui ont échangé pendant plus d'une heure.
Il a été question de l’avenir institutionnel bien sûr, mais aussi de la crise sanitaire. Pour mémoire, le partage des compétences lors du confinement, en mars, avait suscité des interrogations sur la répartition des responsabilités, sanitaires d’une part et sécuritaire de l’autre, entre la Nouvelle-Calédonie et l’Etat. 
 

Le prêt garanti par l'Etat transformé en subvention ? 

Le ministre a en effet indiqué qu'il allait étudier la possiblité de transformer une partie du prêt AFD de 28,5 milliards de francs en subvention. Tout au moins, en ce qui concerne la part liée à la gestion de la crise Covid. La gestion des arrivées sur le territoire, entre les rapatriements et la quatorzaine obligatoire à l'hôtel, a déjà coûté 9 milliards de francs à la Nouvelle-Calédonie.
Lecornu gouvernement
©Mathieu Ruiz Barraud

L'histoire contemporaine de la Calédonie au programme

Sébastien Lecornu a également indiqué avoir proposé de travailler avec le gouvernement calédonien sur une adaptation des programmes scolaires afin que l'histoire récente du pays soit mieux prise en compte.

​​​​​​On ne doit plus entendre : « c'est quoi, l'accord de Nouméa ? »

Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer

Enfin, les discussions ont aussi porté sur le nickel, mais la situation particulière de Vale n'a pas été évoquée, a assuré Sébastien Lecornu. 
 

Coutume au centre Tjibaou 

Plus tôt dans l’après-midi, le ministre est allé se recueillir sur la tombe de l’ancien député Jacques Lafleur, signataire des accords de Matignon, au 4ème km à Nouméa. Puis il s’est rendu dans le très symbolique Centre Culturel Tjibaou, autre étape incontournable de tout voyage ministériel. 
Sébastien Lecornu centre Tjibaou
©Loreleï Aubry
Entouré du haussaire Laurent Prévost et du député Philippe Dunoyer, le ministre des Outre-mer a développé les motivations de sa venue, sa volonté de comprendre en prenant le temps nécessaire. 
Après une coutume et une brève visite des lieux, il s’est entretenu avec le fils du leader indépendantiste Emmanuel Tjibaou, accompagné de sa mère, Marie-Claude Tjibaou. Sébastien Lecornu « a 34 ans », relève Emmanuel Tjibaou. « Il n’a pas le même passif que les autres ministres des Outre-mer qui sont venus ici. Il n’a pas forcément le même rapport affectif avec l’histoire de notre pays. » 

Sébastien Lecornu a 34 ans. Il n’a pas forcément le même rapport affectif avec l’histoire de notre pays. » 

Emmanuel Tjibaou, directeur du centre culturel Tjibaou


Préparer la sortie de l’Accord de Nouméa  

Sébastien Lecornu a ensuite rencontré le comité des sages au Centre culturel. Durant plus d’une heure, l’avenir du Caillou et le rôle joué par le comité ont été au cœur des échanges. 
« Je ne sais pas s’il y aura une 3ème consultation référendaire puisque, après tout, il y a six mois pour prendre cette décision au Congrès et avoir un certain nombre de rencontres avec les différentes formations politiques, a précisé le ministre. Néanmoins, ce que je sais, c’est qu’on a quand même besoin de préparer la suite. Quoi qu’il arrive, l’Accord de Nouméa, il touche à sa fin. Ce n’est pas qu’il est fini, contrairement à ce que l’on peut entendre ici ou là », a rappelé Sébastien Lecornu en référence notamment aux récentes déclarations faites par l'ancien président du gouvernement Harold Martin ou encore l'association « Un coeur une voix », qui milite pour le dégel du corps électoral provincial.
Rencontre de Sébastien Lecornu avec le comité des sages.
©Loreleï Aubry
L'Accord de Nouméa, « il n’est pas terminé. Mais il touche à sa fin », a redit le ministre, en annonçant son intention de réinstaller le comité des sages dans son format actuel. Ceci, afin de « permettre au gouvernement (national) d’avoir un certain nombre de conseils sur des dossiers sur lesquel (il) pourrai(t) être amené, (lui) ou le Premier ministre, à les saisir en fonction de l’évolution du dossier », a-t-il précisé. 

L’Accord de Nouméa n'est pas fini, contrairement à ce que l’on peut entendre ici ou là mais il touche à sa fin

Sébastien Lecornu


Parole et mémoire 

L’apprentissage de l’histoire contemporaine et la sagesse quant à l’utilisation de mots nuisibles à la paix sont les deux missions immédiates qui ressortent de l’entretien avec le ministre des Outre-mer et le comité des sages.
« Les membres du comité des sages ont passé énormément de temps dans les lycées et ils ont été frappés de voir qu’une partie de cette histoire n’était pas enseignée. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat qu’ils nous ont fait. »

Parfois même, les choses vont plus loin avec des jeunes qui ne savent pas ce que veut dire le mot référendum.

Sébastien Lecornu

Comité des sages
©Loreleï Aubry

Vigilance face aux dérapages

Concernant les excès de langage, le ministre a été clair. « Certaines paroles excessives viennent anéantir les efforts de dialogue. La paix n’est pas négociable. En clair, tout chantage à la violence ne sera pas accepté », a mis en garde le ministre. 
Sébastien Lecornu a rappelé qu'il avait saisi le parquet de Nouméa après les incidents rapportés aux abords des bureaux de vote, le jour du référendum. « C’est une manière de montrer qu’on ne laisse pas faire et qu’en même temps, on veut que la vérité soit dite. On ne veut pas non plus de caricature, ni être dans une logique d’interprétation trop rapide. » 

On ne laisse pas faire (..) Mais on ne veut pas non plus de caricature.

Sébastien Lecornu au sujet des incidents aux abords des bureaux de vote


Retour en images avec Loreleï Aubry et Cédric Michaut 
Ce lundi, la journée du ministre sera consacrée à la province Nord, où il se recueillera sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, à Hienghène, avant d'échanger avec deux leaders indépendantistes, Daniel Goa, le président de l'Union Calédonienne puis Paul Néaoutyine, le président de la province Nord, à Poindimié. 
 
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