La vétusté des lycées calédoniens pointée du doigt

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lycée professionnel Escoffier
Christian Berger, proviseur du lycée professionnel Escoffier, à Nouméa, souhaiterait une rénovation des bâtiments. ©NC la 1ère
L’intersyndicale de l’enseignement secondaire public était réunie, mardi 3 mai, pour dénoncer la situation de délabrement des lycées de Nouvelle-Calédonie. En cause, l’absence de budget consacré à l’entretien des bâtiments, qui est pourtant de la responsabilité du gouvernement. Des conditions qui favoriseraient le décrochage scolaire.

Infiltrations, salles inondées, toilettes cassées, cantines hors normes, climatiseurs défectueux… le constat est amer. Dix ans que les gouvernements successifs laissent les lycéens dans des locaux vétustes, hors normes et avec du matériel pédagogique obsolète ou inexistant. Un problème qui concerne les dix lycées du territoire et leurs 10 000 élèves.

"Dans le numérique, il y a un énorme retard par rapport aux collèges qui ont investi massivement, depuis plus de 10 ans. Les élèves arrivent donc au lycée et se rendent comptent qu’ils ne peuvent plus faire ce qu’ils avaient l’habitude de faire, car les équipements ne sont pas au niveau, expose Jérémy Tiaba, représentant du syndicat de l’enseignement secondaire SNES NC FSU. 

Creuser les inégalités

Des économies de bouts de chandelle au système D, les équipes éducatives et les personnels non-enseignants crient au scandale. Les lycées, hormis celui du Lapérouse, sont les parents pauvres de l’enseignement. De quoi remettre en doute la politique éducative des élus, ces dix dernières années, qui creuse plus profondément les inégalités d’accès à l’éducation. "Quand vous avez des jeunes qui viennent de milieux défavorisés qui arrivent dans notre établissement et qui ont des difficultés sociales, familiales, mais aussi scolaires et que vous avez trois bouts de bois pour essayer de leurs apprendre leur futur métier, on se demande quel est l’objectif de ceux qui dirigent ce pays", s’insurge Raymonde Jean-Philippe, du syndicat de l’enseignement professionnel.

"Le problème, c’est que les lycées les plus vétustes sur le territoire sont souvent les établissements qui accueillent la population la plus défavorisée. Il faut que les autorités réagissent rapidement afin d’y remédier et d’enclencher un plan de rénovation sur plusieurs années, comme cela a été fait au niveau des provinces pour les collèges", ajoute Jérémy Tiaba.

Responsabilité du gouvernement

Mais où donc est passée l’enveloppe de 1,2 milliard allouée chaque année par l’Etat au budget de la Nouvelle-Calédonie à l’entretien et la rénovation des lycées ? Depuis 2012, cette responsabilité a été transférée au pays, alors qu’elle était autrefois du domaine de l’Etat. En dehors des travaux menés dans le cadre des contrats de développement, dans les établissements Jules-Garnier et Auguste-Escoffier, les autres sont priés d'attendre.

L’intersyndicale s’insurge face aux multiples problèmes de sécurité et de vétusté des locaux et du manque de matériel pédagogique qui dégradent, chaque jour, les conditions de travail et de santé des élèves et des personnels. 

Un constat partagé par Isabelle Champmoreau, vice-présidente du gouvernement chargée de l'enseignement, qui a réagi, ce mercredi, par voie de communiqué : "Lors du budget 2022 de la Nouvelle-Calédonie, j'ai alerté l'ensemble du gouvernement et les élus du Congrès sur l'insuffisance des crédits alloués aux travaux à réaliser dans les lycées. En effet, je considère que des travaux de sécurisation et de rénovation doivent être poursuivis urgemment. Malheureusement, je n'ai pas été entendue sur ce point (...) La formation et la réussite de notre jeunesse sont pour moi des sujets incontournables et prioritaires et ne doivent jamais être des variables d'ajustement budgétaires."

Pour cette dernière, il est impératif : "de réaliser des travaux d'urgence en 2022", "de proposer un plan pluriannuel d'investissement, avec une enveloppe déterminée et incontournable, chaque année, sur 5 ans" et, à plus long terme, que soit revue "l'utilisation des fonds perçus dans le cadre des transferts de compétences, afin que le secteur de l'enseignement bénéficie pleinement des crédits qui lui sont destinés pour entretenir les lycées".

Mais si rien n'est voté dans le budget supplémentaire, prévu pour fin mai ou début juin, l'intersyndicale pourrait, pourquoi pas, brandir la menace de la grève. Seul discours entendu, dit-on, par les élus.

Retrouvez le reportage vidéo de Bernard Lassauce et David Sigal :

©nouvellecaledonie