L’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie étudie de près les leptospires

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L'Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie travaille sur les leptospires
L'Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie travaille sur les leptospires ©Alix Madec / NC la 1ère
Avec plusieurs centaines de cas par an et plusieurs décès, la leptospirose est une maladie prise très au sérieux par les autorités. Les chercheurs de l’Institut Pasteur travaillent de leur côté sur les bactéries responsables de la maladie.

Les autorités sanitaires ont tiré la sonnette d’alarme la semaine dernière. La Nouvelle-Calédonie connaît une recrudescence de cas de leptospirose. Au total, 212 cas ont été recensés cette année sur le territoire, contre 50 à 150 par an habituellement. Deux décès sont à déplorer en 2022, contre cinq en 2020. 
L’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie a une unité dédiée à la recherche sur cette maladie en son sein. Cinq personnes y planchent sur le rôle de l’environnement, dans la contamination. 
 

Cas mensuels de leptospirose du 1er janvier 2021 au 31 juillet 2022 en Nouvelle-Calédonie
Cas mensuels de leptospirose du 1er janvier 2021 au 31 juillet 2022 en Nouvelle-Calédonie ©DASS NC

Des bactéries qui vivent dans le sol

Les chercheurs de l’Institut Pasteur ont les yeux rivés dans leurs microscopes, sur les bactéries leptospires. Depuis près de six ans, ils s’interrogent sur le rôle de l’environnement dans la contamination aux animaux et aux humains. Des recherches menées sur la Grande Terre, et sur leur site pilote de Touho.
Elles ont permis de démontrer le risque associé aux sols gorgés d’eau par exemple pour les personnes travaillant les champs.
"Il y a un nombre vraiment très important et une très grande diversité de leptospires dans les sols et ça, ça appuie un petit peu notre hypothèse que le vrai lieu de vie des leptospires, c’est les sols" explique Cyrille Goarant, responsable de l’unité de Recherche et d’expertise sur la leptospirose à l’IPNC. "En fait, ça sous-tend qu’il y a également une exposition possible lorsqu’on travaille le sol, donc, quand on va aux champs ou dans les activités agricoles. Et puis on a pu confirmer en faisant des prélèvements d’eau sur le site de Touho qu’effectivement, quand l’eau du creek est basse et claire, on a très peu voire pas de leptospires dans l’eau et que dès qu’on a une forte pluie et que le niveau d’eau monte et l’eau devient sale, à ce moment là, on a des concentrations élevées". 

Taux d'incidence de la leptospirose par commune en 2022
Taux d'incidence de la leptospirose par commune en 2022 ©DASS NC

Des travaux sur le système de protection des leptospires

Les recherches se poursuivent donc, pour tenter de comprendre les comportements des leptospires. Comment ces bactéries survivent et persistent dans les sols ? 
Roman Thibeaux, chercheur à l’Institut Pasteur, s’est concentré sur la production de biofilm bactérien. Une "armure" de protection pour les leptospires, qui leur permet de survivre. Ses prélèvements environnementaux ont permis de démontrer qu’une seule et même souche peut persister neuf semaines dans l’environnement.
" Si on arrive à moduler la production de biofilm, on peut essayer de rendre les bactéries plus sensibles aux stress environnementaux. C’est pour ça qu’on s’intéresse à cette production de structures de protection. Ce qui est intéressant, c’est que ce biofilm est aussi produit dans le rein des animaux lors d’un portage chronique. On pense que cette matrice, ce biofilm qui est produit dans ce contexte là, permet aussi aux bactéries d’être protégées et de persister dans le rein des animaux. Là, c’est peut-être quelque chose sur lequel on pourrait jouer, essayer de diminuer la production de biofilm dans les reins et du coup d’éviter le portage chronique et d’avoir des animaux qui sont moins infectés par ces bactéries".  
Au total sur le territoire, 40 espèces de leptospires ont été décrites par les chercheurs.