Quel bilan pour l'Accord de Nouméa, 22 ans après ?

accord de nouméa
Signature accord de Nouméa
Le 5 mai 1998, à Nouméa, lors de la signature de l'Accord. De gauche à droite : Roch Wamytan, Lionel Jospin, Jacques Lafleur. Derrière eux : Alain Christnart et Thierry Lataste ©PASCAL GUYOT / AFP
L'identité kanak, les transferts de compétences, les signes identitaires, la citoyenneté en étaient les grandes ambitions. Cet accord souvent qualifié de décolonisation a-t-il atteint ses objectifs ?
Le 5 mai 1998, cet accord historique scelle l’avenir politique du pays pour vingt ans. Plébiscité par 72 % des électeurs, il a aussi suscité des oppositions.
« Ce qui nous posait problème, c’était les 20 ans. C’était de donner 20 ans, en contre-partie de quoi, dans l’accord, il y avait la citoyenneté et le transfert de compétences »  explique Louis Kotra Uregeï, le président du Parti Travailliste. « On était sceptique et on était critique bien sûr ».
 

Des objectifs différents

Cet accord, chacun l’avait signé, mais avec des objectifs bien différents.
« Depuis le début, il y a cette ambiguïté dans les objectifs de l’Accord de Nouméa » explique Luc Steinmetz, historien. « Pour les indépendantistes, c’était signer un accord qui permettait de déboucher obligatoirement sur l’indépendance par le moyen d’une décolonisation achevée, alors que pour les non-indépendantistes, c’était le moyen de refonder les relations, d’une part entre les kanak et les autres communautés de Calédonie, et pour qu’au terme, la Calédonie reste dans la France ». 
 

« Il n’y a pas eu véritablement la mise en place de la citoyenneté »

Transferts de compétences, citoyenneté, rééquilibrage, le scepticisme de Louis Kotra Uregeï s’est transformé au fil des années en certitudes, constat à l’appui. 
« La citoyenneté, elle n’existe quasiment pas, simplement ce qui différencie ici les gens, c’est sur la participation aux élections provinciales, mais c’est tout. Alors que le citoyenneté dans l’Accord de Nouméa, ça devait être le socle de la protection de l’emploi local. La meilleure preuve de ça, c’est qu’aujourd’hui, vous avez 43 000 personnes qui sont sur un tableau annexe. Ça, ce sont les personnes qui n’ont pas pu voter parce qu’ils sont arrivés après. Et parce qu’il n’y a pas eu la protection de l’emploi local, il n’y a pas eu véritablement la mise en place de la citoyenneté ». 
 

Le gouvernement collégial, un exemple de vivre-ensemble

Le pays exerce aujourd’hui presque toutes les compétences non-régaliennes. L’échec des signes identitaires, drapeau unique et nom de pays, ne peut faire oublier les réussites, comme le gouvernement collégial.
« Le pluralisme, c’est à dire le fait qu’il ne soit pas un gouvernement majoritaire, mais où majorité et opposition se retrouvent au sein d’un même organisme, ça a forcé les gens à vivre ensemble, à gouverner ensemble, et donc ça a permis à tout le monde de faire l’apprentissage de cette nécessité du vivre-ensemble, au plus haut sommet du pouvoir strictement calédonien » rappelle Luc Steinmetz.
Accord de décolonisation, l’Accord de Nouméa n’a en aucun cas levé le doute sur son dénouement. Pire, les clivages ont réapparu plus présents que jamais au moment de se trouver un avenir.
Le récit de Bernard Lassauce et Claude Lindor 
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