Entretien avec Alain Juppé

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Alain Juppé
©cc-Florencecassisi
Le Maire de Bordeaux, candidat à la primaire de la droite et du centre pour l’élection présidentielle de 2017 est en Nouvelle-Calédonie. Il a accordé à Angélique Souche un entretien où il évoque son projet pour la France, pour les Outremers et pour la Nouvelle-Calédonie.
Alain Juppé a entamé ce jeudi une visite de 3 jours en Nouvelle-Calédonie.  Au menu de sa première journée, un dépôt de gerbe sur la tombe de Jacques Lafleur, un hommage aux victimes de l’attentat de Nice du 14 juillet, des entretiens politiques et une rencontre avec la communauté wallisienne et futunienne.
Ce  vendredi, Alain Juppé a visité la SLN avant de rencontrer les Calédoniens ce soir lors d’une réunion publique à l’université.
La dernière journée de demain sera consacrée au nord avec des visites de l’usine KNS de Vavouto et d’une exploitation agricole à Pouembout.
Alain Juppé s’envolera ensuite direction la Polynésie française.
 

Une première journée au pas de course.

«  J’étais heureux de retrouver beaucoup d’amis. Et à l’invitation de madame le Maire de Nouméa, nous avons observé un moment de recueillement à la mémoire des victimes de la tragédie de Nice. Nouméa est jumelée à Nice et j’étais ému par ce beau symbole de solidarité entre 2 villes aussi distantes par les kilomètres mais aussi proches par le cœur. J’ai eu l’occasion ensuite de passer toute l’heure du déjeuner avec les Wallisiens et Futuniens de Païta. C’était aussi un moment d’échanges très riches. Vous voyez qu’en quelques heures, j’ai déjà vu beaucoup de monde et puis des responsables politiques. Je me suis d’abord incliné sur la tombe de Jacques Lafleur qui était un ami. J’ai voulu saluer le rôle capital, crucial qui a été le sien pour reconduire la Nouvelle-Calédonie vers l’apaisement et la concorde."
 

Dans quel état d’esprit vous êtes venu en Nouvelle-Calédonie ?

"Je suis venu d’abord rencontrer mes soutiens. Je suis candidat aux primaires, on va entrer à la fin du mois d’août dans la dernière phase de cette campagne (les primaires sont prévues les 20 et 27 novembre. Ndlr) donc je veux mobiliser mes troupes et je suis heureux d’avoir un comité de soutien ici qui réunit à peu près toutes les sensibilités des non-indépendantistes.
Mais en même temps bien sûr, je vais essayer de pénétrer des questions majeures qui seront sur l’agenda dans les prochains mois, dans les prochaines années. Deux essentiellement bien sûr :  le grand rendez vous institutionnel de 2018, la sortie de l’Accord de Nouméa, et puis la situation économique avec cette crise nouvelle pour la Nouvelle-Calédonie et liée en particulier à l’effondrement des cours du nickel. J’irai sur place, dans l’usine SLN et également en Province Nord pour mieux me pénétrer. Je crois qu’on ne comprend bien les choses que sur le terrain."

 Je souhaite de tout cœur que la Nouvelle-Calédonie reste dans la France

L’Accord de Nouméa, un engagement

Je crois que ce que souhaitent les responsables ici, c’est que la prochaine élection présidentielle ne soit pas l’occasion d’un affrontement ou d’une surenchère sur la Nouvelle-Calédonie. Ce que nous souhaitons, c’est continuer le processus qui a été engagé, d’abord par les Accords de Matignon-Oudinot puis par l’Accord de Nouméa, c'est-à-dire que l’Etat accompagne les différentes sensibilités calédoniennes  dans la recherche d’une solution qui permette de faire le point de leurs convergences et de leurs divergences. Un engagement a été pris dans l’Accord de Nouméa qui est de donner la parole aux Calédoniens dans une consultation  référendaire qui doit se tenir dans le courant 2018. Je pense que cet engagement doit être tenu et c’est à cela aussi que nous devons nous préparer.
Ma conviction personnelle, je l’exprime sans ambigüité, je souhaite de tout cœur que la Nouvelle-Calédonie reste dans la France, parce que je pense que c’est son intérêt, et c’est aussi l’intérêt de la France. Pour moi, nos outremers, dans leurs diversités, sont une grande chance. Ils donnent à notre pays une dimension universelle qui fait la fierté des Français, ils nous donnent aussi une richesse économique de premier plan avec la 2ème zone économique exclusive au monde, et dieu sait si la mer dans les décennies qui viennent, sera une source de richesse considérable. Et puis aussi je suis très attaché à la diversité culturelle et humaine que nous apportent les outremers. Je pense qu’on ne fait pas d’ailleurs suffisamment de place dans nos politiques culturelles nationales à l’expression de la diversité culturelle de l’outremer.
 

Le projet pour la France, et pour les Outremers

Mon projet, je l’ai construit depuis des mois en allant à la rencontre des Françaises et des Français. C’est l’élection présidentielle, donc c’est un projet pour la France avec quelques grands objectifs :
La sécurité
Je veux restaurer l’autorité de l’Etat qui doit protéger les citoyens. Cela recouvre beaucoup de défis, la défense nationale, la lutte contre le terrorisme et aussi la sécurité au quotidien. Je suis très préoccupé de voir comment dans nos différents outremers, la situation de sécurité se dégrade. Peut être un peu moins ici en Nouvelle-Calédonie qu’ailleurs, mais enfin tout est une question de comparaison par rapport à la situation antérieure. Il y a une dégradation incontestable, il faut donc que l’Etat assume pleinement ses responsabilités, d’abord en déployant suffisamment de forces de  l’ordre sur le terrain, ensuite en mettant au point une réponse pénale qui soit réellement efficace. Çà fait des mois maintenant que j’ai fait des propositions dans ce domaine, notamment la nécessité d’engager un plan de construction de 10 000 places de prison supplémentaires pour que la sanction pénale soit effective.
Il y aurait beaucoup à dire aussi sur la politique d’immigration, sur le respect de la laïcité dans toutes ses facettes, liberté de religion d’un côté mais aussi respect par les religions des valeurs de la République et sur ce point il faut être intransigeant.
Les jeunes
Le 2ème grand axe, c’est de donner aux jeunes les meilleures chances de réussir leur vie. Çà va être une préoccupation centrale, tout particulièrement des territoires ultramarins où on constate que le taux de chômage des jeunes est très supérieur à celui que l’on trouve en Métropole où il est déjà très élevé. Et donc çà, c’est la réforme du système éducatif pour éviter les décrochages de jeunes, c’est la remise à l’honneur de l’apprentissage et des filières d’alternance, bien sûr, c’est l’accompagnement de nos jeunes pour ceux notamment qui ont créateurs d’entreprises et ils sont nombreux.
L’emploi
3ème grand objectif, c’est le plein emploi. Il faut que la France revienne au plein emploi et pour cela il faut donner confiance à nos entreprises, leur donner de la visibilité, leur donner davantage de liberté…
Alain Juppé
©NC1ere/Angélique Souche

Il faut réformer

J’ai un double message à adresser à nos concitoyens, à ceux de Métropole, à ceux des outremers pour lesquels je publierai bientôt un document spécifique. C’est un premier message de lucidité : nous avons besoin de réformes. Çà ne peut pas continuer comme çà. La France ne va pas bien contrairement à ce qu’on entend parfois dans la bouche du président de la République, notre économie est atone, nos déficits ne sont pas maîtrisés, notre industrie est en perte de vitesse, la voix de la France n’est plus guère entendue en Europe… Quant à la société française, elle est déboussolée. Elle a perdu ses repères, elle est aujourd’hui partagée entre la déprime et la colère. On le voit notamment après ce qui s’est passé à Nice. Donc il faut repartir sur des bases nouvelles et pour cela il faut des réformes profondes.

 

Concilier unité et diversité

Mon 2ème message, c’est un message d’espérance. Parce que les réformes, ce n’est pas fait pour punir ou pour embêter. C’est toujours gênant de changer ses habitudes. On peut comprendre qu’il y ait des réticences voire des blocages. Il faut bien voir que ces réformes sont faites pour préparer un monde meilleur, et je crois que la France a toutes les capacités pour rebondir parce que c’est un grand pays, c’est un pays magnifique, c’est un pays attractif, c’est un pays qui a des ressources humaines de grande qualité.

Ces réformes sont faites pour préparer un monde meilleur

Donc si nous arrivons à faire ces réformes, je pense qu’on peut retrouver la fierté d’être Français, et en même temps, le bonheur de vivre ensemble. Je suis très attaché à cette question d’identité. Je crois que ce qui se passe ici est très révélateur. Comment arriver-et je pense qu’on peut y arriver- à concilier notre diversité et cette collectivité diverse, les communautés différentes qui ont des histoires, des sensibilités différentes, et en même temps, cette diversité peut nous conduire à une unité autour de valeurs communes, autour d’une culture commune, autour de l’attachement à des principes communs qui sont ceux de la République. C’est le grand défi. Je pense que si on arrive à relever le défi,  nous pourrons retrouver le bonheur d’être Français et de vivre en France.