La difficile situation des artisans et petites entreprises

Où en sont les entreprises après deux semaines et demi de confinement et l'arrêt complet de certains secteurs d’activité ? La CCI et la chambre des artisans tiennent des statistiques à jour. Les chiffres sont éloquents même s'ils ne représentent qu'une partie des professionnels.
Petelo Hugues n’a pu conserver que deux employés sur les 19 salariés de son entreprise. Et encore sont-ils occupés à des tâches subalternes, bien loin de l’activité habituelle d’une société qui vient de signer pour 160 millions de francs CFP de contrats.
« Actuellement, mon chantier n’est pas fermé, mais on m’a conseillé sur la province Nord de ne pas trop venir bosser afin de ne pas contaminer la population locale » explique Petelo Hugues, chef d’entreprise dans le BTP. « Donc mes employés aujourd’hui, j’ai été obligé de les mettre en congés dans un premier temps, et je monte un dossier de chômage partiel parce que je ne peux pas les faire bosser ». 
 

Des chiffres éloquents

Un cas qui reflète l’ambiance qui prévaut dans nombre d’entreprises calédoniennes comme en témoigne l’absence quasi d’activité dans Ducos, même aux heures de pointe. 
Les chiffres des études menées par la CCI ou la chambre des artisans sont éloquents. Plus de 60 % des entreprises disent avoir perdu la moitié de leur chiffre d’affaires, ou ont dû cesser toute activité. Chez les artisans, un sur deux avoue une baisse d’activité significative et 58 % rencontrent des problèmes de trésorerie. 
 

La survie des entreprises en jeu

Pour la chambre des artisans, qui conseille et accompagne ses sociétaires, il en va de leur survie. 
« Tout le monde craint des faillites en cascade » reconnaît Olivier Duguy, secrétaire générale de la CMA-NC. « Il y a des entreprises qui sont un peu plus solides que d’autres, même si on sortait déjà d’une période qui était économiquement difficile, certaines entreprises ont de la trésorerie ou vont pouvoir négocier des crédits de trésorerie. D’autres, celles qui sont les plus petites, avec des artisans qui travaillent seuls, qui ont mis en jeu leur patrimoine personnel et familial, qui n’ont pas de trésorerie, ceux là effectivement risquent de se retrouver en difficulté très rapidement ».  
 

Des refus des banques

Restent les mesures d’aides publiques et l’appel à la solidarité des banques. Pas aussi évident dans la pratique, surtout quand les factures restent impayées. 
« A l’heure actuelle, les factures ne rentrent pas. Donc, si les factures ne rentrent pas, on ne peut pas payer les ouvriers, on ne peut pas payer la matière première, on ne peut pas payer les charges, rien du tout » déplore Petelo Hugues. « Je ne comprends pas, en cette période de crise, que la banque ne me fasse pas confiance, alors que j’ai toujours tenu mes engagements vis à vis de ma banque ».  
«  Ce que nous savons, c’est que les réponses visiblement sont assez rapides, en revanche, un certain nombre d’artisans se sont vus opposer des refus qui n’ont pas toujours été expliqués jusqu’à présent. Et d’autre part, on a aussi des retours d’informations qui auraient été données, considérant que s’il y avait déjà eu des aides de la province par exemple, on ne pouvait pas bénéficier de reports d’échéances » explique de son côté Olivier Duguy.
Entre une période de confinement qui pourrait durer, des entreprises avec le couteau sous la gorge, et un système bancaire intransigeant, c’est tout un pan de l’économie qui est menacé d’asphyxie.  
Le reportage de Bernard Lassauce et Michel Marin 
©nouvellecaledonie
Découvrez les premiers résultats de l'enquête sur l'impact économique sur les entreprises : 

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