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La réalité de notre football (1ère partie)

«Dans quelle autre fédération, les dirigeants sont-ils plus connus que les joueurs ? » soupire un observateur avisé. En Calédonie, les luttes de pouvoir passent avant l’intérêt et le développement des jeunes et du jeu. Où en sommes-nous en la matière ? Photographie en deux parties.

L'AS Wetr est l'un des rares clubs ayant le réussi le pari des jeunes et de la Super Ligue. © FCF
© FCF L'AS Wetr est l'un des rares clubs ayant le réussi le pari des jeunes et de la Super Ligue.
  • Par Martin Charmasson
  • Publié le
DES FILLES DELAISSEES
Charlotte Pelletier pratique le ballon rond depuis 2005 sur le territoire. Très investie comme joueuse, arbitre et encadrante, elle a pu constater de près l'évolution de son sport chez les filles ces dernières années. "A l'époque où Didier Chambaron (directeur technique de la FCF de 2007 à 2010) et Philippe Guezennec dirigeaient la commission féminine, on voyait jusqu'à 150 filles sur des regroupements. Les catégories U14, U16 et séniors étaient structurés. Et on se déplaçait à Bourail ou Ponérihouen pour les phases territoriales en séniors. Depuis trois ans, il n'y a plus rien". En 2015, le championnat senior de football à 11 avait débuté avec 14 équipes inscrites, mais il n'en restait plus que 7 à la fin de la saison après une pluie de forfaits. Cette année, la décision a été prise de jouer à 8 contre 8 lors des trois phases de brassage préliminaire, puis de passer à 11 dans la mesure du possible pour le championnat. Les féminines s'adaptent en club comme en sélection, faute de cadre général bien défini. "On nous a préparé pour les Jeux du Pacifique avec un seul rassemblement, un an avant la compétition" rappelle Charlotte. Les Cagoues avaient finalement perdu en finale après avoir émerveillé les spectateurs dans le jeu. De quoi se poser des questions sur l'étendu de leur potentiel avec un accompagnement à la hauteur. En attendant, le travail continue et la motivation est toujours là. "On se bat. Il nous faut des éducateurs. On a en ligne de mire les mini-Jeux du Pacifique et les Jeux Interprovinciaux pour les 14-16 ans".
La bonne nouvelle est que la fédération calédonienne n'aura pas d'autres choix que d'agir. Elle doit utiliser les 15% de sa subvention FIFA pour le football féminin, sous peine de ne plus recevoir d'aide de la fédération internationale. Il lui serait peut-être aussi utile de se pencher sur la situation du futsal. 14 équipes féminines sont engagées dans le championnat provincial Nord, alors qu'il n'y a pas de compétition dans le Sud ...

Organiser le football féminin sera l'un des enjeux de la future mandature de la FCF © FCF
© FCF Organiser le football féminin sera l'un des enjeux de la future mandature de la FCF


DISPARITES CHEZ LES JEUNES GARCONS
"Au maximum, un club du Sud va jouer une vingtaine de matchs alors que 52 semaines sont disponibles !". Manu Hemesdael, éducateur à l'AS Wetr, hausse les épaules lorsqu'on l'interroge sur le football des jeunes. Pour ce passionné présent sur les terrains depuis 1987, on ne joue pas assez sur le territoire. Et les disparités sont très importantes. "A Wetr, on obtient de très bons résultats. Ce qui nous permet de faire jusqu'à 22 matchs, championnat, phase finale, et Coupe compris. Pour d'autres dans le Sud, cela s'arrête à 14 rencontres sur toute l'année. A l'Ile des Pins, ils se déplacent un week-end sur deux à Nouméa, mais leurs adversaires, eux, ne se déplacent pas tous à Kunié et préfèrent déclarer forfaits. Et dans le Nord, vous n'avez pas de compétition, ni sur les îles !" renchérit le bénévole entre deux coups de fils au sujet du cinquantenaire du club, et avant de reprendre du service au CHT. 
Les enfants sont-ils une priorité ? La question se pose réellement sur le territoire. Dans le Sud, des entraîneurs relèvent des anomalies. Des jeunes évoluent dans plusieurs catégories. Parfois, ils enchaînent même deux rencontres dans une même journée, pour faire le nombre ! Certains clubs ne cherchent pas à construire différentes équipes. Ils remplissent les cases pour ne pas être sanctionnés en équipe sénior. Des dirigeants refusent de participer aux phases de brassage et acceptent que leurs équipes soient reversées directement dans les championnats de promotion, plutôt que de jouer la montée dans le championnat d'excellence. Les déplacements sont moins nombreux dans la plus basse de ces divisions. Cela fait des économies. Il existe enfin des clubs qui subissent de lourds revers depuis plusieurs saisons chez les jeunes, sans que cela ne suscite la moindre réaction. La progression n'est pas recherchée. L'intérêt des enfants est oublié.

L'AS Wetr, un club qui mise sur la jeunesse en Province Sud. © FCF
© FCF L'AS Wetr, un club qui mise sur la jeunesse en Province Sud.


LE NORD DOIT SE PRENDRE EN CHARGE
Michel Clarque était le responsable technique du comité provincial Nord de 2010 à 2014 et l'entraîneur de Hienghène Sport avant la nomination de Félix Tagawa. Pendant quatre ans, l'ancien sélectionneur de l'équipe de Nouvelle-Calédonie, a parcouru 800 bornes par semaine entre le siège du comité à Pouembout, la section sportive football à Koné, et la côte Est. Interrogé sur l'absence de compétitions jeunes dans la région, ce BE2 détaille les difficultés : "il faut définir une organisation géographique en raison des grandes distances qui séparent les communes. Il faut régler la problématique de l'occupation des terrains, assez rares. Il y a aussi l'absence d'obligations de jeunes pour les nombreux clubs de première division. Autre difficulté : l'éparpillement des jeunes scolarisés avec des internats à Voh, Poindimié, Koumac, et Ponérihouen".
Insoluble ? Pas forcément. Michel Clarque avait trouvé des parades efficaces  :
"Nous avions opté pour une saison régulière avec des championnats de zones. Les vainqueurs allaient ensuite affronter les champions des îles" commence t'il. "Il y avait la zone Ponérihouen-Houaïlou, la zone Hienghène-Poindimié etc... On jouait des U8 aux U16. Entre le championnat et la Coupe, cela faisait entre 12 et 16 matchs par an". Qu'est-il advenu par la suite ? "Je crois qu'il n'y a plus de techniciens. Je suis parti en 2014". 
Pour autant, il a encore des idées pour le développement du football dans cette région qu'il connaît bien :
"Je pense qu'il faut miser sur les ententes. Prenez l'exemple de Canala, ils ont six équipes séniors mais ne parviennent pas à trouver suffisamment de jeunes. Il faut une volonté et un investissement des mairies pour former des animateurs sportifs, favoriser la création d'un club communal, qui reste l'idéal. Pourquoi ne pas songer à des terrains de proximité et un système de transports ?".


SE REMETTRE EN QUESTION
Au-delà, Michel Clarque prône une véritable remise en cause. "Les dernières Assises du sport en Province Nord ont eu lieu il y a 10 ans. Il faut s'interroger. Comment récupérer des licenciés dans la masse de joueurs potentiels qui se trouve dans les écoles, les collèges ? Quel est le rôle sportif et social des comités ? Comment la Coupe Yeiwéné parvient t'elle à rassembler au niveau des tribus, puis des districts puis des communes. Il faut revoir le système du bénévolat pour les éducateurs et assurer un véritable suivi de leur évolution. Développer le football d'animation des U8 aux U12. Je pense enfin qu'il faut envoyer nos meilleurs jeunes à l'extérieur pour les faire progresser, comme le système des volleyades"

Pour Michel Clarque, le succès de la Coupe Yeiwene doit être une source d'inspiration © NC1ère
© NC1ère Pour Michel Clarque, le succès de la Coupe Yeiwene doit être une source d'inspiration

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