Jean-Claude Gaby Briault, invité politique du dimanche 10 juillet 2016

l'invité de la rédaction
Jean Claude Gaby Briault
©NC1ere
L’homme politique membre du parti « les Républicains »,  signataire des Accords Oudinot en août 1988, et auteur de plusieurs ouvrages sur la Nouvelle-Calédonie était l’invité du journal d’Alexandre Rosada. Extraits.

La mort de Michel Rocard

"C’est quelqu’un qui a profondément marqué la Nouvelle-Calédonie parce qu’il a été l’initiateur du retour à la paix en 1988. Et je retiens de l’action de Michel Rocard son aspect pragmatique et novateur dans sa méthode". (…)
"Michel Rocard s’est exprimé il n’y a pas si longtemps dans un quotidien local sur le sentiment qu’il avait sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie et il suggérait que nous ne pouvions pas échapper à un accord sur un nouveau statut."
 

Qu’est ce qu’il y avait d’essentiel dans ce statut issu des accords Matignon-Oudinot de 1988 ?

"Les ingrédients de la paix. Les uns avaient fait la guerre pour une indépendance kanak et socialiste. (… ) Les autres souhaitaient que la Nouvelle-Calédonie reste dans la France. Michel Rocard a introduit les ingrédients du progrès et de la novation pour faire en sorte que les uns et les autres s’y retrouvent."
"Les jeunes générations doivent y trouver la paix. C’est le facteur essentiel pour le progrès économique, social, culturel, la reconnaissance des uns et des autres. C’est d’abord  çà le fondement des Accords de Matignon : le retour à la paix et la prospérité qui s’en est suivie."
 

Un 3ème accord ?

"En 2018 ou peut être après, la Nouvelle-Calédonie va se trouver sans statut puisque nous sommes dans une période transitoire et le statut issu de l’Accord de Nouméa va devenir obsolète. Il faudra bien trouver un autre statut ou reconduire le statut actuel et donc se mettre d’accord sur un statut. Donc on ne peut pas y échapper." 
Ceux qui disent : « pas de nouvel accord », ce n’est pas la vérité, parce qu’il faudra bien qu’on se mette d’accord."
 
"Le statut va définir la place des institutions et la conformation des institutions. Y aura-t-il un gouvernement ou pas ? Les provinces vont-elles conserver les mêmes compétences ? La Nouvelle-Calédonie va-t-elle conserver ses compétences ? Y aura-t-il des transferts partiels de compétences régaliennes (ce qui est possible) ?"
"Mettons nous autour d’une table et discutons de ce qu’il pourrait y avoir comme statut puisque le nouvel accord c’est un préambule pour définir l’esprit du statut et puis le statut et peut être une nouvelle loi organique. On peut le préparer aujourd’hui. C’est probablement ce qui est en cours."
 

De toute façon, rien ne se fera dans le dos des Calédoniens puisqu’il s’agira d’un scrutin d’autodétermination.

 

Pourquoi en est-on aujourd’hui dans cette faillite économique ?

"La Nouvelle-Calédonie doit affronter une crise sans précédent. Avec l’effondrement des cours des matières premières ce qui affecte l’industrie du nickel, mais on a parallèlement des régimes sociaux qui sont dans le rouge. On a l’effondrement de l’économie du nickel pour une période qui est probablement plus longue que ceux qui espèrent qu’elle s’arrêtera en 2018, on a des difficultés dans les finances publiques et enfin les entreprises calédoniennes qui sont en stagnation et pour certaines d’entre elles en entrée de crise. On est donc là dans des difficultés durables et qui rappellent la situation de l’Espagne ou celle de la Grèce avec une grande différence c’est que nous sommes tenus, nous, d’avoir un budget en équilibre.
Aujourd’hui on entre dans une crise et on n’a pas su anticiper sur cette crise."
 

Le prêt de l’Etat à la SLN

La STCPI qui refuse de vendre une action de la SLN à l’Etat ? Ce sont les japonais qui vont le faire pour rendre ce prêt possible à la SLN. Qu’en pensez-vous ?
"Je ne suis pas très fier de ce qui s’est passé parce que l’actionnaire calédonien est le seul qui n’a pas levé le petit doigt pour aider sa société (le Nickel est une société calédonienne depuis plus d’un siècle) pour la sortir de cette difficulté. Ce n’est pas très glorieux de devoir recourir à un actionnaire japonais pour pouvoir obtenir le financement de plusieurs mois de survie.
A un moment, il faut être pragmatique, c’est ce qu’ont rappelé les syndicats de la SLN. On a une entreprise calédonienne qui est aujourd’hui en danger. Il faut donc qu’on intervienne pour la sauver de ce danger."
 

La TGC et la loi sur la compétitivité

"La TGC, c’est la TVA à la sauce calédonienne, c'est-à-dire l’impôt qui a la plus forte assiette, donc tout le monde va payer l’impôt. Et c’est celui qui va permettre d’assurer l’équilibre du budget dans les années futures tellement il est productif. Le désaccord n’est pas vraiment sur la TGC. Il est davantage sur la loi sur la compétitivité. Dans tous les pays du monde, la compétitivité des entreprises, c’est donner aux entreprises le cadre fiscal, administratif, de la loi du travail, et l’ouverture aux marchés, pour les rendre plus performantes et permettre l’accès à des bénéfices et au maintien de l’emploi. En Calédonie, il s’agit simplement  de retreindre les marges des entreprises et de taxer les entreprises."
 

La question des identités en NC. Pourquoi ces clivages alors qu’on parle de destin commun ?

"On perd du temps. Le destin commun est une merveilleuse ambition. Ce que j’ai écrit (dans l’ouvrage « les Caldiens » ndlr), c’est qu’on est tous calédoniens, d’adoption ou de naissance. Dans la famille des calédoniens, il y a 2 enfants : il y a en un qui a une identité et l’autre qui n’en a pas. Et on les appelle « les non-kanak ». C’est une négation de l’identité. Pour rétablir l’équilibre et faire qu’on prépare ensemble un destin commun, il faut établir l’identité du 2ème enfant que j’ai appelé « les caldiens », parce que nous avons une vraie identité, nous avons une culture, nous avons une langue française qui est parlée en Calédonie, nous avons des artistes… Cette identité qui rassemble les diverses origines dans les Caldiens permet de combattre le communautarisme et de créer une identité commune."  
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