C'était en au début de l'année 2019, la Nouvelle-Calédonie enregistrait des centaines de cas de dengue par mois. Un niveau plus jamais atteint depuis, grâce au programme Wold Mosquito (WMP), déployé dans les communes du Grand Nouméa à partir de 2019. Après six ans de déploiement, le WMP est donc officiellement terminé. L'occasion pour l'ONG du même nom de faire le point.
86 % des moustiques porteurs de Wolbachia
C'est le chiffre principal de cette opération. Après six ans, une écrasante majorité de moustiques dans le Grand Nouméa est porteuse de la bactérie Wolbachia. C'est elle qui empêche la transmission du virus de la dengue, mais aussi du zika, du chikungunya et de la fièvre jaune et qui se transmet d'une génération de moustique à l'autre.
>> À LIRE AUSSI : Comment la bactérie Wolbachia permet de lutter contre la dengue ?
En tout, 86 % des moustiques observés sont porteurs, selon le WMP. Pour atteindre ce niveau, il aura fallu relâcher près de 24 millions de moustiques à Nouméa dès 2019, puis au Mont-Dore (2022) à Dumbéa (2022) et à Païta (2024).
Mais il existe des disparités entre les communes et les quartiers. Ainsi, aux Portes-de-Fer à Nouméa, au Coeur de ville de Dumbéa, aux Pétroglyphes à Païta ou au Pont-des-Français au Mont-Dore, la totalité des moustiques observés portait la bactérie. Et de nombreux quartiers dépassent largement les 90 %, à l'image des Trois-vallées (92 %) à Païta, de Robinson ou Boulari (93 %) au Mont-Dore, de Koutio (95 %) à Dumbéa ou de la Vallée-des-Colons (98 %) et du secteur Normandie-Tina (93 %) à Nouméa.
Certains quartiers encore peu couverts
Un seul quartier présente un taux de moustiques porteurs faible : Saint-Louis au Mont-Dore (38 %). Un secteur peu dense en habitations et très boisé. "Certaines zones moins urbanisées et plus dispersées, comme la tribu de Saint-Louis et les squats, affichent encore un faible taux de moustiques porteurs de Wolbachia, explique WMP. Cela est dû à une densité initiale plus élevée de moustiques et à une population humaine moins concentrée, des conditions moins propices à l’installation rapide des moustiques porteurs de Wolbachia."
Disparition des foyers d'épidémie
Conséquence de cette forte présence de moustiques porteurs de Wolbachia, le virus de la dengue ne circule presque plus en Nouvelle-Calédonie. Ainsi, aucun foyer épidémique n'a été observé depuis 2019. Même dans les communes de Brousse, qui ne sont pourtant pas concernées par le WMP.
Selon l'ONG, la protection du Grand Nouméa, lieu d'infection habituel, permet au reste du pays d'être aussi protégé. "Depuis le 1er janvier 2025, on n'a aucun cas de dengue, détaillait au début du mois Sébastien Mabon, directeur adjoint de la Dass. En 2024, on a recensé neuf cas. Sur ces cas, trois étaient des dengues locales et six concernaient des voyageurs qui l'avaient attrapée dans un autre pays avant d'arriver sur le territoire",
Néanmoins, les autorités sanitaires précisent qu'il est nécessaire de rester vigilant. La bactérie Wolbachia n'empêche pas les piqûres et n'a pas éradiqué totalement les maladies comme la dengue ou le zika.
Les explications de Nadège Rossi, chef de projet pour World mosquito program :
La fin des épidémies de dengue présente également un avantage pour les finances publiques. Selon le WMP, le coût moyen d'une période d'épidémie peut atteindre les 1,6 milliard de francs. Le programme, lui, aura coûté 800 millions de francs aux institutions et collectivités. La moitié en subventions, l'autre en nature (équipement, personnel, véhicule...).