Guerre du nickel: embargo minier, rejets en mer, l’Indonésie défie la Nouvelle-Calédonie

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NICKEL
Procédé de rejet des résidus miniers en mer ©AFP
La première puissance économique de l’Asie du Sud-Est veut développer son industrie à partir de ses ressources en nickel. L’Indonésie veut produire, sur place et à bas coûts, du nickel métal, de l’acier inoxydable, des batteries et des voitures électriques. Et l'environnement ?
L'Indonésie veut garder son minerai vert, pas pour des raisons écologiques, mais pour bâtir une puissante industrie sidérurgique. Le pays veut produire de l’inox et surtout du métal pur pour les batteries électriques. 

À cette fin, le gouvernement indonésien a annoncé, jeudi, qu’il maintient l'interdiction d'exporter du minerai de nickel, même s'il assouplit les exportations de certains autres minerais, en vertu des révisions de sa loi sur les mines, a déclaré le directeur en charge des matières premières au ministère de l'Énergie. 
 

Embargo maintenu pour le minerai de nickel

Le Parlement indonésien a adopté le mois dernier des révisions de sa loi sur les mines, autorisant les mineurs des fonderies à exporter des minerais, cuivre, fer, étain, aluminium et charbon, pendant les trois prochaines années. Mais les révisions ont stipulé que le gouvernement peut se prononcer contre l'exportation de minerais spécifiques en vertu d'un règlement distinct, et c’est le cas pour le nickel. "Les exportations de minerai de nickel continueront d'être interdites", a déclaré Yunus Saefulhak, en charge des matières premières au ministère de l’Énergie.
 

Hydro métallurgie avec rejet en mer

Le gouvernement indonésien doit surtout se prononcer sur trois demandes d’autorisation portant sur des projets hydro métallurgiques de production de nickel pur entrant dans la fabrication des batteries électriques. Ces projets, portés par des entreprises chinoises et indonésiennes, prévoient d’utiliser la pratique contestée de rejets des résidus acides en haute mer (Deep Sea Tailings)
 

Concurrence déloyale pour l'usine du Sud 

Par la pollution maritime qu’ils entraînent, ces projets polluants sont la part d’ombre de la transition énergétique. Ils constituent également une concurrence déloyale à bas coûts pour l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie. Difficile d’être concurrentiel dans les produits du nickel quand les salaires indonésiens sont huit fois plus bas et que les résidus miniers sont rejetés en mer, sans aucun investissement pour protéger l’environnement.
 

Le nickel calédonien est de qualité supérieure 

A l'opposé de ces pratiques, le projet Lucy, procédé innovant de stockage des minerais du site de Goro Nickel en Nouvelle-Calédonie est estimé à plus de 400 millions d’euros. Contre quelques centaines de milliers pour les procédés indonésiens de rejet en haute mer, dans le cadre des projets déposés auprés du gouvernement indonésien. "Face à des projets indonésiens à bas coûts et sans vraies contraintes environnementales, la Nouvelle-Calédonie se bat avec une main attachée dans le dos, car sa production minière est responsable et tient compte de l'environnement. Il reste un atout, c’est la supériorité qualitative des produits calédoniens dans le nickel", indique Nicolas Mazzuchi spécialiste des questions énergétiques à l’IRIS.
 

Des normes éthiques pour l'environnement

Cependant, l'Union européenne, la France, la Bourse des métaux de Londres et plus généralement les grandes institutions internationales ont décidé d'imposer, dès 2022, des normes éthiques et environnementales afin d'assurer la traçablité des métaux et protéger les producteurs vertueux, dont la Nouvelle-Calédonie. Des interdictions d'importation seraient appliquées aux pays et aux entreprises violant les normes définies. De quoi faire réfléchir l'Indonésie ?
 
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Rejet de boues acides au fond de l'océan. ©John Foulkes

Cours affiché du nickel à trois mois, à la Bourse des métaux de Londres, le jeudi 4 juin à 16:35 GMT :
LME Nickel 12.825 $/t + 0,25 %